lundi 26 mai 2014

CHARLENE DE PARIS


On la connaissait sous le sobriquet de Charlène de Paris. Toutefois prenez garde à lui attribuer un quelconque titre car la particule n’est pas une marque de noblesse. De plus, Charlène ne venait aucunement de Paris. Je me demande même si elle avait déjà mis les pieds dans un aéroport. Non Charlène était la gérante du maquis-bar « Paris » à Yopougon Toits-Rouges où les toits ne sont pas tous rouges. Sa réputation, elle l’a acquise au prix de mille dehanchements et de nuits partagées auprès de certains êtres mi-hommes mi-animaux. Non ce ne sont pas des cousins du minotaure mais ils n’ont pas besoin d’etre taureaux pour brouter.

Charlène de Paris revait de la Tour Eiffel mais à défaut du visa pour Bengué, elle avait le visage pour bringuer.  Sa fine silhouette ponctuée de rondeurs bien définies à des endroits précis a vite fait de lui attirer les faveurs des hommes « forts » du moment. Un passage à l’hôtel « passe on n’a rien vu » était suivi d’une lourde descente de boucantiers à « Paris » la nuit suivante.

Son maquis-bar restaurant lui procurait des sous, assez de sous pour s’offrir le voyage dont elle avait toujours rêvé. Seulement, l’ambassade répondait toujours niet à sa demande de visa sans lui fournir la moindre explication. Déterminée à marcher le long de la seine, elle se rabattit sur les agents de voyages des rues de Treichville. Ces agents sans bureau qui te font voyager dans le chaos. Se fiant à quelques malfrats elle misa toute son épargne en espérant aussi visiter l’Espagne. 
Elle se retrouva sans sou à Paris...de Yopougon.


En quête de show j’ai rencontré Charlène de Paris. Elle s’occupa personnellement de moi lorsque je lui dis que je vivais à Paris. Mes amis de galère m’avaient soufflé que c'était le mot de passe. Une promesse de logement à château rouge et je fus traité tel un prince. Je n’eus pas à débourser le moindre franc pour profiter d’une soirée arrosée avec quelques amis. Elles sont malheureusement nombreuses ces filles qui se laissent bercer d'illusions. Toutefois, le rêve parisien de certaines facilite le commerce pour nous autres vendeurs d'illusions. Cela fait quelques semaines que je n’ai plus de nouvelles de Charlène. Dans la promiscuité de mon entrer-coucher à Mossikro j'espère qu'elle a finalement pu arriver chez De Gaulle. 


Bengué: surnom que les ivoiriens donnent à la France
Boucantier: personne aimant afficher son aisance materielle pour impressionner les autres (attribué aux artistes du coupé-decalé  à l'origine)
Mossikro: quartier précaire dans la commune de Yopougon

lundi 12 mai 2014

ESSAYONS DE CHANGER CE QUE SIGNIFIE ETRE FEMME...


Alors on ne t’a rien coupé ? Bah tu es chanceuse alors ! Il y a dans le monde plus de 125 millions de femmes et de filles en vie qui n’ont pas eu autant de chance. Bien que ne présentant aucun avantage, l’excision est depuis plusieurs siècles ancrée dans certaines traditions africaines.

Contrairement à ce que certains pourraient penser, l’excision n’est en aucun cas liée à l’islam. Dans aucune sourate il n’est mentionné la nécessité de cette pratique. Aucun hadith n’exhorte les parents à mutiler ainsi leurs filles. Pourtant dans certaines contrées, nos géniteurs croient dur comme fer qu’une femme qui n’est pas excisée "n’est pas propre".

Récemment, je suis entrée dans la chambre de ma colocataire et elle regardait un film. « Desert Flower ». Quelques instants plus tard, je retourne dans ma chambre et elle m’envoie un message, puis un lien sur Facebook. Ma très chère colocataire a été tellement émue par le film qu’elle a fait des recherches et s’est rendue compte qu’il s’agissait d’un scenario basé sur une histoire vraie.

Contrairement à moi, ma colocataire n’a pas du tout la larme facile. Quoi de plus normal donc que ma curiosité soit titillée lorsque celle-ci a les larmes aux yeux devant un film ?

Fleur du désert raconte l’histoire de l’écrivaine, ancienne mannequin et actrice Waris Dirie. Née en 1965 dans la région de Gallacio en Somalie, elle a été pendant plusieurs années ambassadrice de l’ONU chargée des questions de mutilations génitales feminines.

Le film raconte le parcours de Waris, du désert de la Somalie aux grands T du monde entier. Des différentes épreuves qui ont miné sa vie, La Fleur du Désert en est ressortie plus forte. Mais comme le dit l’actrice principale dans le film «Ce qui arrive au dernier d’entre nous à un effet sur nous tous. » Certaines personnes arrivent à surmonter le mal occasionné par les mutilations sexuelles. D’autres non.

