« J’arrête quand je veux ». Elle le disait à ceux qui voulaient l’aider. D’autres avant elle l’ont dit aussi. Elle se croyait spéciale. Elle n’était pas une exception. Ses bains se firent rares. Elle peinait à se nourrir correctement. Son boulot ? Elle l’avait oublié depuis belle lurette. De toutes les façons ils ne voulaient plus d’elle. Ni ses patrons. Ni ses amis. Ni lui, son amoureux. Son Jordan. Avant elle était propre et belle. Il l’aimait. Son Jordan aux yeux rieurs. Son Jordan au corps d’Hercule. Il a tenté de l’aider. Face à son rejet, il est parti. Ce fut ensuite son appart. Comme tout le reste, sa vie défila sous ses yeux. Ses rêves s’envolèrent sans elle. Aujourd’hui elle n’est plus propre. Sous ses haillons, j’imagine qu’elle est toujours belle. En dessous de cette crasse, il y a surement une lumière. Je n’en saurai jamais rien. Elle tire un nouveau coup sur sa pipe. Je me dépêche de m’éloigner. Elle ne m’inspire pas de dégout. Enfin, j’essaie de me convaincre que la puanteur qu’elle dégage ne me révulse pas. J’essaie de me convaincre que je ne suis pas comme les autres. Que je suis différente de ceux qui changent de chemin en la voyant. Je prétends que je crains juste une brusque réaction de sa part. Je prétends craindre une crise d’asthme en respirant la fumée qu’elle expire. Je me mens à moi-même. Comme les autres je m’éloigne. Je ne lui donnerai pas l’occasion de raconter son histoire. De loin, je lui invente une vie.
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jeudi 30 juin 2016
Une ombre dans le parc...
jeudi 2 juin 2016
Mes belles imperfections
Ça fait plus d'une heure que je me tiens devant le miroir. L'image que la glace me reflète me plaît. Tout est parfaitement dessiné. Je n'ai rien à envier à Beyonce et Rihanna. Et je ne leur envie rien. Je me tiens toute nue et j'admire chaque partie de mon corps. Derrière je peux voir mon mari. Il se retourne encore dans les draps. La nuit dernière n'a pas été de tout repos. Tous les endroits de la maison ont été visités. Malgré tout ce sport nocturne, je me suis levée de bonne heure. Comme tous les jours depuis que je suis mariée. Je souris en pensant à ma première rencontre avec Emmanuel. C'était la première fois que je le voyais. Mais lui m'avait déjà remarqué depuis bien longtemps. Il m’a adressé la parole après une réunion du club de business. Nous sommes d'abord devenus amis. Jamais il n'a eu un geste déplacé, un mot à l’envers. J'étais donc à mille lieues d'imaginer ses sentiments. Nous étions tous les deux étudiants à l'Université Internationale de Grand Bassam. Il entra dans ma chambre un soir. Il était presque l'heure du couvre-feu. Tous les garçons étaient partis dans leur résidence. Sa mine témoignait de son embarras. "Sabine j'ai quelque chose à te dire." C'était la première fois que je le voyais ainsi. Ses mains tremblaient et ses yeux étaient baissés. Je ne répondis pas. J'attendais qu'il continue de lui-même.
- Tu sais que je pars à Atlanta dans deux semaines.
- Ah oui je sais. Tu n'as pas besoin de faire toute une cérémonie pour ça.
- Tu m'as dit que toi tu irais à Mankato. Ce qui veut dire qu'on ne sera plus ensemble.
- Tu aimes ça hein! Il y a Skype, WhatsApp, Viber etc. On sera toujours amis. Personne ne te remplacera.
- Justement je ne veux plus qu'on soit amis.
-Ayi! Tu as quel problème ?
-Je te trouve belle ah! Depuis je parle, je baisse la tête, tu ne peux pas lire entre les lignes? A chaque réunion j’ai les yeux braqués sur toi. Lorsque tu te tiens debout au milieu des autres, je ne vois que toi. Lorsque je me tiens devant tout le monde, c’est pour toi et uniquement toi. Je me mets en valeur pour que tu me voies. Je suis fan de toi! Non je t'aime. Si je dis fan seulement tu ne vas pas comprendre. Bon je m'en vais ils vont fermer les portes.
Debout devant le miroir, je regarde mes bras. Autrefois je les trouvais difformes. Je les trouvais trop gros par rapport à mon tronc. Je trouvais mes fesses trop plates. Et mon visage ? N'en parlons pas. Ces lèvres qu'aujourd'hui j'appelle voluptueuses, je les traitais de volumineuses. Emmanuel m'a aidé à avoir un autre regard sur mon corps. Il m'a appris à aimer ce corps que je rejetais. Oh j'en ai entendu plein dire qu'il faut s'aimer soi-même. Ils disent qu'on ne doit pas attendre quelqu'un pour nous dire qu'on est belle. C'est vrai. Mais c'est toujours un plaisir d'entendre mon chéri me dire à quel point je suis magnifique. Quand je me tiens devant la glace, je ne vois plus une jeune fille petite et rondouillette. Je vois une femme de taille moyenne avec des rondeurs. Je vois une femme belle, intelligente et amoureuse. Quand Emmanuel me regarde comme il le fait actuellement du lit, je n'envie aucunement Beyonce ou Rihanna. Je me glisse dans les draps à ses côtés et je respire son odeur de mâle. Et pour ceux qui pensent que je ne me trouverai plus belle s'il me quitte, vous vous trompez. Il m'a appris à aimer mais surtout à m'aimer avec ou sans lui.
lundi 9 mai 2016
Lettre à mon futur époux...
Dear future husband,
J'ai le regret de t’annoncer que je ne sais pas cuisiner. Oh contrairement à Emile, je fais plein de tours dans ma cuisine. D’ailleurs quelques fois je reçois des compliments sur mes plats. Mais la plupart du temps, je n’aime pas cuisiner pour les autres. La raison est simple. Etant donné que je n’ai pas la créativité culinaire de Loic Dablé, je préfère que mon ventre soit l’unique cobaye de mes expériences. Alors oui je sais confectionner quelques plats. Moi-même j’aime manger, c’est un art dans ma famille. Quelques fois, je ne m’en sort pas mal au fourneau. J’aime cuisiner mais pas tout le temps. J’appréhende un peu notre union parce qu’à ce qu’il parait je devrais cuisiner tous les jours pour mon époux. Quand j’étais petite, mes frères disaient que tu me renverrais chez mes parents parce que je ne saurais pas faire la cuisine. J’avoue que chaque fois que maman était au fourneau, je regardais Disney Channel ou lisais un livre. Google aidant, j’ai été la première étonnée une fois à l’étranger, de découvrir que je pouvais me nourrir. Si on peut appeler ça nourriture…
Il parait que pour garder un homme, il faut satisfaire son ventre et son bas ventre. Je ne vois par contre pas beaucoup de choses sur comment satisfaire une femme. Ouh la ! Avant de me dire que je suis une féministe comme si c’était une injure, je te rappelle que Justin Trudeau s’est qualifié de féministe aussi. Mais je m’éloigne du sujet. Pour certains, les cadeaux et les compliments sont les meilleurs alliés des femmes. Côté cadeaux, je ne dirai pas non à quelques livres ou à des Lys blancs. Les compliments également sont les bienvenus. Mais j’ai malheureusement eu deux ex petits amis et demi et ils étaient plutôt avares en compliments et en cadeaux.
Je ne sais pas encore ce qui pourra me satisfaire mais j’espère qu’on le découvrira ensemble. Une chose est sûre, il y aura bien plus que des compliments et des cadeaux. J’aurai besoin de ton cerveau et de ta compréhension. Je ne sais pas pour toutes les femmes, mais je sais que certaines n’aiment pas préparer. D’autres comme moi ne sont pas des tops chefs mais peuvent s’en sortir quelques fois. Lorsque ça n’ira pas, dans la cuisine comme ailleurs, on ne tweetera pas. On s’assiéra à deux. On discutera. Chacun commentera ce qu’il like ou pas. On trouvera des compromis et on continuera de s’aimer. Pour toi, je ferai des efforts. Si je ne sais pas cuisiner un plat que tu aimes, tu ne te plaindras pas chez tes amis. Tu essaieras d’être romantique. Tu m’apprendras à le cuisiner, si toi-même tu sais le faire. Dans le cas contraire si mes quelques essais en solo s’avèrent tous infructueux, on pourra dîner chez Saakan. Et puis quelques fois, parce que je serai tout simplement fatiguée par le boulot, ou juste un brin paresseuse, je commanderai sur HelloFood.
| Admire mon art :) |
J’ai des amis qui débattent beaucoup du rôle de la femme dans le mariage. Je préfère ne pas trop m’y pencher. Ce que X fait dans son mariage ne regarde que lui. Avant le nôtre, nous déterminerons ce que nous aimons, et ce que nous n’aimons pas. Pour les talents il faut que tu saches. Je ne sais pas dessiner et je ne sais pas chanter. Peu importe ce que mes amies diront, je ne me débrouille pas mal en danse *lève les yeux au ciel*. Je t’ai donné un avant-gout de ce qu’il en sera pour la cuisine. Si tu aimes toi-même cuisiner, je t’en aimerai davantage. Sinon, tu comprendras que parfois j’ai la flemme. Bien sûr comme je le disais tantôt, on discutera beaucoup avant de se marier. Chaque problème, on managera. Si après cette longue lettre, tu acceptes de lier le sort de ton ventre à mes talents de cuisinière, ce sera à tes risques et périls.
