mardi 21 avril 2015

Americanah...j'en redemande !


En essayant d’en parler, de résumer un livre, il y a parfois cette crainte d’en dire trop ou de ne pas en dire assez. On espère émoustiller suffisamment le désir du lecteur en apportant un compte rendu à la hauteur du livre que l’on vient de dévorer. Quand bien même l’on croirait que nos mots ne rendent en aucun cas justice à ce que l’on vient de lire, l’envie de partager avec les autres est plus forte que tout et c’est cette envie qui me pousse à parler de Americanah. Encore une fois j’ai succombé au charme de la plume de Chimamanda Ngozi Adichie. Entre histoires d’amour, de cheveux, d’immigration, de races et de retour au pays natal, il y a de quoi retourner des dizaines de pages chaque nuit en repoussant le sommeil au chapitre suivant.

La fin m’a laissée sur ma faim. J’en voulais encore tandis que la page de remerciements me narguait avec ses quelques lignes pleines de noms et prénoms nigérians. Americanah. Moi aussi quelque part j’imaginais devenir une Americanah, une jeune Africaine qui retourne dans son pays après avoir vécu aux États Unis. Quand bien même je ne suis qu’à ma deuxième année aux États Unis, je me reconnaissais aisément dans certains passages de ce roman. Certaines fois à la fois honteuse mais contente de pouvoir changer certaines attitudes.

Ce livre nous parle d’une jeune fille qui apprend à aimer ses cheveux crépus, qui comprend qu’elle n’a pas besoin d’être une pâle copie de l’occident quand elle peut porter en elle l’originalité de l’Afrique. Americanah raconte l’histoire superbement ficelée d’Ifemelu, jeune nigériane ayant étudié et vécu aux États Unis plus d’une dizaine d’années et qui décide de retourner au Nigeria. Avant ce retour qu’elle appréhende, nous sommes transportés dans son passé, à travers son histoire d’amour avec le calme et poétique Obinze, dans les remous de la vie quotidienne d’un Nigeria sous régime militaire qui peine à offrir la lueur d’un avenir certain à des étudiants qui rêvent d’une meilleure situation. Americanah c’est aussi l’histoire de certains Africains à la recherche de l’Eldorado en Europe et aux États Unis, devant parfois affronter la honte de la déportation ou alors faire des choses qui ne leur auraient jamais effleuré l’esprit, afin de survivre.



Chimamanda a le don de raconter une histoire en vous transportant du présent vers le passé sans l’aide d’une machine à remonter le temps. La description des personnages et des lieux (sur laquelle je n’aime pas trop m’attarder quand je lis en général) vous offrira une image encore plus vivide des faits. Ce livre vous fera vous remettre en question, retenir des fous rires si vous le lisez en public et vous obliger à vous laisser aller parfois car n’en pouvant plus. Vous pourriez vous surprendre à croire que vous connaissez les personnages, qu’ils existent réellement et qu’ils représentent surement une partie de vous que vous ne connaissiez pas ou que vous aviez du mal à reconnaitre. Tout cela pour dire qu’Americanah est tout simplement une histoire pas assez longue à mon gout.  




samedi 28 février 2015

Ma Leçon du Vendredi 27/02/2015

Illustration par Sarai d'Hologne


Le jeudi dernier je plaisantais avec une amie et je lui ai dit que j’avais hâte qu’elle fasse son enfant. Elle a répondu : « je vais faire enfant et puis demain il va prendre sa large bouche pour me désobéir ? » On en a rigolé puis changé de sujet.

Étrangement le vendredi suivant, le sermon de l’imam a porté sur le devoir des enfants envers leurs parents. J’avoue que l’enseignement m’a fait l’effet d’une gifle. Ce n’était pas des choses que j’apprenais pour la première fois mais c’était surtout que je me rendais compte à quel point j’ai du chemin à faire dans l’application de ma religion.

