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lundi 9 mai 2016

Lettre à mon futur époux...


Dear future husband,

J'ai le regret de t’annoncer que je ne sais pas cuisiner. Oh contrairement à Emile, je fais plein de tours dans ma cuisine. D’ailleurs quelques fois je reçois des compliments sur mes plats. Mais la plupart du temps, je n’aime pas cuisiner pour les autres. La raison est simple. Etant donné que je n’ai pas la créativité culinaire de Loic Dablé, je préfère que mon ventre soit l’unique cobaye de mes expériences. Alors oui je sais confectionner quelques plats. Moi-même j’aime manger, c’est un art dans ma famille. Quelques fois, je ne m’en sort pas mal au fourneau. J’aime cuisiner mais pas tout le temps. J’appréhende un peu notre union parce qu’à ce qu’il parait je devrais cuisiner tous les jours pour mon époux. Quand j’étais petite, mes frères disaient que tu me renverrais chez mes parents parce que je ne saurais pas faire la cuisine. J’avoue que chaque fois que maman était au fourneau, je regardais Disney Channel ou lisais un livre. 
Google aidant, j’ai été la première étonnée une fois à l’étranger, de découvrir que je pouvais me nourrir. Si on peut appeler ça nourriture… 




Il parait que pour garder un homme, il faut satisfaire son ventre et son bas ventre. Je ne vois par contre pas beaucoup de choses sur comment satisfaire une femme. Ouh la ! Avant de me dire que je suis une féministe comme si c’était une injure, je te rappelle que Justin Trudeau s’est qualifié de féministe aussi. Mais je m’éloigne du sujet. Pour certains, les cadeaux et les compliments sont les meilleurs alliés des femmes. Côté cadeaux, je ne dirai pas non à quelques livres ou à des Lys blancs. Les compliments également sont les bienvenus. Mais j’ai malheureusement eu deux ex petits amis et demi et ils étaient plutôt avares en compliments et en cadeaux. Mais vrai vrai la, ce n’est pas pour ça que je les ai gbra. Je digresse encore désolée. 


Je ne sais pas encore ce qui pourra me satisfaire mais j’espère qu’on le découvrira ensemble. Une chose est sûre, il y aura bien plus que des compliments et des cadeaux. J’aurai besoin de ton cerveau et de ta compréhension. Je ne sais pas pour toutes les femmes, mais je sais que certaines n’aiment pas préparer. D’autres comme moi ne sont pas des tops chefs mais peuvent s’en sortir quelques fois. Lorsque ça n’ira pas, dans la cuisine comme ailleurs, on ne tweetera pas. On s’assiéra à deux. On discutera. Chacun commentera ce qu’il like ou pas. On trouvera des compromis et on continuera de s’aimer. Pour toi, je ferai des efforts. Si je ne sais pas cuisiner un plat que tu aimes, tu ne te plaindras pas chez tes amis. Tu essaieras d’être romantique. Tu m’apprendras à le cuisiner, si toi-même tu sais le faire. Dans le cas contraire si mes quelques essais en solo s’avèrent tous infructueux, on pourra dîner chez Saakan. Et puis quelques fois, parce que je serai tout simplement fatiguée par le boulot, ou juste un brin paresseuse, je commanderai sur HelloFood. 

Admire mon art :) 

J’ai des amis qui débattent beaucoup du rôle de la femme dans le mariage. Je préfère ne pas trop m’y pencher. Ce que X fait dans son mariage ne regarde que lui. Avant le nôtre, nous déterminerons ce que nous aimons, et ce que nous n’aimons pas. Pour les talents il faut que tu saches. Je ne sais pas dessiner et je ne sais pas chanter. Peu importe ce que mes amies diront, je ne me débrouille pas mal en danse *lève les yeux au ciel*. Je t’ai donné un avant-gout de ce qu’il en sera pour la cuisine. Si tu aimes toi-même cuisiner, je t’en aimerai davantage. Sinon, tu comprendras que parfois j’ai la flemme. Bien sûr comme je le disais tantôt, on discutera beaucoup avant de se marier. Chaque problème, on managera. Si après cette longue lettre, tu acceptes de lier le sort de ton ventre à mes talents de cuisinière, ce sera à tes risques et périls. 


Faim.

mardi 5 mai 2015

Peine Perdue !