Faim.
mardi 12 avril 2016
L’inconnue...
Elle le regarde. Il sourit. En fait ce n’est pas un sourire. Ça ressemble plus à une sorte de rictus qui déforme ses lèvres. C’est le même que sur toutes ses photos. Au début, elle a cru qu’elles avaient été prises au mauvais moment. Elle comprend maintenant qu’il ne sait pas sourire. Elle se demande s’il a eu une maladie qui l’en empêche. Ca ne doit pas être si difficile que ça. Elle, sourit tout le temps. Surtout grâce à lui. Alors comment se fait-il que lui-même ne sourit jamais ?
Lui se demande pourquoi est-ce qu’elle le fixe autant. Il est presque sûr de ne l’avoir jamais rencontrée. Contrairement à ce que son médecin pense, il se souvient de tous les visages. Chaque mot, chaque sourire qu’on lui offre. C’est bien la seule raison pour laquelle il continue de faire son travail. Pour les sourires, les larmes, les mots. Il est bien content que ses maux servent à quelque chose. Plusieurs fois il a voulu arrêter mais c’est pour des gens comme elle qu’il continue d’écrire.
- Vous ne souriez jamais ?
Sa question le surprend. En 10 ans de carrière, c’est bien la première fois qu’une lectrice veut savoir quelque chose qui n’a rien à voir avec ses personnages. Il hésite. Il ne sait pas s’il doit lui donner l’une de ses réponses préparées à l’ avance. Oh, mais il n’en a jamais préparé pour cette question. Pourquoi est-ce qu’il ne sourit pas ? Lui-même ne le sait pas. Il y a très longtemps qu’il a oublié ce qu’est un sourire. Tout comme les larmes. Il a du mal à ressentir certaines émotions depuis quelques années. En vrai il fait en sorte de les coucher sur papier, chaque fois qu’elles essaient de le happer. Alors doit-il lui dire cela ? Il en doute.
- Hum
Elle continue de le fixer en attendant qu’il rajoute quelque chose à son hum. Mais il semble ne pas vouloir en dire plus. Il est plus petit qu’elle ne l’imaginait. Ils sont tous deux assis mais elle sent bien qu’elle est plus grande que lui. Peut-être qu’il est intimidé. Mais ce n’est pas possible. C’est plutôt à elle de l’être. Il a la tête baissée et caresse son stylo. Elle se demande si elle doit reposer sa question. Avant qu’elle ne se décide à ouvrir la bouche il pose ses yeux sur elle.
- Pourquoi me regardez-vous avec autant d’insistance ?
Sa question la déroute. Elle plonge ses yeux dans les siens et s’y perd. Ils sont cachés derrière une grosse paire de lunettes. Mais elle a l’impression d’y lire une histoire qu’il n’a pas encore écrite. Elle déglutit, ramène une mèche rebelle derrière son oreille et sourit.
- Il parait qu’on est tous des poussières d’étoiles… Mais moi, je vois plus souvent la poussière que les étoiles. Alors je les cherche, systématiquement, obstinément, désespérément… dans les yeux, ceux qu’on dit être le miroir de l’âme.
Elle lâche les mots sans s’en rendre compte. Elle n’avait pas prévu de se dévoiler. Elle voulait juste le voir. Lui parler en vrai, briser l’écran. Elle se dit qu’elle n’aurait jamais dû le surprendre ainsi. Elle se lève. Il la regarde. Il la reconnait. Ou plutôt, il reconnait ses propres mots. Ceux qu’il a partagés avec une inconnue, un soir sur Facebook. C’était bien avant d’être célèbre. Bien avant que son compte disparaisse, et elle avec. Sans laisser de traces. Il l’avait cherchée en vain alors il avait écrit. Comment avait-il pu oublier son visage ? Oh c’est vrai qu’avant elle avait les cheveux courts. Et son teint était noir. Il la regarde se lever. Il se demande ce qui lui est arrivée. Mais il ne la retient pas. Et elle s’en va. Le suivant s’assoit et lui présente tout sourire, un livre à dédicacer.
mardi 15 mars 2016
Au rythme des vagues
Elle ne s’y attendait pas. Comme tous les lâches de son espèce il l’a prise par derrière. Ni ses cris de désespoirs, ni ses larmes ne l’ont empêché d’assouvir son dessein malsain. Elle ne lui avait rien fait. Il s’en foutait. Elle ne voulait que s’échapper du train-train du quotidien. Il a décidé de lui imposer un jour de deuil. Son objectif était d’implanter sa marque dans ses souvenirs. Laisser une empreinte sanglante afin que demeure à jamais la terreur de le voir apparaitre à nouveau. Elle a saigné et continue de pleurer. Pourtant derrière le voile de ses larmes, elle sait que son sourire luira. Il l’a faite s’agenouiller dans la douleur mais c’est resplendissante qu’elle se lèvera. Elle n’a pas fini de chanter ses hymnes de gloire. Sa joie de vivre n’est pas de celle que l’on éteint d’un coup de feu. Elle a connu pire et a toujours su se relever. Certes les cicatrices demeureront. Mais les marques qu’il a laissées lui rappelleront que sa valeur ne saurait être assombrie par quelques assoiffés de sang. Pour ceux-là, il aurait mieux valu qu’ils ne soient pas nés. Pour elle, demain sera plus beau et elle continuera de danser au rythme des vagues.
lundi 7 mars 2016
De l'air !
Les portes s’apprêtent à se refermer et cinq boutons sont illuminés. 7e, 8e, 13e, 17e et 20e. J’habite au 17e étage d’un immeuble dont la renommée n’a d’égale que le prix exorbitant du loyer. Juste avant la fermeture, un homme a le temps de s’incruster. Nous sommes 6 dans l’ascenseur. De l’air ! De l’air ! Il ne m’a pas fallu plus d’une minute pour sentir la crise pointer à l’horizon. Je ne suis pas claustrophobe. Je n’ai pas peur du noir non plus. Ni du chinois ou du blanc. Du moins plus depuis une bonne dizaine d’années. A part l’envie de me faire vomir mon déjeuner, les ascenseurs ne représentent pas une menace pour moi. Pourtant c’est bien dans l’un de ces engins que je me trouve tandis que mes poumons ont du mal à s’emplir d’oxygène. Je suffoque. Mes narines s’ouvrent grandement pour jouer leur rôle, mais mon cerveau transmet un message contraire. Intérieurement je hurle, mais je n’ai pas envie de me faire remarquer. Sans les voir, je sens que mes yeux rétrécissent et virent progressivement au rouge. J’ai l’impression que la chinoise du 8e s’est aperçue de ma souffrance. Elle me fixe, fronce les sourcils, remue la tête, puis ramène ses yeux sur son smartphone. Oh bien sûr ! J’ai envie de lui hurler que ma vie est plus importante que la dernière apparition de Lady Gaga sur le tapis rouge. Mais je n’arrive même pas à ouvrir la bouche. C’est comme si mon être tout entier s’est mis sur pause. Je n’ai pas mon bronchodilatateur sur moi. Je pique si rarement des crises que je n’ai pas le réflexe de l’emporter partout. Je sens les larmes monter. Une violente nausée s’ajoute à mes malheurs. J’ai intérêt à ne pas vomir sur le beau costume du banquier du 20e. C’est la deuxième fois que je le rencontre. Il ne doit pas être méchant, malgré sa mine serrée. Cheveux impeccablement peignés, imbibés du gel le plus cher qu’il a pu trouver au supermarché. Déjà que je ne lui ai pas dit bonsoir, je ferais mieux de ne pas déverser mon sandwich au thon de ce midi sur lui. Il a l’air si sérieux, il devrait sortir des chiffres de temps en temps. Mais j’ai d’autres choses plus importantes à gérer… Comme ma crise d’asthme dont l’alerte est désormais maximale. La crise ! La crise ! Maman m’a dit de ne pas utiliser de pronom possessif comme si la maladie était mienne. Cling ! L’ascenseur s’ouvre sur le 7e et le dernier à être monté est le premier à en descendre. Dieu merci ! Deux étages de plus à passer avec lui et on m’aurait transportée aux urgences. Impossible de déterminer s’il est plus accro à la nicotine, à la marijuana ou aux alcools bon marché. Ça devrait être interdit de puer autant !
mardi 19 janvier 2016
Jeux de mots...
Cela faisait plus d’une heure qu’il était assis là, les yeux rivés sur ses mots croisés. A quelques centimètres de lui, une canne à pêche, la ligne plongée dans l’eau était aussi immobile que l’homme à côté.