C’est connu que c’est plus facile de condamner les actes des autres plutôt que de voir ses propres erreurs. Aussi, je suis souvent outrée de voir des jeunes mais surtout des Africains tweeter « mon papa m’agace, ma maman m’énerve… » Les valeurs africaines exigent le respect envers les ainés alors que dire du respect envers nos parents. Malheureusement nos valeurs sont aujourd’hui délaissées au profit de ce que nous voyons dans les nombreuses téléréalités occidentales. Moi aussi comme beaucoup, je me plains souvent de mes parents. Alors imaginez comment je me suis sentie ce vendredi lorsque l’imam disait que nous n’avons pas le droit d’élever la voix sur nos parents. Nous ne devons même pas marmonner dans notre barbe en signe de désapprobation de ce que nous disent nos géniteurs. Bien sûr nous le savons tous, mais combien d’entre nous le mette en pratique ? 

Chaque fois que je demande quelque chose à mon père ou que je le taquine il me dit « Quand je serai vieux et que je viendrai te rendre visite, c’est pour dire le vieux croûton là est arrivé ici encore. » À chaque fois je lui réponds que je ne pourrai jamais agir ainsi. Et pourtant nous manquons tellement de patience envers nos parents. D’ailleurs pendant le sermon, je me suis souvenue avec tristesse que j’étais irritée de devoir à plusieurs reprises expliquer à maman comment utiliser les fonctions de son nouveau téléphone. J’étais vraiment très loin de la gratitude envers les parents qu’Allah exige de ses serviteurs.

Il y a un nombre important de sourates et de hadiths dans lesquels nous sommes exhortés à être respectueux et bons envers nos parents et je me propose d’en partager quelques-uns tout en vous invitant à découvrir les autres.

« Et ton Seigneur a décrété : « N’adorez que lui ; et (marquez) de la bonté envers les  père et mère : si l’un d’eux ou tous les deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point : « Fi !» et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. Et par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité, et dis : Ô mon Seigneur, fais leur à tous deux, miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit. » »  (Coran. Sourate 17 – Le Voyage Nocturne, verset 23)

Combien d’histoires d’avortements et d’enfants abandonnés entendons-nous chaque jour ? Et pourtant nous avons la grâce d’avoir été chéris dans des foyers malgré les difficultés qui survenaient parfois. Il arrive que nos parents nous crient dessus, nous imposent certaines restrictions mais existe-t-il une personne qui souhaite notre bonheur autant que nos pères et mère ? La religion, le statut social, l’apparence…de nos parents ne doivent en aucun cas affecter notre comportement vis-à-vis d’eux.

« Nous avons commandé à l’homme [la bienfaisance envers] ses père et mère; sa mère l’a porté [subissant pour lui] peine sur peine : son sevrage a lieu a deux ans. « Sois reconnaissant envers Moi, ainsi qu’envers tes parents. Vers moi est la destination. Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas ; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable. Et suis le sentier de celui qui se tourne vers Moi. Vers Moi ensuite est votre retour, et alors je vous informerai de ce que vous faisiez ».  (Coran, Sourate 31- Luqman, verset 14-15)

On entend souvent dire que le paradis se trouve sous les pieds de nos mamans. Cela a juste titre parce que le sacrifice consenti par ces dernières est incommensurable.

Un homme vint chez le messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d'Allah ! Quel est celui qui mérite le plus que je lui tienne compagnie ? ”.
Il dit: “ Ta mère ”.
Il dit: “ Et qui encore? ” -
Il dit: “ Ta mère ”.
Il répéta : “ Et qui encore? ”
Il dit: “ Ta mère ”.
Il répéta de nouveau: “Et qui encore?”,
Il dit: “ Ton père ”."

[Rapporté par Al Boukhari et Mouslim]

À la fin du sermon l’imam a fait cette recommandation : « Que vous ayez été irrespectueux ou non, si vous rentrez ce soir, embrasser votre mère et dites-lui que vous êtes désolés si vous lui avez fait un quelconque tort. » Car en effet, chaque fois que nous mettons nos parents en colère, nous mettons également Dieu en colère. 

Je vous laisse sur cette vidéo qui est une belle leçon pour les enfants que nous sommes.






vendredi 13 février 2015

Quelque chose de gentil !