L’excision et l’infibulation laissent de graves séquelles. « Le clitoris est retiré, les petites et les grandes lèvres de la vulve sont coupées. Ensuite on recoud la plaie.  A la place des organes génitaux il ne reste qu’une cicatrice. »

On ne parle jamais assez lorsqu’il s’agit de changer les mentalités. Ce n’est pas par méchanceté que certains parents excisent leurs filles. L’ignorance est génitrice de bien des maux. Plutôt que de chercher des responsables à des traditions dont les instaurateurs sont enterrés depuis longtemps, il serait mieux d’en parler autour de nous. C’est grâce au verbe que nous pouvons instruire et ainsi changer ce que signifie être femme.

Pour celles qui n’ont pas vécu cet enfer, il est difficile d’imaginer la douleur aussi bien physique que morale que subissent les jeunes filles et femmes victimes de l’excision. Plutôt que de vous faire un exposé sur le sujet je vous propose de regarder « Desert Flower ».



vendredi 9 mai 2014

JOHN ROBERT LEWIS...AN AMERICAN HERO




Il est le seul encore vivant parmi ceux que l’on appelait The Big Six (avec Martin Luther King, James Farmer, A. Philip Randolph, Roy Wilkins, Whitney Young). Son nom est surement inconnu par la plupart des personnes qui liront cet article. Pourquoi ? Parce que quand nous parlons de révolutionnaires, de lutte contre la ségrégation, nous nous arrêtons à certains personnages de l’histoire…

J’ai eu la chance de rencontrer John Robert Lewis le 7 Mai 2014 dans son bureau de Washington. J’avoue qu’avant mon voyage, je n’avais jamais entendu parler de lui ou alors je ne m’en souvenais pas. C’est à travers un film sur sa vie (voir la vidéo) que j’ai découvert l’homme. Comme Billy Billy dirait « De la ferme à la chambre des représentants, hum Lewis a réussi !»

Plus sérieusement, la vie de Lewis montre que le résultat final en valait la peine. Lorsque nous croyons en quelque chose, nous avons le droit mais surtout le devoir de nous battre afin de défendre nos valeurs et idéologies. Il le dit lui-même : «My parents said, don’t get into troubles; but, I got into troubles and it was good troubles, necessary troubles. »

C’est un homme plein de vigueur qui nous a reçus dans son bureau cet après-midi. Franchement au début, je me demandais s’il allait rester debout durant tout l’entretien. Et pourtant, l’homme qui a été emprisonné 40 fois dans les années 60 et encore 5 fois récemment a toujours de l’énergie à revendre.

Né le 21 Février 1940, John Robert Lewis a grandi dans une ferme dans l’État de l’Alabama. Élevé avec ses neuf frères et sœurs selon les préceptes chrétiens, rien ne prédestinait cet homme à être aujourd’hui le représentant du 5e district congressionnel de Géorgie à la Chambre des représentants des États Unis.

Inspiré par des pacifistes comme Rosa Parks et Martin Luther King, John Lewis s’est engagé dans la lutte contre la ségrégation raciale alors qu’il était encore étudiant. Il fut chairman du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) l’une des principales organisations du mouvement afro-américain des droits civiques dans les années 60. Il a rédigé un discours en réaction au Civil Right Bill de 1963 qui ne protégeait pas les afro-américains des brutalités de la police et ne leur octroyait pas le droit de vote.



Petite anecdote : Pendant la marche de Selma, il portait un sac à dos comme le montre la photo. Il nous raconte qu’il avait dans ce sac deux livres car il pensait qu’il serait encore arrêté et voulait quelque chose à lire en prison. Une pomme et une orange car il voulait avoir quelque chose à manger. Et enfin une brosse à dent et une pâte dentifrice au cas où il irait en prison car il aurait aimé se brosser les dents…lol!


Dans un pays où les noirs et les blancs ne pouvaient emprunter le même taxi. Dans un pays où les noirs et les blancs n’utilisaient pas les mêmes lavabos dans les endroits publics. Dans un pays où réclamer ses droits était passible d’emprisonnement et de bastonnades…

Des hommes se sont levés et ont œuvré pour que les générations futures n’aient pas à subir ces inégalités sociales. Ce n’était indubitablement pas facile. Mais malgré les coups et les arrestations, «They never gave up, they kept eyes on the prize.»


John Lewis est l’un des pionniers de la lutte contre la ségrégation raciale aux États Unis. Il montre que l’espoir n’est jamais perdu. Que nos efforts seront toujours récompensés. Et enfin qu’avec le courage et malgré toutes les difficultés qui pourraient émerger de nos combats, We Shall Overcome. 