« Un mot de cinq lettres exprimant un sentiment universel profond. Voyons voir ! Haine ? Hum non ça ne colle pas. Peut-être désir. Ah oui ça pourrait être ça ! Le désir n’est-il pas le sentiment le plus profond qu’il m’est été donné d’expérimenter ? J’ai tout désiré : l’argent, les voitures, le pouvoir, les voyages, les femmes. Surtout ce dernier élément ; et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis assis ici tout seul. Je me souviens que j’avais pourtant un meilleur ami. Il n’y a pas si longtemps de cela - ok une bagatelle d’années tout de même - Francko et moi étions inséparables. Rencontrés à la fac, nous avons depuis, presque tout fait ensemble. Les premières fêtes d’étudiants, le premier joint aussitôt regretté, les premières dragues aux soirées estudiantines, l’achat de la première voiture, la quête du premier boulot, le prêt pour la première maison… En 8 années d’amitié, on peut dire que nous étions devenus de vrais siamois. Jusqu’à ce qu’elle apparut. Belle…Ce prénom lui allait comme un gant. Ses cheveux blonds bouclés lui donnaient un air enfantin du haut de ses 45 ans bien comptés. Et ces fossettes lorsqu’elle souriait… et elle souriait beaucoup quand elle me voyait. Le jour où il me la présentât, Francko me lança immédiatement le regard qui voulait dire « pas touche ». Il savait mon obsession pour les femmes au joli minois et sans aucun doute Belle était magnifique. Ce que Francko ignorait cependant et que moi aussi j’allais découvrir, est que plus l’objet de mon désir était inaccessible, plus grande devenait mon envie de le posséder. Aussi, chaque fois que nous nous retrouvions tous les 3, je devais adopter une attitude d’indifférence pour éviter de trop la côtoyer et de faire dégénérer les choses. Je faisais preuve d’une ridicule politesse envers elle en lieu et place des taquineries dont je gavais tout mon entourage. Francko s’était rendu compte de mon changement mais ne dit mot sur le sujet. Un soir, j’allai lui rendre visite mais grande fut ma surprise de rencontrer Belle toute seule à la maison.
- Ton ami est allé m’acheter quelques babioles à côté mais il revient tout à l’heure.
- Ah d’accord. Eh bien, je vais l’attendre dehors alors.
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Assieds-toi devant la télé pendant que je t’apporte quelque chose à boire.
Bien malgré moi mes fesses se posèrent sur le canapé et ma main se saisit de la télécommande pour mettre le téléviseur en marche. Le match des Giants avait déjà débuté alors je pris finalement mes aises. Absorbé par la raclée que se prenait nos géants par les Braves d’Atlanta, je ne me rendis pas compte que cela faisait plus de 30 minutes que j’attendais Francko. Je sentis tout d’un coup un parfum, envoutant envahir la pièce. Un mélange de fraise et de vanille combiné à un je ne sais quoi de sensualité que je ne pourrai jamais oublier. Sous mes yeux, apparut un corps affriolant qui ne semblait pas appartenir à une dame de 45 ans. Je dus me pincer plusieurs fois pour garder mes sens sous contrôle tandis que Belle dans une tenue de diablesse approchait à pas de féline. Mon visage devait laisser transparaitre un mélange de crainte et de désir car Belle s’arrêta net en le voyant.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Je pensais que je te plaisais.
- Euh ! Oui mais c’est que…
- C’est que quoi ? Francko n’en saura rien, renchérit-elle avec une douce voix.
- Oui mais c’est quand même mon meilleur ami et vous êtes sa mère.
- Oui mais je suis aussi une femme qui aime. Amour, tu sais ce que ça veut dire ?
La sonnerie de la porte d’entrée retentit à ce moment-là. « Amour », bien sûr que je savais ce que cela voulait dire. Un mot de cinq lettres exprimant un sentiment profond et universel. Bien sûr ! C’est le mot que je cherchais. »
L’homme esquissa un léger sourire, remplit l’une des cases de ses mots croisés et se leva pour partir sans la canne à pêche. Ce n’était pas la sienne.
« Un mot de cinq lettres exprimant un sentiment universel profond. Voyons voir ! Haine ? Hum non ça ne colle pas. Peut-être désir. Ah oui ça pourrait être ça ! Le désir n’est-il pas le sentiment le plus profond qu’il m’est été donné d’expérimenter ? J’ai tout désiré : l’argent, les voitures, le pouvoir, les voyages, les femmes. Surtout ce dernier élément ; et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis assis ici tout seul. Je me souviens que j’avais pourtant un meilleur ami. Il n’y a pas si longtemps de cela - ok une bagatelle d’années tout de même - Francko et moi étions inséparables. Rencontrés à la fac, nous avons depuis, presque tout fait ensemble. Les premières fêtes d’étudiants, le premier joint aussitôt regretté, les premières dragues aux soirées estudiantines, l’achat de la première voiture, la quête du premier boulot, le prêt pour la première maison… En 8 années d’amitié, on peut dire que nous étions devenus de vrais siamois. Jusqu’à ce qu’elle apparut. Belle…Ce prénom lui allait comme un gant. Ses cheveux blonds bouclés lui donnaient un air enfantin du haut de ses 45 ans bien comptés. Et ces fossettes lorsqu’elle souriait… et elle souriait beaucoup quand elle me voyait. Le jour où il me la présentât, Francko me lança immédiatement le regard qui voulait dire « pas touche ». Il savait mon obsession pour les femmes au joli minois et sans aucun doute Belle était magnifique. Ce que Francko ignorait cependant et que moi aussi j’allais découvrir, est que plus l’objet de mon désir était inaccessible, plus grande devenait mon envie de le posséder. Aussi, chaque fois que nous nous retrouvions tous les 3, je devais adopter une attitude d’indifférence pour éviter de trop la côtoyer et de faire dégénérer les choses. Je faisais preuve d’une ridicule politesse envers elle en lieu et place des taquineries dont je gavais tout mon entourage. Francko s’était rendu compte de mon changement mais ne dit mot sur le sujet. Un soir, j’allai lui rendre visite mais grande fut ma surprise de rencontrer Belle toute seule à la maison.
- Ton ami est allé m’acheter quelques babioles à côté mais il revient tout à l’heure.
- Ah d’accord. Eh bien, je vais l’attendre dehors alors.
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Assieds-toi devant la télé pendant que je t’apporte quelque chose à boire.
Bien malgré moi mes fesses se posèrent sur le canapé et ma main se saisit de la télécommande pour mettre le téléviseur en marche. Le match des Giants avait déjà débuté alors je pris finalement mes aises. Absorbé par la raclée que se prenait nos géants par les Braves d’Atlanta, je ne me rendis pas compte que cela faisait plus de 30 minutes que j’attendais Francko. Je sentis tout d’un coup un parfum, envoutant envahir la pièce. Un mélange de fraise et de vanille combiné à un je ne sais quoi de sensualité que je ne pourrai jamais oublier. Sous mes yeux, apparut un corps affriolant qui ne semblait pas appartenir à une dame de 45 ans. Je dus me pincer plusieurs fois pour garder mes sens sous contrôle tandis que Belle dans une tenue de diablesse approchait à pas de féline. Mon visage devait laisser transparaitre un mélange de crainte et de désir car Belle s’arrêta net en le voyant.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Je pensais que je te plaisais.
- Euh ! Oui mais c’est que…
- C’est que quoi ? Francko n’en saura rien, renchérit-elle avec une douce voix.
- Oui mais c’est quand même mon meilleur ami et vous êtes sa mère.
- Oui mais je suis aussi une femme qui aime. Amour, tu sais ce que ça veut dire ?
La sonnerie de la porte d’entrée retentit à ce moment-là. « Amour », bien sûr que je savais ce que cela voulait dire. Un mot de cinq lettres exprimant un sentiment profond et universel. Bien sûr ! C’est le mot que je cherchais. »
L’homme esquissa un léger sourire, remplit l’une des cases de ses mots croisés et se leva pour partir sans la canne à pêche. Ce n’était pas la sienne.
samedi 5 décembre 2015
Sandy la catastrophe...3
![]() |
| Illustration par Tatou Dembele |
La douceur de la voix le surprit, autant que ce qu’il avait sous les yeux. Il voyait un superbe corps qui n’avait rien à envier aux pom pom girls du campus. Il s’attendait à revoir un sexe masculin en lieu et place de l’appareil génital féminin comme il y avait de cela trois années. Mais au lieu de ça, ce qu’il aperçut eut le don d’éveiller en lui un sentiment de désir inapproprié compte tenu de la situation. Que s’était-il passé ? Comment cela se faisait-il qu’elle était devenue « normale » ? Évidemment il n’y avait rien de normal au fait qu’elle soit en train de préparer sa mort, mais physiquement, elle n’aurait pas du être ainsi constituée.
- Tu t’es fait opérer ? Demanda-t-il avec un mélange de surprise, de peur et de désir dans la voix.
- Oui. Je me suis fait enlever ce sexe qui faisait de moi la risée du campus. J’ai enlevé ce truc qui m’a empêché d’avoir une vie normale pendant de nombreuses années. Et à présent j’ai l’intention de te débarrasser du tien également.