J’ai toujours trouvé plus facile d’évoquer ou d'exprimer ses sentiments en anglais plutôt qu’en français. Il y a donc de fortes chances qu’AyeLive soit beaucoup plus personnel que Méli-Mélo d’Une Intello. Mais comme je le disais dans cet article, je ferai mon possible pour traduire certaines publications. Ce qui suit est donc une traduction, et vous pouvez lire l’article original ici.

J’ai un ami que j’admire beaucoup parce que quelles que soient les épreuves par lesquelles il passe, il prête toujours une oreille attentive à ceux qui en ont besoin. C’est exactement le genre d’ami que nous souhaiterons tous avoir mais combien parmi nous sommes justement cet ami ?

Je prends actuellement un cours en ligne de communication interpersonnelle grâce auquel j’en apprends un peu plus sur la notion de self-concept. Celui-ci se définit tout simplement comme  un ensemble relativement stable des perceptions que nous avons de nous-même en tant qu’individus. Le sujet étant très vaste, j’ai eu envie d’écrire uniquement sur l’influence que chacun de nous a sur le self-concept de l’autre.  

Nous avons des attentes élevées vis-à-vis de notre entourage, nonobstant le fait que nos proches, et parfois même des inconnus aimeraient également que nous soyons une source de réconfort, de galvanisation. Les mots sont puissants mais ils sont surtout irrécupérables. D’ailleurs en Côte d’Ivoire on dit qu’on ne peut pas ramasser l’eau une fois versée. Ce que nous disons aux autres peut les blesser de la même manière que leurs mots peuvent nous affecter.

Certaines plaisanteries que nous échangeons avec nos amis, frères, sœurs et autres proches, même sous le couvert de l’amusement peuvent blesser. Bien que cela semble amical, nos remarques engendrent souvent des dégâts chez les autres. Nous façonnons notre self-concept à partir des commentaires et des jugements de ceux qui nous entourent et ce surtout dans notre plus jeune âge. Notre entourage peut nous faire nous sentir aimé, apprécié, et capable. Ou alors, il peut nous envoyer des messages négatifs, nous amenant à douter de notre valeur. Le self-concept est donc un produit de messages que nous recevons tout au long de notre vie.

Pendant ma lecture, je me suis mise à penser à tous ces mots qui m’ont blessée auparavant. Il y a de fortes chances que je n’ai pas exprimé ma peine mais en général, certaines remarques laissent des traces. Bien sûr, c’est à nous de décider si ces mots prononcés par l’autre nous définissent ou alors de leur prouver qu’ils ont tort. La manière dont nous gérons les remarques des autres déterminera ce que nous allons penser de nous-même car en fin de compte la seule chose qui compte est ce que nous croyons.   

En lisant sur ce sujet, j’ai malheureusement été prompte à blâmer les autres pour ce qu'ils m’ont dit. Cependant, je me suis soudain rendue compte que certaines personnes pensent surement aux propos déplaisants que j’ai eu à leur endroit. Il est difficile d'évaluer l'impact qu’ont les autres dans notre vie. Toutefois, autant nous voudrions entendre de quoi nous aider à rehausser notre valeur, autant nous devrions aider les autres à développer un self-concept sain.

Qu’il s’agisse d’un ami, d’un frère, d’un parent ou d’un enseignant… tout le monde peut influencer la perception que nous avons de notre personne. Si vous n’avez pas encore entendu parler de Ms. Lopez de Mott Hall Bridges Academy, je vous invite à lire cet article. Nous devrions tous aspirer à être des personnes qui inspirent. Quelqu’un qui montre aux autres à quel point ils sont précieux. Je vous invite par la même occasion à découvrir la page Facebook Humans of New York.



« Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse. » Nous sommes nombreux à citer cette phrase sur les réseaux sociaux mais tellement peu de personnes la mette en pratique.  Je ne suis certainement pas une exception mais j’essaierai d'appliquer le "Si vous n’avez rien de gentil à dire, alors ne dites rien du tout. " 

Je partage avec vous ma chanson préférée du moment et j’espère que je serai (nous serons) le genre d’ami murmurant «  N’abandonne pas, tu es intelligent, tu es belle, tu es précieux, tu es important. » 



mardi 27 janvier 2015

Chigata Je T'Aime !