Illustration par Tatou Dembelé


Chaque matin, elle mettait plus d’une heure dans la salle de bain à se demander en quoi est ce qu’elle se déguiserait ce jour-là. Elle avait tout fait pour attirer son attention sans aucun succès. Tout y était passé. Du style de la vierge effarouchée jusqu’à celui de la fille aux mœurs légères en passant par le costume du garçon manqué. Rien n’y fit. À ces yeux, elle n’était qu’un décor dans cette maison ou ne cessait de défiler toutes sortes de femmes. Des blondes décolorées aux négresses au derrière rebondi, toutes se succédaient dans son lit sans jamais trouvé place dans son cœur. Lorsqu’elle essayait de lui faire entendre raison, elle priait tout au fond d’elle qu’il la rabroue ou qu’il l’abreuve d’injures. Mais il lui répondait plutôt avec ce silence insultant, cette ignorance implacable dans laquelle il l’avait enfermée. Elle aurait pourtant voulu lui faire comprendre que la faute n’incombait pas aux autres mais plutôt à lui. Que toutes ces jeunes écervelées qui tombaient sous son charme ne changeraient pas grand-chose à la situation et qu’il était le seul responsable si l’on devait en trouver un. Chose qu’elle trouvait d’ailleurs ridicule. Même si elle aussi n’avait pas trouvé la route qui menait à son cœur, elle se consolait du fait d’être la seule maitresse des lieux, quand bien même tout échappait à son contrôle. Ses amies ne comprenaient pas qu’elle puisse se faire du sang d’encre à son sujet. 

-         Arielle tu es belle, jeune et intelligente. Tu ne sais pas la chance que tu as; lui rabâchait souvent Jeanne sa meilleure amie. À ta place moi j’en aurais profité pour m’éclater, aller en boite de nuit et rentrer uniquement si le cœur m’en dit. 

Lorsqu’elle essayait de lui faire comprendre que c’était de son amour à lui qu’elle avait besoin et pas d’une panoplie de petit amis, celle-ci renchérissait toujours que cette histoire d’amour et d’affection était une chose de blancs.

-         Tous ces livres occidentaux que tu lis ont fini par te faire perdre la tête. Ici nous sommes en Afrique. Il n’y a que des blancs pour parler de manque d’affection, de besoin d’amour. Moi par exemple, mes parents ne m’ont jamais dit qu’ils m’aimaient. Est-ce que j’en souffre pour autant ?

Parfois, Arielle avait envie de lui rétorquer que ce manque d’affection dont elle pensait ne pas souffrir était surement la raison pour laquelle elle n’arrivait pas à se décider qui de Jules, Mark, César ou d’Anthony était l’homme de sa vie. Elle n’arrêtait de papillonner d’hommes en hommes malgré toutes les maladies sexuellement transmissibles qui existaient. 

-         Tu sais Arielle, tu ne peux pas comprendre tant que tu n’as pas gouté au fruit défendu. 
-         Il y a surement une bonne raison pour laquelle il est défendu Jeanne. 
-         Oui parce que ceux qui y ont déjà gouté ne veulent pas que les autres y prennent gout également.

Arielle n’essayait jamais d’argumenter avec son amie quand il s’agissait de sexe. Après tout Jeanne n’avait peut-être pas tort. Son manque d’expérience devait surement lui interdire de donner son avis quand il s’agissait des parties de jambes en l’air de son amie.

-         Viens ce vendredi à la Case Dort. Je vais enfin te présenter à ce bel homme qui n’a d’yeux que pour toi. Je t’en ai parlé non ? Alexandre il s’appelle. 
-         Tu connais déjà ma réponse Jeanne.

Si elle aimait beaucoup son amie, Arielle ne partageait toutefois pas sa passion ni pour les bcbg qui pétaient plus haut que leurs culs, ni pour toutes ces soirées branchées durant lesquelles ceux-ci se retrouvaient pour parler des biens matériels de leurs parents.

Ce mercredi soir-là, elle rentra directement à la maison après les cours, et décida de faire la cuisine. Cela faisait un moment qu’elle n’avait pas mis la main à la pâte. Elle décida de faire de l’attieké avec du bon kedjenou de poulet. L’odeur qui lui chatouillait les narines  présageait un régal pour le palais. Elle s’en alla prendre une douche après avoir mis la table. 

-         Hum, ça sent bon par ici.

Elle savait qu’il était rentré lorsqu’elle entendit le portail s’ouvrir. Assise sur le lit, une serviette nouée à la poitrine, elle se demanda si elle devait aller le saluer ainsi ou si elle devait s’habiller, lui laissant le temps de s’installer à table. 

-         Arielle c’est toi qui as fait la cuisine ? C’est drôlement bon dis-donc.