Ryan ne sut plus quoi répondre. Son sort avait l’air d’être déjà scellé. Pourquoi n’avait-il pas quitté la ville quand cette folie meurtrière avait débuté ? Il avait refusé de croire au début, lorsque Brice avait été retrouvé mort et émasculé, que cela avait quelque chose à voir avec cet incident trois années en arrière. Mais en voyant chacun de ses compagnons disparaitre au fur et à mesure, il avait pris conscience du danger qui planait sur sa vie. Et pourtant il ne s’était pas résolu à s’enfuir. Il s’en était voulu aussitôt qu’il avait commis sa bêtise et avait passé les dernières années à chercher un moyen de se faire pardonner. Il savait que rien n’aurait pu effacer ce qu’ils avaient fait. Mais lorsque Sandy s’était enfuie de l’université, il avait arrêté de trainer avec ses pseudos amis. Il avait compris qu’il ne servait à rien de chercher à leur plaire s’il fallait pour cela blesser des gens sur le chemin. C’était vrai que le manque d’un cocon familial le poussait à chercher sans cesse la compagnie des autres et à se faire accepter. Orphelin et balancé de familles d’accueil en orphelinats, il pensait que réussir à intégrer un groupe d’étudiants branchés lui aurait apporté l’amour dont sa famille biologique et les autres ayant suivi avaient refusé de le gratifier. Mais en voyant l’horreur dans les yeux de Sandy quand il lui arrachait ses vêtements, en voyant les larmes ruisseler sur son visage en découvrant ses photos placardées sur les murs du campus, il avait compris qu’il avait emprunté un mauvais chemin. Il repensait encore au passé lorsqu’il sentit une douleur fulgurante lui traverser la poitrine.
Sandy avait enfoncé à nouveau la lame de son couteau dans l’incision qu’elle avait déjà faite. Elle avait préparé un véritable plan de torture mais à présent elle se demandait si elle irait jusqu’au bout. Que ferait-elle après ce dernier meurtre ? Elle se dit qu’elle aurait peut-être dû faire durer son supplice en le laissant errer dans la ville se demandant quand elle se déciderait à agir. Mais elle se rappela qu’elle aurait pu perdre ses traces si elle avait attendu trop longtemps. Elle s’était préparée pour accomplir sa vengeance durant les derniers mois et elle se rendit compte qu’elle n’avait aucune idée de ce que serait sa vie lorsqu’elle en aurait fini avec Ryan. Grâce à son opération elle aurait pu avoir une vie « normale » dans un autre endroit. Quitter cette ville qui ne lui avait rien apporté de bon lui aurait fait beaucoup de bien. Mais les enquêtes faisaient d’elle le suspect numéro un. Les policiers avaient réussi à établir un rapport entre cette étudiante hermaphrodite qui avait été humiliée quelques années plus tôt et les meurtres qui avaient eu lieu dernièrement. On la surveillait comme du lait sur le feu et elle s’étonna encore qu’elle ait pu échapper aux inspecteurs qui lui collaient aux fesses pour s’occuper de Ryan. Elle avait interdiction de quitter le territoire et une tentative de quitter l’Etat par les airs se solderait forcement en un échec. Elle soupira et se demanda pourquoi est-ce qu’elle était envahie par toutes ces pensées alors que se trouvait devant elle un homme qui ne demandait qu’à se voir arracher le souffle de vie.
Il fut surpris de la voir se rhabiller, mais encore plus lorsqu’il sentit ses lèvres sur les siennes.
- Tu sais avant ce jour-là, j’avais le béguin pour toi. Ce que tu m’as fait m’a profondément blessée, d’autant plus que je te croyais mon ami.
- Je le sais, répondit-il. J’ai commis une erreur. J’ai voulu être cool et accepté par les autres mais je sais que je n’aurais jamais dû faire ça.
- J’espère que tu ne penses pas que cela effacera ce que tu as fait.
- Non. Je sais déjà que tu as décidé de mon sort. Je sais que tu me tueras peu importe ce que je pourrai dire. Mais je tenais juste à te dire encore une fois que pas une nuit ne s’est passée sans que je n’en fasse des cauchemars.
Sandy laissa éclater un rire cynique qui contrastait avec sa beauté et la douceur de sa voix.
- C’est moi qui suis agressée et c’est toi qui en fais des cauchemars. Elle est bien bonne celle-là. As-tu une idée de ce que j’ai l’intention de te faire ?
- Me tuer je devine, comme avec les autres.
- Oui, mais pas d’une mort douce. J’ai l’intention de prendre mon temps pour te faire sentir la douleur que tu m’as infligée.
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| Illustration par Saraï D'Hologne |
Tandis qu’elle parlait, Sandy s’était éloignée de lui. Mais à présent elle avançait d’une démarche féline, telle une prédatrice à l’affut de sa proie. Elle lui empoigna les testicules de façon violente et y appliqua la lame mal aiguisée de son deuxième couteau. Ryan hurla de douleur tandis que ses appareils reproducteurs le quittaient progressivement. A-t-on idée de faire souffrir ainsi un être humain ? Il n’y avait que dans les films que ce genre de choses arrivait. Sandy se rendit compte que la tache devenait difficile et qu’elle perdrait trop de temps. Les cris de Ryan la touchaient au plus profond d’elle. Elle se sentait affectée et s’en voulut d’avoir pitié de lui. Il ne méritait en aucun cas sa pitié étant donné qu’il ne l’avait pas épargnée elle. Elle lâcha le couteau qu’elle utilisait et pris l’autre à la lame plus tranchante. De façon abrupte elle coupa les morceaux de chair qu’elle tenait entre les mains. Ryan perdait beaucoup de sang et pour éviter qu’il ne tombe en syncope, elle lui administra rapidement un coagulant pour stopper l’hémorragie et la morphine qu’elle avait préparé pour atténuer la douleur. Pourtant, il perdit quand même connaissance avant qu’elle commence à lui perfuser une poche de sang. Elle n’avait aucune envie qu’il meurt maintenant. Il était sa dernière victime et elle comptait bien en profiter longtemps avant que la police ne l’arrête, qu’elle ne se tue, ou qu’elle réussisse à s’enfuir hors du pays… Fin
mardi 1 décembre 2015
Sandy la catastrophe...2
Sandy la catastrophe...1ere partie
Il pouvait humer assez fortement le parfum qu’elle dégageait lorsqu’elle lui effleura le cou de ses lèvres. Baiser froid, aussi glacé que le vent qu’il y avait en dehors des murs de l’établissement. Il ne savait pas comment il était arrivé là. Il ne savait par quelle magie elle avait pu le trainer jusqu’à cet amphithéâtre. Mais à présent il se retrouvait nu dans cette grande pièce avec celle qui ne voulait en aucune manière son bien. Elle lui tourna autour pendant longtemps avec dans ses yeux une flamme sur laquelle il n’arrivait à mettre aucune émotion. Désir ? Colère ? Tristesse ? Il n’aurait pu dire ce qui l’animait pendant qu’elle faisait passer ses mains sur son torse nu. Ses mains étaient encore moins chaudes que le baiser de tout à l’heure. Il commença à grelotter. Sa peur l’avait empêché de penser au fait que son membre était exposé à l’air libre, mais un courant d’air sur ses parties génitales le lui rappelèrent. Il pensa à couvrir son intimité et se rendit compte alors que ses mains avaient disparu. Comment cela se faisait-il qu’il ne s’en était pas rendu compte plus tôt ? Il ne ressentait aucune douleur. Là où devait se trouver des phalanges recouvertes de chair et le tout emballées de peau humaine, trainait de vieilles bandes tachées de sang mais que l’on devinait blanches avant l’opération. Qu’avait-elle l’intention de lui faire ? Il n’eut pas le courage de lui poser la question. Il ne sentait pas la douleur qui aurait dû l’habiter et après avoir vu ses mains amputées, il commençait à ne plus avoir peur non plus...