Photo prise par Nadege Cakpo

Plus d'informations sur le personnage.

jeudi 10 avril 2014

SANS ME DIRE AU REVOIR...



Model: Muryell Adou
Photographe: HSTUDIO' S

Tu ne m’as pas demandé de t’aimer mais amoureuse je suis quand même tombée. J’aurais dû en choisir un autre; j’aurais pu avoir le béguin à la suite d’une autre rencontre. Mais il a fallu que ce soit toi. Petite, j’avais du mal à me faire des amis alors un amoureux, jamais je n’aurais espéré. Tu es venu quand je ne t’attendais pas, et m’a presque tout donné quand je me contentais de peu. Tu ne voulais pas que je tombe amoureuse mais tu m’as quand même séduite.

Tu aurais dû me laisser me noyer dans les larmes, à chaque fois que la tristesse me tenait compagnie. Tu n’aurais pas dû me soulager de mes peines, tu n’aurais pas dû me faire sourire. Enfin ce n’était pas bien grave que tu me délivres mais tu as juste oublié un truc…me prévenir que c’était éphémère. Tu aurais pu me laisser, m’abandonner comme bien d’autres l’ont fait mais toi tu es resté. Alors je me suis finalement dit que tu étais le bon. J’étais accro.

Face aux sourires moqueurs, j’avais notre amour comme bouclier. Dans tes mots je me perdais, ton intelligence me fascinait. Ton esprit était sublimation, avec toi je me sentais autre. Grâce à toi, j’ai découvert que je pouvais jouer plusieurs personnages. De la vierge effarouchée, à la presque catin qui s’assume. Avec toi je n’avais plus besoin de faire semblant. Parce qu’avec toi, toutes mes personnalités se réunissaient.  

Le temps passe et jamais ne s’arrête. Tes irrégularités au fil du temps ont commencé à montrer du nez. Je devais désormais attendre plus de trois mois avant que tu ne daignes me faire grâce de ta présence. Plus le temps passait, plus tu te faisais rare. Tu m’avais habituée à une visite chaque mois alors bien sûr, il y a finalement eu des infidélités. Tu ne m’en as pas voulu et jamais je n’ai su pourquoi.


Peut-être était-ce parce que de cette relation tu ne savais rien. Peut-être étais-je la seule à être amoureuse. Bien sûr d’autres te tournaient autour mais pour moi tu ne les voyais pas. L’amour rend aveugle, tu n’avais de cesse de le répéter, mais pour moi, j’étais immunisée. Aujourd’hui après avoir lu ces mots parlant de toi, j’ai compris que tu te préparais à partir sans me dire au revoir. C’est dans la nécrologie que j’ai appris que mon écrivain préféré ne me ferait plus rêver. 

Ps: Personne n'est décédé, c'était juste l'inspiration d'un moment.

dimanche 16 mars 2014

MON HAOUSSA, GRILLEUR DE POISSONS !

Un garbadrome au plateau par http://civ2011.france24.com
Hier tu m’as demandée si je t’aimais et j’ai répondu « non ». Désolée d’avoir été si brutale dans ma réponse mais je n’aime pas tourner autour du pot. Ta question permet moi de la reformuler était « est-ce que tu m’aimais ». En fait tu n’as jamais été un as en conjugaison et cela je l’ai remarqué depuis notre première conversation. Alors la vraie question selon moi aurait dû être « est ce que tu m’aimes ? » et j’aurais répondu « Non ». Seulement avec un peu plus de douceur dans la voix et un sourire malicieux.

Te souviens-tu de notre première rencontre ? Il parait que les gens amoureux se souviennent toujours de la première fois qu’ils ont aperçu l’être aimé. Je ne doute pas de ton amour mais tes lacunes en conjugaison n’égalent pas tes trous de mémoire alors je vais tout de même te faire un petit rappel. C’était un soir d’été alors que le soleil achevait sa longue course de la journée…Pause. Tu ne pensais tout de même pas que j’allais être fleur bleue ? Si ? Ah tu devrais me connaitre mieux que ça.

Je t’ai aperçu la première fois à la sortie d’un garbadrome. Tu portais un jean délavé et un T-shirt de publicité. Cela faisait une éternité que j’avais vu un T-shirt avec marqué en grand OMO-Multi-action. Quelle ironie ! Tes vêtements semblaient ne pas avoir connu de lessive depuis un bon moment. Tu venais de terminer ton travail et moi j’étais triste de ne pas être arrivée à temps car, il n’y avait plus de poisson thon. En me voyant, mon assiette vide à la main, tu as prononcé cette phrase dont j’aurais pu me passer. «Ma chérie poisson est fini. »

Primo, je n’étais pas ta chérie, nous ne nous connaissions pas. Deuxio, j’avais deux yeux pour me rendre compte, par moi-même, qu’il n’y avait plus de poisson. Je n’avais certainement pas besoin que l’on me rappelle que je n’aurais pas droit à mon garba du vendredi. Comme tu as pu le deviner à ma mine serrée ce jour-là, je ne te portais pas dans mon cœur. Et pourtant deux années plus tard, tout le quartier nous appelait les amoureux du garbadrome.