Illustration par HStudio'S


-          Je t’aime
-          Qu’est ce que tu as dis?
-          Je t’aime
-          Pourquoi ? lui demandai-je

L’homme sous mes yeux, celui qui me prononçait enfin ces trois mots était celui que j’avais longtemps attendu. Combien de nuits avais-je passées à me demander s’il finirait un jour par me chanter l’hymne de l’amour ? Il s’était enfin décidé à sauter le pas et pourtant… « Pourquoi ? » c’est tout ce que j’ai pu répondre alors que j’avais enfin ce que j’avais tant espéré entendre. Il était beau dans sa chemise pagne mal boutonnée. Ces lèvres qui venaient de prononcer la formule magique invitaient à toutes sortes de délices. Il était majestueux avec sa barbe taillée en couronne. Il sentait bon comme à son habitude, mais tout était différent ce jour-là. 

-          Je t’aime parce que tu ne te contentes pas d’être belle mais nous fait également l’affront d’être intelligente. Je t’aime parce que derrière cette façade de dure à cuire que tu t’es construite, j’ai pu apercevoir le cœur tendre que tu protégeais. Je peux dire que je t’aime parce qu’au fond je n’espère pas entendre une autre voix que la tienne chaque fois que je me réveillerai. Je ne dis pas que tu as une belle voix et d’ailleurs personne ne me croirait de toutes les façons. L’amour rend aveugle mais il ne m’a pas rendu sourd… C’est pourtant cette voix rocailleuse que j’aimerais avoir comme berceuse chaque fois que je m’endormirai. Je t’aime parce que tu es celle que mon cœur a choisie comme guide. Je pourrais tenter d’énumérer des centaines de raisons mais ce serait faire mentir celui qui a dit que le cœur a ses raisons que la raison elle-même ignore. Chigata je t’aime tout simplement parce que tu es toi et tant qu’il y a de la vie, c’est avec toi que je veux passer le restant de mes jours. 

Sept fois, c’est le nombre exact de fois qu’il a dit qu’il m’aimait en ce jour. Sept fois c’est le nombre de fois exact que je lui ai dit que je l’aimais auparavant. Je me souvenais particulièrement de la première fois. J’avais les lèvres qui tremblaient, le cœur qui battait à tout rompre, les mains moites et le sang qui circulait à vive allure dans mes veines. Il avait remarqué que quelque chose changeait. Il savait surement ce que je ressentais avant même que mes lèvres ne s’ouvrent et pourtant il avait laissé faire. Il aurait pu et aurait dû m’empêcher de franchir le cap mais il est resté stoïque pendant que je me débattais avec ces trois mots qui une fois réunis auraient pu exprimer mes sentiments. Je savais que je n’aurais rien en retour mais j’ai quand même tenté ma chance. Je me suis sentie vulnérable ensuite et pourtant, j’ai continué à lui prononcer cette phrase en espérant qu’un jour je l’entende à mon tour. Sept « je t’aime » plus tard, ce jour était enfin arrivé. À un moment où je n’en rêvais plus, quand je ne l’attendais pas.  

-          Kanigui, tu as comblé un vide dans ma vie. Kanigui, lorsque je t’ai connu j’étais brisée mais tu m’as aidée à me reconstruire. Tu m’as apprise de nombreuses choses dont la plus importante est que j’ai de la valeur. J’ai appris à te connaitre et j’ai appris à t’apprécier. Il fut un jour où j’ai fini par lâcher un « je t’aime » difficilement audible et pourtant en provenance du plus profond de mes entrailles. Ce « je t’aime » des mois plus tard est demeuré sans échos et a fini par s’éteindre aussi silencieusement qu’il avait été prononcé. Je dirai que j’ai insisté tu diras que ce n’était pas assez. Je dirai que tu n’as pas essayé mais j’aurai encore tort comme à chaque fois que tu fais usage de ton talent d’orateur. Quand les choses doivent se faire difficilement ; quand une relation humaine nécessite que l’on fasse des efforts surhumains, alors il est temps de se poser les vraies questions. Kanigui, les choses que l’on met longtemps à croire sont celles qui font mal à croire. J’ai mis du temps à l’accepter. Mais j’ai fini par me faire une raison. J’ai fini par comprendre que même si je t’aimais, nous n’étions pas forcément faits l’un pour l’autre. Et aujourd’hui Kanigui, tu dis que tu m’aimes…