Dans sa tête, de nombreuses idées se bousculaient. Ça avait été beaucoup plus facile qu’elle ne l’imaginait. Contrairement aux autres, il était déjà déboussolé et n’était pas très souvent en compagnie d’autres étudiants sur le campus. Sandy n’avait pas eu besoin de faire beaucoup d’efforts pour l’endormir et le transporter jusqu’à chez elle. Quelques tablettes de Nitrazepam dans sa boisson, et elle n’avait eu qu’à le faire transporter par le même bon à rien qui l’avait aidée précédemment. Le reste n’avait été qu’un jeu d’enfants mais rien comparé à ce qu’elle s’apprêtait à lui faire subir. D’ailleurs elle devait trouver une solution pour faire taire son aide de camp si elle voulait que la police n’ait pas de preuves suffisantes pour l’arrêter. Cet idiot qu’elle avait déniché dans les endroits sombres de la ville pouvait ouvrir sa bouche à n’importe quel moment. Son aptitude à être ivre dès les premiers rayons de soleil faisait de lui une faille dans son projet. D’ailleurs c’était la seule erreur qu’elle avait commise jusque-là. Elle avait eu besoin de quelqu’un pour transporter ses victimes et avait choisi la première personne qu’elle avait eue sous la main. Elle s’était rendue compte de son erreur des qu’il lui avait demandé si elle avait quelque chose a voir avec les meurtres dont tout le monde parlait dans la ville. Il était pourtant celui qui avait soulevé toutes les victimes, mais apparemment l’alcool qu’il ingurgitait à longueur de journée l’amenait à croire stupidement qu’elle lui demandait ce service payant uniquement pour avoir des relations intimes avec tous ces jeunes hommes. Elle avait du mal à croire qu’un homme aussi stupide existait. Mais elle se dit quand même qu’il n’ouvrirait pas la bouche de sitôt si la police n’arrivait pas à remonter jusqu’à lui. Elle s’occuperait de son cas plus tard car pour le moment Ryan était peut être impatient de savoir ce qu’elle lui réservait. Tandis qu’il la regardait, elle repensait à l’humiliation qu’il lui avait infligée. Et pourtant elle ne demandait rien d’autre qu’on la laisse en paix. Elle se rappelait les rires sur son passage, les doigts l’indexant, et les gens s’éloignant à son approche comme si elle avait la peste. Tout doucement elle fit glisser la lame de son couteau sur son torse. Elle voulait qu’il la sente de la même manière qu’elle avait senti son intimité violée. Elle appuya un peu plus sur le manche du couteau jusqu’à ce qu’il lâche un cri strident qui résonna dans la salle. Cela voulait dire que les effets de la morphine se dissipaient. Elle ne s’inquiétait pas du fait qu’il put ameuter des gens. Elle avait volontairement attendu les congés de Noel pour mettre en œuvre son plan. Elle sentait qu’il souffrait et pensait qu’elle y aurait ressenti un certain plaisir, mais ce n’était pas le cas. Elle attendait qu’il la supplie de le libérer comme l’avaient fait les trois autres, mais aucun autre son ne traversa ses lèvres. Et elle s’en inquiétait...
Son sang coulait du haut de son torse ou partait l’incision jusqu’au plancher juste en dessous de lui. Elle lui avait collé les fesses au bureau des professeurs et chaque tentative de s’en détacher avait résulté en une douleur qu’il s’efforçait de maitriser. Ses pieds étaient libres, tout comme ce qui restaient de ses mains. Pourtant il lui était impossible de bouger. Il était fixé à ce bureau lui-même fixé au sol et ressemblant à un autel de sacrifice. Il avait décidé de ne pas lui donner la satisfaction d’implorer sa clémence. Plusieurs fois déjà il s’était excusé, avait demandé pardon en la trouvant sur le seuil de sa maison. Mais aucun mot n’était jamais sorti de sa bouche. On eut dit qu’elle ne le voyait même pas quand en larmes il disait regretter son acte. Il s’en voulait déjà d’avoir crié lorsqu’elle lui a enfoncé la lame de couteau. Peut-être qu’il méritait ça, peut-être pas. Mais dans tous les cas, il voulait être aussi digne que l’on peut l’être lorsqu’on est nu comme un vers dans un amphithéâtre vide avec pour seul autre occupant une belle et jeune femme. Une belle et jeune femme qui s’apprête à commettre un meurtre. Une belle et jeune femme dont le cœur hurle vengeance. Une belle et jeune femme du nom de Sandy qui commence à se déshabiller sous le regard ébahi de sa victime…
- Voilà ce que tu désirais tant voir il y a trois ans. Es-tu satisfait ?
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| Illustration par Saraï D'Hologne |
Il pouvait humer assez fortement le parfum qu’elle dégageait lorsqu’elle lui effleura le cou de ses lèvres. Baiser froid, aussi glacé que le vent qu’il y avait en dehors des murs de l’établissement. Il ne savait pas comment il était arrivé là. Il ne savait par quelle magie elle avait pu le trainer jusqu’à cet amphithéâtre. Mais à présent il se retrouvait nu dans cette grande pièce avec celle qui ne voulait en aucune manière son bien. Elle lui tourna autour pendant longtemps avec dans ses yeux une flamme sur laquelle il n’arrivait à mettre aucune émotion. Désir ? Colère ? Tristesse ? Il n’aurait pu dire ce qui l’animait pendant qu’elle faisait passer ses mains sur son torse nu. Ses mains étaient encore moins chaudes que le baiser de tout à l’heure. Il commença à grelotter. Sa peur l’avait empêché de penser au fait que son membre était exposé à l’air libre, mais un courant d’air sur ses parties génitales le lui rappelèrent. Il pensa à couvrir son intimité et se rendit compte alors que ses mains avaient disparu. Comment cela se faisait-il qu’il ne s’en était pas rendu compte plus tôt ? Il ne ressentait aucune douleur. Là où devait se trouver des phalanges recouvertes de chair et le tout emballées de peau humaine, trainait de vieilles bandes tachées de sang mais que l’on devinait blanches avant l’opération. Qu’avait-elle l’intention de lui faire ? Il n’eut pas le courage de lui poser la question. Il ne sentait pas la douleur qui aurait dû l’habiter et après avoir vu ses mains amputées, il commençait à ne plus avoir peur non plus...
Dans sa tête, de nombreuses idées se bousculaient. Ça avait été beaucoup plus facile qu’elle ne l’imaginait. Contrairement aux autres, il était déjà déboussolé et n’était pas très souvent en compagnie d’autres étudiants sur le campus. Sandy n’avait pas eu besoin de faire beaucoup d’efforts pour l’endormir et le transporter jusqu’à chez elle. Quelques tablettes de Nitrazepam dans sa boisson, et elle n’avait eu qu’à le faire transporter par le même bon à rien qui l’avait aidée précédemment. Le reste n’avait été qu’un jeu d’enfants mais rien comparé à ce qu’elle s’apprêtait à lui faire subir. D’ailleurs elle devait trouver une solution pour faire taire son aide de camp si elle voulait que la police n’ait pas de preuves suffisantes pour l’arrêter. Cet idiot qu’elle avait déniché dans les endroits sombres de la ville pouvait ouvrir sa bouche à n’importe quel moment. Son aptitude à être ivre dès les premiers rayons de soleil faisait de lui une faille dans son projet. D’ailleurs c’était la seule erreur qu’elle avait commise jusque-là. Elle avait eu besoin de quelqu’un pour transporter ses victimes et avait choisi la première personne qu’elle avait eue sous la main. Elle s’était rendue compte de son erreur des qu’il lui avait demandé si elle avait quelque chose a voir avec les meurtres dont tout le monde parlait dans la ville. Il était pourtant celui qui avait soulevé toutes les victimes, mais apparemment l’alcool qu’il ingurgitait à longueur de journée l’amenait à croire stupidement qu’elle lui demandait ce service payant uniquement pour avoir des relations intimes avec tous ces jeunes hommes. Elle avait du mal à croire qu’un homme aussi stupide existait. Mais elle se dit quand même qu’il n’ouvrirait pas la bouche de sitôt si la police n’arrivait pas à remonter jusqu’à lui. Elle s’occuperait de son cas plus tard car pour le moment Ryan était peut être impatient de savoir ce qu’elle lui réservait. Tandis qu’il la regardait, elle repensait à l’humiliation qu’il lui avait infligée. Et pourtant elle ne demandait rien d’autre qu’on la laisse en paix. Elle se rappelait les rires sur son passage, les doigts l’indexant, et les gens s’éloignant à son approche comme si elle avait la peste. Tout doucement elle fit glisser la lame de son couteau sur son torse. Elle voulait qu’il la sente de la même manière qu’elle avait senti son intimité violée. Elle appuya un peu plus sur le manche du couteau jusqu’à ce qu’il lâche un cri strident qui résonna dans la salle. Cela voulait dire que les effets de la morphine se dissipaient. Elle ne s’inquiétait pas du fait qu’il put ameuter des gens. Elle avait volontairement attendu les congés de Noel pour mettre en œuvre son plan. Elle sentait qu’il souffrait et pensait qu’elle y aurait ressenti un certain plaisir, mais ce n’était pas le cas. Elle attendait qu’il la supplie de le libérer comme l’avaient fait les trois autres, mais aucun autre son ne traversa ses lèvres. Et elle s’en inquiétait...
Son sang coulait du haut de son torse ou partait l’incision jusqu’au plancher juste en dessous de lui. Elle lui avait collé les fesses au bureau des professeurs et chaque tentative de s’en détacher avait résulté en une douleur qu’il s’efforçait de maitriser. Ses pieds étaient libres, tout comme ce qui restaient de ses mains. Pourtant il lui était impossible de bouger. Il était fixé à ce bureau lui-même fixé au sol et ressemblant à un autel de sacrifice. Il avait décidé de ne pas lui donner la satisfaction d’implorer sa clémence. Plusieurs fois déjà il s’était excusé, avait demandé pardon en la trouvant sur le seuil de sa maison. Mais aucun mot n’était jamais sorti de sa bouche. On eut dit qu’elle ne le voyait même pas quand en larmes il disait regretter son acte. Il s’en voulait déjà d’avoir crié lorsqu’elle lui a enfoncé la lame de couteau. Peut-être qu’il méritait ça, peut-être pas. Mais dans tous les cas, il voulait être aussi digne que l’on peut l’être lorsqu’on est nu comme un vers dans un amphithéâtre vide avec pour seul autre occupant une belle et jeune femme. Une belle et jeune femme qui s’apprête à commettre un meurtre. Une belle et jeune femme dont le cœur hurle vengeance. Une belle et jeune femme du nom de Sandy qui commence à se déshabiller sous le regard ébahi de sa victime…
- Voilà ce que tu désirais tant voir il y a trois ans. Es-tu satisfait ?
jeudi 26 novembre 2015
Sandy la catastrophe...