Chaque soir après mes cours, je venais te tenir compagnie pendant que tu grillais les poissons pour ton grand frère. J’aimais bien discuter avec toi et j’avais découvert en toi des qualités que les autres ne voyaient pas. Ces autres qui ne comprenaient pas que moi Lucia l’intello, je sois amoureuse d’un haoussa grilleur de poisson thon. Ces autres qui de toi, ne voyaient que les tenues délavées. Ces autres qui plusieurs fois, ont dit que tu m’avais envoutée. Ces autres qui seront encore plus surpris demain d’apprendre que nous allons nous marier.

Que ne ferait-on par amour ? Je t’ai aidé à prendre des cours du soir parce que tu voulais toi aussi aller à l’école. Tu étais un élève forcené et c’est grâce à ton acharnement que tu as fini par obtenir le BEPC. Ton amour pour les nouvelles technologies a fait de toi un développeur d’application connu et apprécié par les plus grandes structures du pays. J’ai encore du mal à croire que c’est ta photo à la une du magazine « Plus de Tics, moins de tares » du mois dernier. Tu as su devenir « quelqu’un » comme tu le rêvais. Et je suis fière d’avoir contribué à ton succès d’une manière aussi minime qu’elle soit.


Enfin, si tu me reposais la question et me demandais si je t’aime, je te répondrais sans doute « Non ». Juste parce que c’est avril, et que tu mérites un gros poisson d’avril en souvenir du bon vieux temps. 


* Haoussa: Peuple du Sahel que l'on retrouve en Côte d'Ivoire et que l'on assimile la plupart du temps aux vendeurs de garba. 

*Garba:  Plat populaire ivoirien à base de semoule de manioc et accompagné de morceaux de thon frits.

*Garbadrome: Endroit où l'on vend du garba. 

dimanche 23 février 2014

LAISSE-MOI TE DIRE...


Model: Fatima Soro
Photographe: HSTUDIO'S


La vie est un mystère.
Un mystère qui est l'expression même de l'inconnu.
Un inconnu que d'autres assimilent au hasard.
Mais pour moi le hasard n'existe pas, je n'y crois pas.
Tout arrive pour une raison, tout est mektoub *.
Je ne me rappelle pas de la première fois que nous avons commencé à parler, ni de la première fois que j'ai eu à poser les yeux sur toi.
Mais je me souviens très bien la première rencontre de nos lèvres.
Tu es rentrée dans ma vie comme l’on rentre dans une église ou dans une mosquée, avec calme et tranquillité.
Tu es venue et mon cœur a recommencé à sourire.
Ma vie avait changé, tu étais là, et tout allait bien.

Laisse-moi te dire que tu es celle qui m'a donné la force, tu étais mon pilier.
Tu étais celle qui me donnait envie, envie de rire, envie de vivre.
Tu étais de celles qui savent comment parler à un homme, comment rendre un homme heureux.
Souvent, je levais les yeux vers le ciel pour remercier le Seigneur de t'avoir mise sur mon chemin et de t’avoir pour femme.
Laisse-moi te dire que tu étais une personne plus que formidable.
Je ne t'oublierai jamais car à chaque fois que je regarde notre fille, je pense à toi.
Elle te ressemble tellement, elle est aussi belle que toi, elle a ton sourire, elle a tes yeux.
Parfois elle demande après toi et j’ai souvent du mal à lui répondre, je ne trouve pas les mots pour lui dire que sa maman est allée pour ne plus revenir.
Bien souvent mon cœur pleure ton absence.
Je n’étais rien sans toi, grâce à toi, j’étais mais maintenant je ne suis plus que l’ombre de ma personne.
Tu me manques, tu manques à ma vie, tu manques à notre fille.
J'espère que tu es heureuse depuis là-haut et que tu veilles sur nous.
Laisse-moi te dire que jusqu’à ce que l'ange de la mort vienne me chercher je t'aimerai plus fort chaque jour...

YD.

* Formule exclamative arabe, que l'on traduit par «C'était écrit»

Le texte n'est pas de moi mais d'un ami qui a accepté que je le publie sur mon blog. 

samedi 15 février 2014

PRENONS LE TEMPS D'ARROSER NOS JARDINS !