Il l’avait appelée. Mieux, il l’avait félicitée pour sa cuisine. Ça lui arrivait de lui adresser la parole, de lui lancer des bonjours plus méthodiques que pour effectivement lui souhaiter de bonnes journées. Mais jamais elle n’avait pensé qu’un jour arriverait où il prononcerait son prénom d’un ton aussi enjoué. Elle se dépêcha de se vêtir et de le rejoindre au salon. Sa joie décampa aussi rapidement qu’elle était arrivée, lorsqu’elle le retrouva avec une jeune femme, attablés autour du plat qu’elle avait soigneusement préparé pour lui. Il lui mettait même à manger dans la bouche comme si cette dernière était manchote.

-         Je te présente Martine, qui habitera désormais avec nous.

« Encore une qui pense avoir mis le grappin sur lui. » se dit-elle. Elle aussi partirait comme toutes les autres, qui croyaient pouvoir prendre pied dans la vie de ce bel homme célibataire. Cependant lorsque Martine se leva pour aller se servir un jus de fruit dans le réfrigérateur, Arielle comprit. Elle comprit le ton enjoué, la bonne humeur, et que tout serait différent. 

-         Ah, je ne te l’ai pas dit ! Martine est également enceinte. Et devine qui en est l’auteur ?

Évidemment cette remarque n’était pas nécessaire. L’énorme bide que trainait cette Martine expliquait tout. 

-         Les médecins sont catégoriques. Cette fois, ce sera un garçon.

Il ne comprenait pas que si toutes les femmes qu’il engrossait mettaient au monde une fille, c’était bien parce que lui ne leur offrait qu’un chromosome X en lieu et place du Y qui aurait donné naissance au garçon désiré. Elle le lui aurait bien expliqué s’il daignait parfois l’écouter. Elle était la seule parmi les nombreuses filles qu’il avait engendrées à vivre auprès de lui et à supporter son détestable caractère. Il ne respectait pas les femmes, les considérait comme des objets et les regardait de haut. La mère d’Arielle était morte de chagrin en se rendant compte que l’homme pour qui elle avait tout abandonné ne lui accorderait jamais l’amour et le respect qu’elle méritait.  Pour Arielle, il était le seul proche qu’elle avait mais il semblait tellement lointain. Peut-être qu’enfin ce futur bébé changerait quelque chose pour elle aussi car elle le savait, son père ne l’avait jamais accepté pour ce qu’elle était.  Elle aurait beau ramener les meilleures notes de l’université, préparer les mets les plus succulents qui existent, elle était venue au monde sans deux paires de couilles et cela était impardonnable.

mardi 27 janvier 2015

Chigata Je T'Aime !

Illustration par HStudio'S


-          Je t’aime
-          Qu’est ce que tu as dis?
-          Je t’aime
-          Pourquoi ? lui demandai-je

L’homme sous mes yeux, celui qui me prononçait enfin ces trois mots était celui que j’avais longtemps attendu. Combien de nuits avais-je passées à me demander s’il finirait un jour par me chanter l’hymne de l’amour ? Il s’était enfin décidé à sauter le pas et pourtant… « Pourquoi ? » c’est tout ce que j’ai pu répondre alors que j’avais enfin ce que j’avais tant espéré entendre. Il était beau dans sa chemise pagne mal boutonnée. Ces lèvres qui venaient de prononcer la formule magique invitaient à toutes sortes de délices. Il était majestueux avec sa barbe taillée en couronne. Il sentait bon comme à son habitude, mais tout était différent ce jour-là. 

-          Je t’aime parce que tu ne te contentes pas d’être belle mais nous fait également l’affront d’être intelligente. Je t’aime parce que derrière cette façade de dure à cuire que tu t’es construite, j’ai pu apercevoir le cœur tendre que tu protégeais. Je peux dire que je t’aime parce qu’au fond je n’espère pas entendre une autre voix que la tienne chaque fois que je me réveillerai. Je ne dis pas que tu as une belle voix et d’ailleurs personne ne me croirait de toutes les façons. L’amour rend aveugle mais il ne m’a pas rendu sourd… C’est pourtant cette voix rocailleuse que j’aimerais avoir comme berceuse chaque fois que je m’endormirai. Je t’aime parce que tu es celle que mon cœur a choisie comme guide. Je pourrais tenter d’énumérer des centaines de raisons mais ce serait faire mentir celui qui a dit que le cœur a ses raisons que la raison elle-même ignore. Chigata je t’aime tout simplement parce que tu es toi et tant qu’il y a de la vie, c’est avec toi que je veux passer le restant de mes jours. 