-          Je ne le dis pas seulement Chigata. Je le pense et le ressens dans chacune des fibres de mon corps. Ce n’est pas que de l’amour Chigata. Et ce n’est pas pour rien que tes parents t’ont ainsi nommée. Chigata tu es ma vie. Tu es mon rayon de soleil. J’ai mis du temps à m’en rendre compte mais Chigata tant qu’il y a la vie, l’amour est permis. 

-          Kanigui on dit plutôt que tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir. Mais aujourd’hui je ne te donnerai pas l’occasion d’étaler tes longs discours. Tu as eu l’occasion de me chanter ton amour mais tu as maintes fois fui l’engagement. Je t’ai aimé certes mais à présent mon cœur appartient à un autre. Tu te souviens de ces scènes de film que je trouvais tellement romantiques ? Ce moment où un certain amoureux venait déclarer sa flamme à l’élue de son cœur justement lorsque cette dernière s’apprêtait à épouser un autre devant l’autel ? Cet acte que je prenais à l’époque pour une preuve d’amour n’est que la manifestation d’une lâcheté qui tait son nom mais surtout d’un pur égoïsme.  Kanigui, tu as creusé un trou plus béant que le vide que tu avais comblé auparavant. Mais tu vois cet homme à mes côtés ? Celui que je m’apprête à épouser ? Il a utilisé cette anfractuosité pour installer les fondations de son château. Dorénavant c’est lui le roi de mon cœur alors je te prie de t’en aller afin que nous puissions continuer notre cérémonie. Monsieur le maire je vous prie de ne pas considérer cet incident. Personne ne s’oppose à ce mariage et quand bien même une armée entière d’opposants se présenterait, cette union sera scellée.

Je ne pris pas la peine de le voir quitter la salle de mariage de l’hôtel de ville. J’ai aimé Kanigui mais à présent ma vie c’est Namogo.


Sens des prénoms (senoufos) en français :

Chigata : Tant qu’il y a la vie.
Kanigui : Encore un autre, encore un autre garçon. Ce prénom se donne au 3e ou 4e garçon consécutif d’une mère.
Namogo : Le garçon a duré. Lorsqu’une femme ne met que des filles au monde, son premier garçon est ainsi nommé.



mercredi 21 janvier 2015

Cauchemars En Série !

Illustration par Tatou Dembele

Je me souvenais encore des alertes que lançait le curé de la paroisse Saint Marc cinq ans auparavant. « Faites attention à vos enfants et à vous-même. Ne passez pas par des endroits obscurs tous seuls, surtout les jeunes filles. Avec les fréquents enlèvements qu’il y a eu dernièrement, mieux vaut être prudent. » Et pourtant je me retrouvais à cette heure indue de la nuit dans une ruelle réputée pour avoir été le lieu de bon nombre de kidnappings. Je venais de terminer la messe anticipée du Samedi et c’est ce raccourci que j’avais décidé d’emprunter comme je le faisais depuis plus de trois ans. Maintes fois, mes amies m’avaient déconseillée ce chemin, mais à chacune de leurs plaintes, répondait un haussement d’épaules désinvolte. « Ne vous déplacez qu’en groupe lorsque vous devez rentrer chez vous les soirs, ne laissez pas vos enfants partir tous seuls à la boutique, même si elle se trouve à cinq mètres de la maison. » Tous ces conseils bien qu’utiles n’avaient pas empêché le drame de se produire…