Il y a ces évènements, ces personnes, ces choses qui une fois sur notre chemin remettent tout en question. Bien souvent on prend des résolutions sur le coup, on décide de changer, de devenir meilleur…malheureusement ce sont parfois des décisions du moment. Quelques instants plus tard nous reprenons nos mauvaises habitudes et recommençons à nous plaindre…

Hier j’ai regardé une expérience consistant à relooker des femmes, à les prendre en photos et ensuite à retoucher ces photos afin qu’elles ressemblent aux mannequins sur les couvertures de magazine. (Vous pouvez en voir plus ici) Les réactions de ces femmes m’ont fait repenser à cette phrase « Pourquoi ressembler à quelqu’un d’autre quand je peux être moi ? » On ne s’en rend pas souvent compte mais nos vies sont des bénédictions. Il nous arrive de souhaiter changer telle ou telle partie de notre corps, pourtant il y en a qui rêvent juste d’avoir leurs cinq sens au complet.

Il arrive que je fasse des critiques en voyant des personnes se plaindre de leur vie, ou d’autres personnes sur les réseaux sociaux. Oh pas la peine de se jouer aux saints! Cela vous ait sans doute déjà arrivé à vous aussi.  Pourtant tous, nous nous plaignons presque tout le temps. Que ce soit à des proches, à Dieu ou même intérieurement. De notre physique, de nos moyens financiers, de notre santé, de nos notes en classe, de nos parents, de nos amis, de nos amours… On pourrait prendre des jours entiers rien que pour dénombrer nos moments d’ingratitude.

Bien souvent nous en sommes à envier les « uns » tandis que d’autres prient pour avoir un dixième de ce que nous possédons. La vie n’est pas faite pour être toujours belle. Elle a son lot de coups bas mais est-ce une raison pour oublier tout ce pourquoi on devrait être reconnaissant ? En ouvrant les yeux un peu plus on verrait qu’il y a ces petites choses insignifiantes que nous prenons pour acquises mais qui pour certains demeurent des miracles. Si nous prenions le temps d’arroser nos jardins, notre herbe serait sans doute aussi verte que celle du voisin que nous passons notre temps à reluquer.

En regardant bien autour de nous, plutôt que d’observer uniquement ce qu’on aimerait avoir ; en essayant de lever les yeux de notre zone de confort, on se rendrait surement compte que nous avons tout pour être heureux si seulement on se donnait la peine de l’être. Il ne s’agit pas de se complaire dans la médiocrité. Ce n’est pas un crime de vouloir obtenir plus de confort. Le crime est de négliger l’appréciation de ce qu’on a déjà en rêvant de ce que les autres possèdent. J’ai écrit cet article en espérant pouvoir le relire chaque fois que je me plaindrai afin de me rendre compte à quel point Dieu m’a bénie.

Récemment j’ai regardé des vidéos de motivation de personnes ayant des handicaps mais qui malgré tout ont choisi de vivre heureux. Plusieurs personnes les ont déjà visionné mais j’espère qu’en les regardant à nouveau, nous serons plus reconnaissants car rien de ce que nous possédons actuellement n’est entièrement acquis.  







dimanche 9 février 2014

NE ME MAUDIS PAS !



Model: Sarai D'Hologne
Photographe: Nadege Cakpo
Je me demandais ce que j’aurais pu dire pour me justifier mais en fait rien ne pourrait justifier ce que j’ai fait. En t’écrivant cette lettre j’espère juste que tu me pardonneras l’impardonnable. Je comprendrai que tu ne veuilles plus me parler mais prends au moins le temps de me lire jusqu’au bout.

J’ai rencontré Alain il y a quatre mois alors que je faisais des courses au supermarché du quartier. Il s’est gentiment proposé de m’aider à transporter mes courses jusqu’à la maison et il me parlait comme s’il me connaissait depuis longtemps. Je ne comprenais pas son comportement jusqu’à ce qu’il m’appelle Marie-Jeanne. Il m’avait donc confondu avec toi. 


Tu sais, les gens disent très souvent que nous nous ressemblons mais j'ignorais que c’était jusqu’à ce point. Il y a quand même trois années de différence entre nous mais certains de mes amis refusent de me croire lorsque je dis que nous ne sommes pas des jumelles. Bref il m’est arrivé de revoir Alain plusieurs fois après notre rencontre et je ne sais pas comment cela s’est produit mais, jamais il ne s’est rendu compte que je ne fusse pas toi. Je suis allée jusqu’à lui dire que j’avais changé de numéro de téléphone afin qu’il efface le tien. C’est le cœur à la foi plein d’amour mais aussi de remords que je t’écris cette missive. Je sais que je ne mérite pas ton pardon mais l’amour tu le sais mieux que personne rend aveugle.