Sept fois, c’est le nombre exact de fois qu’il a dit qu’il m’aimait en ce jour. Sept fois c’est le nombre de fois exact que je lui ai dit que je l’aimais auparavant. Je me souvenais particulièrement de la première fois. J’avais les lèvres qui tremblaient, le cœur qui battait à tout rompre, les mains moites et le sang qui circulait à vive allure dans mes veines. Il avait remarqué que quelque chose changeait. Il savait surement ce que je ressentais avant même que mes lèvres ne s’ouvrent et pourtant il avait laissé faire. Il aurait pu et aurait dû m’empêcher de franchir le cap mais il est resté stoïque pendant que je me débattais avec ces trois mots qui une fois réunis auraient pu exprimer mes sentiments. Je savais que je n’aurais rien en retour mais j’ai quand même tenté ma chance. Je me suis sentie vulnérable ensuite et pourtant, j’ai continué à lui prononcer cette phrase en espérant qu’un jour je l’entende à mon tour. Sept « je t’aime » plus tard, ce jour était enfin arrivé. À un moment où je n’en rêvais plus, quand je ne l’attendais pas.  

-          Kanigui, tu as comblé un vide dans ma vie. Kanigui, lorsque je t’ai connu j’étais brisée mais tu m’as aidée à me reconstruire. Tu m’as apprise de nombreuses choses dont la plus importante est que j’ai de la valeur. J’ai appris à te connaitre et j’ai appris à t’apprécier. Il fut un jour où j’ai fini par lâcher un « je t’aime » difficilement audible et pourtant en provenance du plus profond de mes entrailles. Ce « je t’aime » des mois plus tard est demeuré sans échos et a fini par s’éteindre aussi silencieusement qu’il avait été prononcé. Je dirai que j’ai insisté tu diras que ce n’était pas assez. Je dirai que tu n’as pas essayé mais j’aurai encore tort comme à chaque fois que tu fais usage de ton talent d’orateur. Quand les choses doivent se faire difficilement ; quand une relation humaine nécessite que l’on fasse des efforts surhumains, alors il est temps de se poser les vraies questions. Kanigui, les choses que l’on met longtemps à croire sont celles qui font mal à croire. J’ai mis du temps à l’accepter. Mais j’ai fini par me faire une raison. J’ai fini par comprendre que même si je t’aimais, nous n’étions pas forcément faits l’un pour l’autre. Et aujourd’hui Kanigui, tu dis que tu m’aimes…

-          Je ne le dis pas seulement Chigata. Je le pense et le ressens dans chacune des fibres de mon corps. Ce n’est pas que de l’amour Chigata. Et ce n’est pas pour rien que tes parents t’ont ainsi nommée. Chigata tu es ma vie. Tu es mon rayon de soleil. J’ai mis du temps à m’en rendre compte mais Chigata tant qu’il y a la vie, l’amour est permis. 

-          Kanigui on dit plutôt que tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir. Mais aujourd’hui je ne te donnerai pas l’occasion d’étaler tes longs discours. Tu as eu l’occasion de me chanter ton amour mais tu as maintes fois fui l’engagement. Je t’ai aimé certes mais à présent mon cœur appartient à un autre. Tu te souviens de ces scènes de film que je trouvais tellement romantiques ? Ce moment où un certain amoureux venait déclarer sa flamme à l’élue de son cœur justement lorsque cette dernière s’apprêtait à épouser un autre devant l’autel ? Cet acte que je prenais à l’époque pour une preuve d’amour n’est que la manifestation d’une lâcheté qui tait son nom mais surtout d’un pur égoïsme.  Kanigui, tu as creusé un trou plus béant que le vide que tu avais comblé auparavant. Mais tu vois cet homme à mes côtés ? Celui que je m’apprête à épouser ? Il a utilisé cette anfractuosité pour installer les fondations de son château. Dorénavant c’est lui le roi de mon cœur alors je te prie de t’en aller afin que nous puissions continuer notre cérémonie. Monsieur le maire je vous prie de ne pas considérer cet incident. Personne ne s’oppose à ce mariage et quand bien même une armée entière d’opposants se présenterait, cette union sera scellée.

Je ne pris pas la peine de le voir quitter la salle de mariage de l’hôtel de ville. J’ai aimé Kanigui mais à présent ma vie c’est Namogo.


Sens des prénoms (senoufos) en français :

Chigata : Tant qu’il y a la vie.
Kanigui : Encore un autre, encore un autre garçon. Ce prénom se donne au 3e ou 4e garçon consécutif d’une mère.
Namogo : Le garçon a duré. Lorsqu’une femme ne met que des filles au monde, son premier garçon est ainsi nommé.