Tel un somnambule il arpentait les rues d’Atlanta à la recherche de l’on ne savait quoi. Il disait à qui voulait bien l’écouter qu’il regrettait son acte mais justement personne ne voulait l’écouter…en tout cas pas la personne qu’il aurait souhaité voir lui pardonner. Il était jeune et à 17 ans on est insouciant. Il ne voulait pas la blesser, bien sûr que non. Qui aurait voulu faire du mal à une « fille » aussi belle, innocente, et gentille comme elle ? Seulement il n’avait pas de bons amis, il trainait avec ceux que l’on qualifiait de voyous. Ils étaient adolescents et à 17 ans on n’ignore…non on n’oublie parfois que certains actes sont irréparables. Elle l’avait supplié de ne pas le faire, d’avoir pitié, et il avait eu pitié, seulement pas assez pour arrêter ses conneries. Ses amis le regardaient faire, cachés derrière ce maudit buisson ils attendaient de voir s’il finirait par se défiler ou s’il irait jusqu’au bout afin de gagner son pari. Ils étaient quatre, tous aussi cons les uns que les autres, ignorant encore que tout acte a une conséquence et que bien souvent il faut payer le prix de ses erreurs…
Depuis quelque temps la police d’Atlanta était débordée, les étudiants ne sortaient plus que pour aller en cours. On aurait dit qu’un ouragan s’était abattu sur la ville et que les habitants avaient encore du mal à s’en remettre. Elle s’appelait Sandy comme la catastrophe qui s’était abattue sur New York. Seulement la Sandy d’Atlanta était une jeune fille de 20 ans à qui la vie n’avait pas fait de cadeau. En quittant son Afrique Natale pour le pays de l’oncle Sam, elle avait espéré une vie nouvelle car on lui avait dit que chez ce vieil oncle Sam on ne jugeait pas les autres. On lui avait dit qu’à Atlanta personne ne connaitrait son passé et qu’elle pourrait vivre comme bon lui semblait. Seulement on lui avait menti et à présent ils devaient payer. Il n’y avait plus de fête organisée sur le campus. Même les sonorités les plus branchées avaient mis des points de suspensions à leurs différentes fiestas qui en faisaient baver plus d’un sur le campus. Elle était là, Sandy, trônant en maitresse sur le campus et attendant tapie dans l’ombre que sa prochaine victime passe…
Les journalistes les plus téméraires avaient du mal à décrire les scènes d’horreur découvertes par la police la semaine précédente. La première victime avait été retrouvée à l’entrée de la résidence universitaire « Patton Hall ». Il s’agissait d’un jeune homme qui avait été sauvagement émasculé, les testicules cousus à la place des tétons et le troisième membre enfoncé dans la bouche. La deuxième victime était un étudiant du même âge retrouvé dans les mêmes conditions mais devant la résidence « Piedmont North ». Jamais pareille atrocité n’avait été commise dans la ville d’Atlanta et la police bien qu’ayant une suspecte n’avait pas assez de preuves pour l’arrêter. Les habitants avaient encore du mal à se remettre des évènements lorsque l’on retrouva un troisième corps. Nathan lui portait une perruque, un rouge à lèvres et on aurait dit que l’assassin avait pris tout son temps pour le martyriser. Des incisions parfaites avaient été opérées sur ses gonades et son scrotum avait été dépouillé de ses habitants…
Elle était là, assise sur la vieille chaise à bascule et unique meuble de ce salon devenu subitement trop grand. Elle repensait à tout ce qui s’était passé depuis sa naissance. Elle n’avait plus rien à perdre quand on lui avait déjà tout arraché. Elle en avait marre de devoir accepter l’humeur lunatique du destin. Elle en avait marre qu’on lui dise que « tout ce que Dieu fait est bon ». Finalement elle en avait marre de pardonner alors qu’à elle on avait refusé le droit d’être prise en pitié. Elle voulait qu’ils paient peu importe ce que cela lui couterait. D’ailleurs que pouvait-elle encore perdre quand ils lui avaient brutalement volé ce qu’elle avait de plus cher ? Elle n’avait plus la force de courir à chaque fois que cela se produisait. Elle avait ruminé sa vengeance, changé de nom, de couleur de cheveux et cette fois-ci elle allait leur donner une leçon, la leçon ultime…
Assise sur le seuil de sa maison elle regardait passer l’unique rescapé de sa vengeance qui risquait bientôt de rejoindre ses défunts amis. On disait d’elle qu’elle était folle, qu’elle était une psychopathe mais seulement personne ne pouvait prouver qu’elle était la responsable de la folie meurtrière qui s’était abattue sur la ville. En quittant son Afrique natale elle pensait fuir ces histoires d’incompréhension, d’intolérance. Nenni, les américains n’étaient pas aussi ouverts qu’on le prétendait et surtout pas avec ce qu’ils ne connaissaient pas. Toute sa vie elle avait dû faire face au regard des gens dans son village puis plus tard dans la ville parce qu’un imbécile ayant découvert son secret avait eu la langue trop pendue. Elle avait pardonné parce qu’elle pensait ne pas avoir le choix. Elle avait fui, travaillé d’arrache-pied pour obtenir cette bourse pour les Etats Unis mais voilà que ces quatre jeunes gens avaient réveillé cette blessure encore trop fraiche.
Il repensait à ce jour-là; déjà trois ans. Il se rappela des encouragements de ses amis tapis derrière ce maudit buisson. Ils lui avaient dit qu’il n’avait pas besoin de la violer mais qu’il devait juste lui faire peur. Il devait juste la violenter et la dénuder. C’était la seule manière pour lui d’être un membre à part de la bande. Il les avait écoutés et il l’avait fait; seulement il ne s’attendait pas à ce qu’elle soit ainsi constituée. Il n’avait jamais vu un être humain avec deux sexes et ses amis non plus n’en avait jamais vu. Ces derniers animés par leur stupidité sans pareille ou une nouvelle passion de scientifiques étaient sortis de leur cachette, l’avaient prise en photo avaient propagé sur le campus des images de Sandy le monstre mi-femme-mi-homme.
Trois années étaient passées mais elle n’avait rien oublié. Ils avaient volé son secret, révélé une identité qu’elle avait encore du mal à accepter. Ils avaient balayé du revers de la main son droit à la vie privée alors ils devaient payer. Les trois spectateurs avaient déjà leur ticket pour le grand voyage. Il ne restait plus que lui, et elle semblait vouloir faire durer son supplice. Il en avait perdu l’appétit et avait même commencé à délirer. Elle refusait de l’écouter mais il voyait bien que son tour arrivait et que bientôt il paierait pour avoir révélé contre son gré qu’elle était atteinte d’un pseudohermaphrodisme féminin. Les fêtes de noël approchaient et elle lui réservait un cadeau spécial…
Tel un somnambule il arpentait les rues d’Atlanta à la recherche de l’on ne savait quoi. Il disait à qui voulait bien l’écouter qu’il regrettait son acte mais justement personne ne voulait l’écouter…en tout cas pas la personne qu’il aurait souhaité voir lui pardonner….
mardi 25 août 2015
Regards croisés
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| Illustration par Tatou Dembele |
Ça devait faire plus de cinq minutes déjà que j’observais défiler la file de gens sans vraiment les voir. Eux aussi d’ailleurs semblaient ne pas m’apercevoir au milieu des autres personnes assises. Je me demandais ce que je faisais là. J’avais très longuement réfléchi et envisagé de rester à la maison. Plus d’une dizaine de fois j’avais décidé de ne pas franchir le seuil de ma chambre mais finalement j’étais là. Personne ne me dévisageait et moi de mon côté je préférais les ignorer. Faire comme si ce n’était pas pour moi en partie qu’ils étaient là. De toutes les façons, Je ne connaissais pas le quart des personnes présentes. Alors J’attendais patiemment, me contentant d’être assise, les yeux hagards et me disant que tout ceci n’était qu’un cauchemar. De temps à autre, une voix s’élevait au-dessus des bruits de pas, et alors je sortais quelque peu de mes pensées et observais ce qui se passait. C’est alors que je la vis. J’eus l’impression que c’était la première personne à avoir remarqué ma présence. Dans son regard, j’apercevais quelque chose que j’avais du mal à déchiffrer. C’était comme si cette inconnue m’avait comprise. Quel âge avait-elle ? Elle devait être plus âgée que moi mais surement de moins de 5 ans. Dans ses yeux, j’ai cru déceler de la peine. Mais ce que je ne comprenais pas c’était pourquoi ces yeux semblaient me dire : Désolée. Pourquoi est-ce que cette inconnue que je n’avais jamais rencontrée auparavant s’excusait.