Rappelle-toi lorsque tu as quitté ton fiancé le jour de vos noces parce que tu venais à peine de rencontrer un jeune homme que personne d’autre ne connaissait. Tu criais sur tous les toits que tu avais rencontré l’amour de ta vie et personne, ni ton fiancé d’alors, ni même nos parents n’ont réussi à te convaincre que tu faisais une bêtise. Souviens-toi combien tu t’es battue corps et âme pour cet inconnu rencontré au détour d’une ruelle. Grande sœur je sais que je te fais de la peine et que tu as envie de me maudire mais je t’en supplie ne le fais pas. Sous le coup de la colère on peut dire certaines choses que nous regretterons toute notre vie. Jean ton ex fiancé t’a peut-être lui aussi maudit lorsque tu l’as abandonné devant l’autel. Pourtant tu conviendras avec moi que ta seule erreur fut d’en aimer un autre que lui. Voilà pourquoi je te demande de ne pas proférer de malédiction à mon encontre car tout comme tu le fus grande sœur je suis moi aussi la victime de ce maudit Cupidon.

Je sais qu’Alain était l’homme de ta vie mais vois-tu, si tu me l’avais présenté plus tôt jamais je ne m’en serais approchée. Après l’échec de tes fiançailles, les parents ne voulaient plus te parler. Bien que tu fusses toujours à la maison, personne ne t’adressait la parole, du moins personne d’autre que moi. Bien des fois je t’ai demandé de me faire découvrir cet homme qui en une semaine avait réussi à mettre un terme à une relation - que tu lui avais caché soit dit en passant - de plusieurs années. Cela nous aurait sans doute évité ce qui arrive aujourd’hui mais il est trop tard à présent. Lorsque ce jour-là je l’ai rencontré au supermarché, j’ai tout de suite compris pourquoi tu avais bravé la colère de tous pour son amour. Alain est un dieu de la beauté, le Narcisse contemporain - sans le coté narcissique - je dirais. Comment un homme peut- il allier aussi parfaitement la beauté à l’intelligence, sans parler de son respect pour la femme. Je suis sure que tu me comprends ; que tu sais mieux que quiconque combien il est facile de succomber à son charme.

Si je te demande pardon aujourd’hui ma sœur c’est parce qu’à cause de moi tu as tenté de mettre fin à tes jours. Alain a déménagé du quartier et tu ne pouvais pas le savoir étant donné que c’est avec moi qu’il communiquait désormais. Tu te languissais de son absence et bien que tu ne te confies pas à moi je savais pourquoi tu passais désormais tes nuits à gémir. Ah oui ! C’est aussi moi qui avais effacé son numéro de ton portable et par chance tu ne le connaissais pas encore par cœur.

Quelle bonne idée ont eu nos parents de nous appeler respectivement Marie Jeanne et Marie Anne ! Ça n’a pas été difficile plus tard de convaincre Alain que mon vrai prénom - ou le tien, peu importe - était Marie Anne plutôt que Marie Jeanne comme il le pensait. Nous filions donc le parfait amour pendant ces quatre mois au cours desquels je te voyais dépérir et pleurer toutes les larmes de ton corps parce que sans nouvelle de lui. J’ai bien failli te dire la vérité mais encore une fois grande sœur, tu connais Alain et tu sais qu’aucune femme ne se résoudrait à le perdre ainsi.

En fait grande sœur, tu avais abandonné Jean que tu connaissais depuis l’enfance au profit d’Alain que tu avais rencontré une semaine avant ton mariage. De lui tu ne savais pas grand-chose, tu ignorais donc que son père était décédé un mois avant votre rencontre et qu’il devait aller en France pour gérer ses affaires et s’occuper de sa famille y résidant. Je suis désolée de te l’apprendre sur ton lit d’hôpital mais au moment où tu lis cette lettre je suis dans l’avion aux cotés de celui qui nous rend folles toutes les deux. Nos parents ont accepté que je parte avec lui. Tu ne l’as pas rencontré lorsqu’il est venu déposer ma dot tout simplement parce que tu ne sortais plus de ta chambre. Ta tentative de suicide a bien failli me faire chanceler mais j’aime trop Alain pour le laisser partir à Paris sans moi.


Je sais que tu me pardonneras difficilement mais grande sœur, pense à Jean qui a dû souffrir comme tu souffres actuellement. Il m’a d’ailleurs dit qu’il t’aime toujours et qu’il t’attendra à ta sortie de l’hôpital. N’oublie pas également que j’aimais Jean avant toi mais que tu as quand même accepté ses avances. Ce n’était pas une vengeance grande sœur mais je veux juste que tu y repenses avant d’envisager de me maudire. J’avais fini par accepter de perdre Jean car tu m’as dit que j’étais jeune et que ce que je ressentais était plus de l’admiration que de l’amour. Tu me l’as pris pour ensuite l’abandonné ainsi. Je n’avais pas prévu de te rendre la monnaie de ta pièce mais je suis sure qu’Alain était juste un fantasme pour toi ; tu ne l’aimais pas vraiment… Grande sœur je t’en prie retourne aimer ce que j’admirais et moi je me contenterai de ce dont tu rêvais. Ne m’en veux surtout pas, ne me maudit pas, l’amour est le seul coupable.

lundi 25 novembre 2013

JE T'ATTENDAIS

Dessin par Saraï D'Hologne

Le regard perdu dans le néant, j’attendais ton retour. Au début, je regardais l’horloge du grand salon mais j’ai fini par croire que le temps s’était figé. Il était temps que tu rentres car de bonnes choses t’attendaient. Pendant ta longue absence j’avais eu le temps de faire une myriade choses. J’ai confectionné tes plats favoris et mis au frais ta cannette de coca light. Je savais que tu l’aimais bien glacée et j’avais hâte de t’admirer en train de manger tes pommes de terre frites devant la télévision. Apres la cuisine, je me suis assise dans le canapé et j’ai encore attendu. 30 minutes ? Une heure ? Peut-être une heure trente minutes, je ne m’en souviens plus exactement mais je sais que j’en ai eu marre de ne rien faire alors je me suis mise au ménage. A ton retour tu aurais pu voir ton reflet dans le carrelage tant je me suis appliquée à le faire briller. Tu aurais sans doute compris pourquoi je ne cessais de te répéter que tu étais beau, bien plus beau que moi. 
J’attendais avec impatience que tu passes le pas de la porte et que tu embellisses la maison de ton rire contagieux. J’aurais sans doute ri moi aussi mais seulement parce que je trouvais cela mignon quand tu bégayais animé par un enthousiasme trop grand pour ton petit corps. 

Lasse d’attendre à l’intérieur, je me suis assise sur le perron de la porte et j’ai regardé certains voisins passer avec leurs enfants. Ils riaient a gorge déployée pendant que moi je t’attendais. Ils riaient alors que moi j’étais à la fois anxieuse et excitée. J’étais aussi excitée qu’à chaque fois que je t’attendais. Excitée à l’idée de revoir ta petite frimousse, ton visage angélique et cet air innocent que tu transportais tout le temps avec toi. Pourtant j’étais aussi anxieuse parce que je craignais le pire; tout était trop beau, trop frais pour être vrai. Je n’avais connu que des orages et des éclairs et tu étais le premier mais oh combien éclatant rayon de soleil que je recevais dans ma vie.

En repensant à toutes ces années pendant lesquelles j’étais le sujet principal des commères du quartier, je ne me suis pas aperçue de la présence du vieil autobus jaune de ton école devant la maison. Ton ami Malick en descendit et je t’aperçus juste derrière lui. Tu avais l’uniforme taché d’encre de toutes les couleurs et tu portais fièrement ton sac à dos à l’effigie de Mickey; le sac que tu m’avais presque forcé à acheter. Tu descendis et couru te jeter dans mes bras. Comme chaque jour de la semaine tu crias « Maman » et mon cœur rata un battement. Oui j’étais heureuse car je n’étais plus cette femme que les autres pointaient du doigt. Je t’avais certes adopté mais tu étais mien, tu étais mon fils, j’étais ta mère et il n’y a que cela qui comptait.


20 Novembre 2013, Journée internationale des Droits de l’Enfant. J’ai une pensée spéciale pour tous ces enfants qui n’ont pas la chance d’avoir un toit, des bras chaleureux dans lesquels se blottir, des parents sur qui compter… Mais je pense également à ces femmes qui attendent impatiemment de pouvoir vivre ce qu’il y a de plus beau. Qui sait ? Il y a peut-être un enfant quelque part qui lui n’attend que vous…

vendredi 22 novembre 2013

JULIE ET JULES


J'ai écrit ce texte avec Mélissa et c'était amusant d'essayer quelque chose de nouveau, une histoire née de la spontanéité de chacune. 

Illustre par SARAI D'HOLOGNE

C'était un garçon à l'air misérable, aux cheveux trop longs et aux yeux trop grands, très marrons, toujours étonnés. Il avait un charme triste. Du haut de ses vingt ans, on pouvait remarquer que c’était un drogué déjà fatigué. On avait envie de lui chuchoter dans l'oreille quand il dormait qu'on était là, qu'on allait le faire vivre un peu plus longtemps; qu'il allait revoir le soleil et qu'il n'en croirait pas ses yeux. Mais vite, on se rappelait qu'il ne voulait plus de ça. Alors, on se ravisait tristement.