En pénétrant dans la salle, je ne m’attendais pas du tout à être émotive. J’y étais là uniquement pour faire bonne figure. À vrai dire, je n’avais pas longtemps réfléchi avant de décider d’y aller. Cela s’est fait comme ça, sur le coup. C’est seulement une fois installée, que je me suis rendue compte de l’endroit où je me trouvais. Les sièges, les crucifix, les images, aucun doute, cette salle faisait office d’église. S’il y avait une chose que je détestais à part les voyages en avion, c’était bien les établissements religieux. Mosquées, églises, temples… Je ne comprenais pas que des gens recherchent Dieu entre quatre murs alors qu’eux même martèlent qu’il est partout. Quoi qu’il en soit, il était trop tard pour revenir sur mes pas alors je pris place à l’instar des autres « fidèles. » Fidèles ils l’étaient, mais pas tous à la cause du Christ. Lorsque le célébrant nous invita à nous mettre en rang, je voulus au préalable rester assise. Cette histoire de se prosterner devant l’effigie d’une personne ne m’enthousiasmait pas du tout. Et finalement je décidai que je passerais sans m’arrêter devant cette image et que cela ne constituait en aucun cas un manque de respect. C’est d’un air désinvolte que j’avais pénétré dans la pièce quelques minutes auparavant. Pourtant une fois dans la file, je me retrouvai embêtée, ne sachant plus quelle attitude adopter. La consigne avait été donnée. « Ne saluer personne. Avancez juste. » Aucun visage ne m’était familier dans le groupe de personnes installées et à qui nous devions juste faire signe de révérence ou marmonner quelque chose. J’ignorais ce que faisaient les autres devant moi dans la file mais moi, j’avais l’intention de chuchoter quelque chose et de passer mon chemin le plus rapidement possible. Pourtant son regard me captiva. Tout d’un coup je pris conscience de ce qui m’entourait. Ce n’était pas qu’une simple église, ce n’était pas qu’une simple messe à laquelle je devais assister. Elle devait avoir quelques années de moins que moi, et je me demandais pourquoi est-ce qu’elle se retrouvait dans une situation pareille. J’avais envie de la serrer dans mes bras et de lui dire que tout irait bien même si toutes les deux, nous savions que c’était un mensonge. J’eus terriblement envie qu’elle me fasse un signe, qu’elle me montre qu’elle aussi m’avait vue, que quelque chose s’était passé. Mais elle se contenta de me regarder sans me voir, de la même manière qu’elle observait toutes ces autres personnes venues présenter leurs condoléances.
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| Illustration par Tatou Dembele |
Non je ne comprenais pas ce qu’elle ressentait. Comment aurais-je pu y prétendre ? Dans ses yeux, dans ce regard égaré, j’ai vu une jeune fille qui découvrait à peine l’adolescence et qui venait de perdre un guide dans ce monde de fous. J’eus peur de perdre le mien. De me lever un matin et d’apprendre qu’il était parti pour toujours. Elle était trop jeune pour traverser cela, trop jeune pour perdre son père. Et dans sa posture, dans sa tenue qu’elle avait surement négligemment choisie, je sentais qu’elle aussi se demandait ce qu’elle faisait là…
lundi 27 juillet 2015
Irreplaceable...
Notre amour a émergé suivant le mouvement actuel du pays. Parfois on aime, parfois on blesse et on s’éloigne. Toutefois j’avoue que tous les torts sont miens cette fois… J’ai succombé à ton charme dès l’école primaire. Je me souviens de tous ces midis ou plutôt que de me rendre chez ma tante pour le déjeuner, j’accourais à ta rencontre pour des moments intenses de volupté. Comment oublier ces instants de pur bonheur ou plus rien n’existait lorsque je me retrouvais à tes côtés ? Et puis ça a changé… Cependant, permets-moi d’accuser le temps qui pendant ces deux dernières années ne nous a pas laissé indemnes. Tu as surement entendu que je clamais haut et fort ne plus t’aimer. Eh bien je m’en repens. Ce que je n’aimais pas c’était surtout cette monotonie qui s’était installée entre nous. Et également le fait que tu sois devenu si accessible au fil des ans… « Quelle ingrate ! » penses-tu peux être. Mais il n’en est rien. L’amour, quel qu’il soit, a constamment besoin d’être entretenu et parfois même de quelques challenges, afin que la flamme ne s’éteigne point. Bien qu’ayant cherché à me justifier, je te prie encore de me pardonner. Surtout que comme je le disais plus haut, notre amour à émergé. Avant on se rencontrait (presqu’) à l’abri des regards au terminus 40, Yopougon Kouté. Pourtant hier, c’était aux II Plateaux non loin de la planète BMW, et avec la complicité d’un certain Régis, que nous avons repris nos flirts. Je pourrais en aimer d’autres mais aucun d’entre eux ne saurait te remplacer.
mardi 21 juillet 2015
Brou Aya Catherine au Lycée Classique d’Abidjan
C’est un florilège de souvenirs qui m’accueille dès que je pose les pieds dans l’enceinte du Lycée Classique d’Abidjan. Quelques bâtiments ont été repeints et certains continuent de voir leur façade prendre une autre teinte. Toutes ces rénovations ne changent pourtant pas grand-chose à cette bonne vieille marre qui en a vu passer toutes sortes de caïmans. Des jeunes, des moins jeunes, les chouchous des professeurs et les bêtes noires de ces derniers... C’est avec fierté que je dis que j’ai effectué mon second cycle au LCA. Mais aujourd’hui ce n’est pas pour écouter des théorèmes et leur réciproque que je suis là. Le motif de ma présence n’est autre que la proclamation des résultats du Bac 2015. Je viens soutenir une filleule que je n’ai encore jamais rencontrée en dehors de quelques messages sur WhatsApp. Nous n’avons pourtant pas de mal à nous retrouver (merci Facebook) et sans préambule nous rejoignons son accompagnateur pour attendre le verdict du jury. Ici et là fusent des cris, parfois même en l’absence du candidat.
- Hiii c’est ma camarade !
- Heeee on est dans la même classe !
- T a eu !
- Han ! T a eu !
J’en conclus qu’on ne vendait pas chère la peau de T mais ne dit-on pas que Brou Aya Catherine* est d’une malice sans bornes ? Et comme d’habitude certains diront « Examen là c’est chance oh !» pour les superstitieux ou « examen là c’est Dieu oh ! » pour les plus croyants (en une subsistance). On entend généralement ce genre d’expression lorsque le premier de la classe échoue tandis que celui qu’on ne voyait presque jamais sur les bancs réussit à décrocher le graal. Pour certains personnages, le bac en lui-même est un acquis, ils ne sont là que pour la mention. À ceux qui diraient « Bac coco taillé oh ! Bac avec mention oh ! Bac c’est bac ! » Ils répondront à voix haute ou en pensée « Chacun a ses objectifs ». Mais en vérité lorsqu’une personne juste à côté échoue au point près, l’on est assez content d’avoir réussi avec ou sans la mention…
Je prends quelques photos tout en gardant mes oreilles en direction du balcon sur lequel sont perchés les annonceurs de bonne nouvelle pour certains et de drame pour d’autres. Je ne sais pas à quel moment ma filleule a éclaté en larmes. On n’a même pas encore commencé sa section. Pour le moment on en est à la série A2 du lycée classique 1 tandis qu’elle a composé au lycée classique 2 dans la même série. « Ahi donc ton affaire-là c’est comme ça ? » C’est la première fois que je participe à la fameuse séance du « Candidats approchez ». Je suis finalement bien contente de n’y avoir jamais assisté en tant que candidate. Plus je la serre dans mes bras pour la consoler et plus ma crainte augmente. « Eh Dieu pardon fais en sorte qu’elle ait son bac oh ! » me dis-je. J’ai deux grandes préoccupations. Évidemment sa peine si jamais elle échoue, et ensuite comment réagir ? Comment la consoler ? Hum ! Non il ne faut pas y penser. De toutes les façons j’ai déjà son cadeau dans mon sac. Dieu ne va quand même pas me faire retourner avec ça ? Non je reste sereine. À côté les cris continuent et sur les visages en pleurs on a du mal à déterminer s’il s’agit de larmes de joies ou de peine. Certaines manifestations sont émouvantes, comme ce jeune homme qui court et va taper dans les mains d’une dame dont on ne saurait dire s’il s’agit de sa sœur ou de sa mère. Toujours est-il que sa joie laisse deviner une grande histoire derrière cet examen. Qu’est-ce qu’il a traversé comme obstacles pour y arriver ? Je ne saurais le dire. Cela me rappelle toutefois l’histoire d’une jeune fille quelques années auparavant qui au téléphone, informait sa mère de son succès. « Maman, j’ai eu mon bac oh, maman on a eu ! Ehee papa ne va plus parler. Ça la si je n’avais pas eu comment on allait faire ? Il allait dire que je suis allée prendre grossesse et je n’ai pas eu bac. Eh maman j’ai eu mon bac ! »
- Série A2 lycée classique 2
Je reviens au temps présent. C’est le moment de vérité. Le nom de ma filleule commence par un B, ce qui veut dire que l’on aura la récolte des 9 derniers mois dans pas longtemps. À sa mine on devine toute l’angoisse qui l’habite et elle n’est pas la seule. Je peux entendre mon cœur cogner fort dans ma poitrine. «Tchié c’est quel organe kpakpato ça là ?»