C’était une fille à l’air innocent, élancée, raffinée aux yeux rieurs, qui sentait et respirait la joie de vivre. Du haut de ses 18 ans on pouvait voir qu’elle n’avait connu que le miel et que des années de vaches grasses l’attendaient encore. Elle avait la beauté de ces princesses décrites dans les contes des frères Grimm que Maman me racontait au temps jadis. Son rire était contagieux mais moi j’étais majeur et vacciné contre le bonheur alors le virus de sa joie ne m’atteignait pas.

Jules était un gars particulier. Le genre de garçon que tu n'espérais jamais rencontrer. J'étais secrètement amoureuse de lui mais pas de son passé; de son futur, peut-être; s'il acceptait de l'envisager, moins ténébreux.

Julie était une fille particulière. Le genre de fille dont je n’oserais rêver même après une overdose de ma drogue préférée. J’étais secrètement amoureux d’elle mais je savais que je n’en avais pas le droit. Je l’aimais pour sa beauté, pour sa pureté, pour ses mimiques, pour son parfum; mais je savais qu’elle ne méritait pas qu’un déchet ambulant s’intéresse à elle.

J'étais persuadée qu'il méritait mieux qu'une mort précoce due à un bad trip. Je voulais être avec lui, l'aider à aller de l'avant et espérer qu'un jour, il tombe amoureux de moi.

Lorsqu’elle m’a parlé pour la première fois, je me suis retourné croyant qu’elle s’adressait à une quelconque personne derrière moi. Et pourtant, elle me parlait à moi, aussi invraisemblable que cela pouvait paraître. Elle me parlait de mon futur, de ce que je pourrais être si jamais je voulais me donner la chance de changer. Je me demandais ce qu’elle avait à se prendre pour une pêcheuse d’âmes perdues. Elle savait surement que j’avais ces maudits sentiments à son égard alors cela l’amusait bien d’enfoncer la flèche de Cupidon dans ce qui me restait de pompe de sang.

Jules était tout ce que j'aimais. Mystérieux, ténébreux, charmant, intelligent. Non, en fait Jules était tout. Tout ce qu'on espère d'un homme.

Julie n’était pas mon idéal féminin, elle était l’idéal féminin. Aucun homme sur terre ne pourrait résister à son charme car elle alliait parfaitement la beauté et la douceur à l’intelligence et la pudeur.

J'aurais bien voulu le présenter à maman. Mais elle s'imaginerait tout un tas de trucs notamment que je sortais avec un drogué. Maman était championne des conclusions hâtives. Cette hypothèse était donc annulée. Jules m'a dit qu'il a arrêté les études après la licence. Il étudiait la physique aérodynamique. Il a arrêté juste comme ça. Je ne comprenais pas pourquoi il se donnait autant de mal pour gâcher sa vie.

C’était cela aussi son défaut, elle aimait fouiner partout. Aucune question ne devait rester sans réponse avec elle tandis que moi j’avais un univers entier d’équations sans solution. Elle pensait que je n’avais pas de rêves, que je m’évertuais à me détruire par pur masochisme alors que la vérité était toute autre bien plus noire que ce qu’elle paraissait.

Je ne pensais plus arriver à le comprendre un jour. On n’avait vraiment pas la même façon de voir le monde. J'étais trop dans les normes et lui, il détestait les normes. Je ne sais pas pourquoi je l'aimais finalement; encore moins pourquoi je m'efforçais à vouloir à tout prix le mettre sur le droit chemin: il détestait le droit chemin

Elle semblait avoir enfin compris que j’étais irréparable. Je la voyais s’éloigner et avec elle les fragments restants de mon cœur. J’avais envie qu’elle reste, qu’elle m’aide à changer mais en y repensant je n’avais pas tellement envie du changement. Pourquoi aurais-je voulu ressembler aux autres quand je pouvais être moi ?

J'avais décidé de le laisser seul avec ses théories farfelues. Il pouvait mourir, ce n'était plus mon problème. De toutes les façons, les sourds ne peuvent pas entendre. Encore moins quand leur surdité est confortable.

Tout était dit, elle en avait marre. J’ai essayé de crier pour la retenir mais à quoi bon quand je savais que jamais nous ne nous accorderions ? Nous étions comme l’eau et le feu, l’ange et le démon, destinés à nous regarder mais seulement de loin de crainte que l’un ne corrode l’autre. Je l’aimais mais s’il fallait pour cela devenir normal, alors je préférais la regarder s’en aller.

En fait, j'avais compris qu'il ne m'aimait pas. C'est comme ça dans la vie: on aime toujours ceux qui se passeraient aisément de nous. Je ne devais plus l'aimer. Et puis, c'est tout.