- Boguifo quelque chose…
À ce moment nous savons tous que soit ça passe soit ça casse. J’ai l’objectif de ma caméra braqué sur ma candidate. Mais cela ne servira pas à grand-chose car emportée par la joie à l’entente de son nom, je fermai l’appareil un court instant, avant de le reprendre pour capturer ce grand moment de joie. Merci Seigneur ! Elle éclate à nouveau en sanglots. Des gens pourraient croire qu’elle a échoué à la vue du ruisseau sur son visage. « Donc toi c’est comme ça que tu pleures quoi ? » Je ne pense pas qu’elle m’entende. À chaque « Lynda c’est comment ? » je réponds à la place de la concernée « elle a eu ». Hum on dirait que c’est pour moi-même. Ma joie est étrangement plus grande que quatre ans en arrière lorsque moi aussi je terrassais cette Brou Aya Catherine....
Alors que je raccompagne Lynda pour emprunter son taxi j’aperçois une jeune fille qui a perdu connaissance. Je ne saurai surement jamais si elle est tombée dans des pommes d’allégresse ou de chagrin…
Brou Aya Catherine : Nom et prénoms donnés au baccalauréat par les ivoiriens.
lundi 22 juin 2015
Coup d'Etat Major !
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| Illustration par Tatou Dembelé |
Le visage en face d’elle était méconnaissable. Elle avait du mal à reconnaitre l’homme qu’elle avait aimé et épousé il y avait de cela une dizaine d’années. Elle détourna son visage et fixa la porte, espérant qu’une âme charitable y entre et délivre la pièce de ce lourd silence. Quinze minutes s’écoulèrent sans que cette expression de dégoût ne quitte le visage de Mamadou. On aurait dit qu’il avait envie de vomir mais qu’il se retenait difficilement. De grosses gouttes de sueur perlaient un visage dont les sourcils froncés présageaient le pire. Ses points étaient serrés, prêts à cogner. Les veines de son cou et de son front prêtes à éclater. Mais il ne dit mot et finit par se lever pour se diriger vers la sortie. Fanta attendait qu’il lui jette à la figure « Je ne veux plus de toi » ou encore qu’il se jette sur elle et la batte copieusement. Mais en lieu et place de cris et de coups, un silence étourdissant. L’homme qu’elle avait connu violent et nerveux ces dernières années, laissa place à un étranger. Il se retourna une dernière fois et survola la pièce du regard avant d’ouvrir la porte et de s’en aller.
Comme s’il avait senti que quelque chose de grave
venait de se passer, Karim se mit à crier de toutes ses forces de nouveau-né.
Il hurlait à fendre l’âme et ne se tut que lorsqu’il eut la bouche pleine du téton
gauche de sa mère. Tandis qu’elle allaitait son fils, Fanta se posait des
questions sur la réaction de son mari. Comment pouvait-il se maitriser de la
sorte après l’affront qu’elle lui avait fait devant toute sa famille, la ville
et même le pays tout entier ? Elle pensait qu’il aurait eu mal, qu’il
aurait eu envie de tout casser, de la briser. Et pourtant, il avait fait preuve
d’une maitrise de soi qu’elle ne lui connaissait pas. Elle se souvenait encore
de la raclée qu’elle avait reçu lorsqu’elle avait décroché son téléphone, et
demander à l’une de ses nombreuses maitresses de ne plus appeler à des heures
indues. Ce jour-là, n’eut été l’intervention de la servante et des gardes du
corps de Mamadou, ce dernier l’aurait surement envoyée au cimetière de Sinématiali.
Ce fut la même chose lorsqu’elle tenta de s’indigner parce qu’il avait amené un
troisième enfant bâtard sous leur toit. Monsieur lui rappela sans sourciller
que c’était lui qui mettait le pain dans la bouche de tous les habitants de la
concession, sans oublier les larges orifices de ses parents qui grâce à lui
dormaient dans une maison en dur là-bas, à quelques kilomètres de Ferké.
Lorsqu’elle voulut répliquer qu’elle ne travaillait plus uniquement parce qu’il
le lui avait demandé, une gifle magistrale lui apprit à fermer sa bouche quand
monsieur parlait.
En treize
années de vie commune, elle avait presque tout vécu. Le bonheur des noces
nouvelles, l’extase à la naissance des trois premiers enfants, l’éloignement
lorsque le corps de jeune fille laisse place aux vergetures d’une mère de cinq
enfants, jusqu’aux coups administrés à la volée pour un rien. Ses amies vers
lesquelles elle se tournait lui demandaient d’être patiente. Avec les hommes de
la trempe de Mamadou, il fallait savoir fermer les yeux, mettre le cerveau en
veille et endurer. Un homme aussi riche, élégant et puissant que lui, ça ne
courrait plus les rues d’Abidjan. Elle devait s’estimer heureuse qu’il n’ait
pas épousé l’une de ses maitresses. Elle aussi Fanta, en voyant toutes ses
amies qui souffraient dans des ménages à trois, quatre, cinq épouses, sans
compter les additionnels « bureaux », finit par se convaincre qu’il y
avait pire comme mari. Cependant, lorsque ce dernier commença à ne la toucher
que tous les trois mois, à ne plus consommer le moindre repas confectionné avec
soin et amour, Fanta se dit que s’en était trop. Chef d’État-Major de
l’armée ou pas, Mamadou n’était rien d’autre qu’un homme comme un autre. De
quelle matière était fait son sexe à lui pour qu’il ne reste pas
tranquille ? Elle décida qu’il fallait qu’elle arrête de se morfondre.
Elle décida que les lamentations et la résignation avaient été bien trop
longtemps ses compagnes.
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| Illustration par Tatou Dembelé |
Alors Fanta
engagea un détective qui se chargea de découvrir chacune des maitresses de son
époux. La rumeur se répandit très rapidement que toutes les jeunes filles qui
sortaient avec le General Mamadou Diakité mourraient dans des conditions
mystiques. Certains parlèrent de meurtres pour devenir riche, d’autres encore
de sacrifices pour garder les faveurs du président de la république. Mais
personne ne soupçonna l’épouse affligée. Mamadou lui n’avait cure de toutes ces
rumeurs et continuait d’enchainer les conquêtes, autant que son statut le lui
permettait. Maladies sexuellement transmissibles? C’était pour les homosexuels
uniquement. Enfants hors mariage? Il en avait déjà une panoplie qu’il n’avait
pas de mal à nourrir. Des noirs, des jaunes, des blancs, partout où il passait,
Mamadou laissait sa semence et produisait des fruits. Un de plus ou de moins
n’y changerait pas grand-chose. Pourtant, lorsque sa femme tomba enceinte une
sixième fois, le général Diakité changea un tant soit peu. Il devint même une
sorte d’homme attentionné pour celle qu’il ne regardait presque plus. Il
rentrait deux fois par semaines, l’appelait pour l’informer lorsqu’il devait
aller effectuer une mission (tout le monde Fanta y comprit savait le genre de
mission que c’était), et lui offrait même quelques cadeaux quand l’envie lui
prenait.
Un soir, Fanta eut l’agréable surprise de voir
débarquer à son domicile un cortège de véhicules précédés par des motards.
Mamadou était en « mission », aussi fut-elle surprise de recevoir la
visite du président de la république lui-même en chair et en os. Tandis que ce
dernier s’approchait avec sa femme, Fanta ressentit des contractions. Son cœur
se mit à battre à un rythme fou et elle aurait embrassé le sol n’eut été la
vigilance du garde du corps qui la suivait comme son ombre. Le président
ordonna qu’on la transporte dans l’un des véhicules et tout le beau monde
se dirigea vers la PISAM. Le personnel se demandait qui pouvait bien être la
femme enceinte qui venait d’arriver pour que son Excellence même et son épouse
se trouvent dans la salle d’attente. Après deux heures intense de labeur, le
médecin annonça que la délivrance avait eu lieu. Le couple entra et paya ses
hommages à la mère et au nouveau-né avec le maximum de contenance possible en
de telles circonstances. C’était un beau petit bébé. « Le général a-t-il
été informé ? » demanda le président au garde du corps de Fanta.
« Oui mon excellence » répondit ce dernier.
Trente minutes seulement après le départ du couple
présidentiel, Mamadou arriva en trombe à l’hôpital. Heureux pour l’honneur qui
lui avait été fait par le président en accompagnant son épouse à l’hôpital. Il
aurait souhaité arriver pendant que le couple présidentiel y était encore mais
sa « mission » du jour se voulait capricieuse. Il aurait le temps
plus tard de remercier son Excellence. Tandis qu’il pénétrait dans la salle où
se trouvait Fanta, l’épouse du président elle, se démaquillait avant de se
mettre au lit. Elle se tourna vers son époux et lui souhaita bonne nuit avant
de rajouter « Si au moins il avait pris un peu de la mélanine de sa mère…je
n’ose même pas imaginer la tête que fera Diakité en voyant ce bébé blanc comme
neige. » De l’autre côté du pont, à l’aéroport Felix Houphouët Boigny, le
garde du corps de Fanta qui ne la quittait jamais, prenait un vol non-retour
pour son pays d’origine.
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