L’homélie du prêtre avait porté sur l’amour du prochain et le pardon. Comme il y a de cela quelques années il nous a aussi invités à la prudence, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Lorsque j’empruntai une énième fois ce couloir, je ne m’attendais pas à tomber nez à nez avec cet homme qui tirait par la force Kitana, la fille de ma voisine. Une lueur macabre brillait dans ses yeux, perceptible malgré le mauvais éclairage du couloir. Il se fit de plus en plus menaçant à mon approche et resserra son étau autour du poignet de Kitana. Je me demandais ce qu’elle faisait dehors à cette heure, mais cette question laissa rapidement place à l’imminence du danger. Ce n’était même plus Kitana que j’apercevais. À travers cette scène, je voyais mon propre enfant luttant pour rester auprès des siens. Tout à coup les images se firent plus claires dans mon esprit. L’homme devant moi circulait beaucoup dans le quartier bien que n’y habitant pas. Il avait l’habitude de s’asseoir à l’aire de jeux où les enfants jouaient au football…

Je trainais depuis longtemps une sourde colère tenant compagnie à une tristesse sans nom. Cette tristesse qui me suivait telle mon ombre depuis le jour que j’ai perdu Donikan. Chaque nuit je revoyais son sourire, les fossettes qui creusaient joliment ce tendre visage trop tôt enlevé au cocon familial. Son petit corps frêle m’apparaissait, gesticulant dans le quartier, tapant dans un ballon de foot avec ses petits camarades. Puis comme un cauchemar surgissaient tous ces petits corps dénués du moindre souffle de vie, mutilés pour servir des desseins malsains. Pendant longtemps je me suis demandée si c’était des êtres humains qui commettaient de telles atrocités. Pour le pouvoir, la richesse, ils étaient nombreux à endeuiller des familles en leur arrachant ce qu’ils ont de plus précieux.

Malgré les cinq longues années qui s’étaient écoulées, j’avais l’impression de tout revivre à nouveau. Et pour cause, les élections approchaient, et des enfants ainsi que de nombreuses jeunes filles disparaissaient. - Il faut croire que la jeunesse et la gent féminine est beaucoup appréciée par les esprits malins qui se cachent derrière tous ces sacrifices humains.- À nouveau tout le monde était aux aguets, surtout chez le petit peuple. Les rumeurs disaient que c’étaient des autorités, des « grands types », qui étaient à l’origine de cette macabre chasse à l’homme car ils devaient consolider leurs positions après les élections. Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle race de prédateurs avait vu le jour depuis quelques années. 

Ils avaient commencé par arnaquer les Européens sur internet - soit disant pour se faire rembourser la dette coloniale-. Sans tenir compte de la mauvaise propagande qu’ils faisaient de leur pays, ils se sont ensuite attaqués à tout le monde y compris aux Africains - surement cette fois pour venger les esclaves vendus par leurs propres frères pendant la traite négrière- … Ceux que l’on appelle brouteurs faisaient donc partie de ceux dont on devait se méfier au risque de perdre un proche ou sa propre vie. Lorsque les pigeons se faisaient rares, ces bovidés amateurs de chair humaine détruisaient des vies sur les recommandations de leurs charlatans. Pour être riche dans certaines sphères, il fallait offrir des organes humains aux génies…

Lorsque je vis la lame du couteau briller dans le noir, ma main avait déjà saisi mon revolver et s’en était suivi un bruit sourd. L’homme était à terre, touché à l’épaule et avait lâché l’arme blanche. La petite avait crié avant de courir se mettre derrière moi. Il me regardait, se trainait, gémissait de douleur et me suppliait de le laisser vivre.

-          Je vous en prie, c’est la misère qui m’a conduit sur ce chemin. Je t’en prie je ne recommencerai plus. 

-          Écoutais-tu les supplications de cette fillette il y a de cela quelques minutes ? M’aurais tu épargnée la vie si tu en avais eu l’occasion ? Vous êtes tous pareils, des monstres qui ne méritez pas de vivre.

Je m’apprêtais à tirer lorsque j’aperçu au loin surplombant les habitations, un panneau publicitaire affichant « Alerte enfants en détresse appelez le 116. » À quelques encablures de là se trouvait également la gendarmerie d’un côté et le commissariat de police de l’autre. Le coup de feu aurait dû alerter quelques curieux dans les minutes suivantes. J’aurais pu attendre que la justice fasse son travail. Mais devant moi, se succédaient les différents cadavres d’enfants que j’avais du identifier à la recherche de mon fils. 

Face à ce criminel sous mes yeux, se superposait l’image du lit vide de Donikan. Le rêverais-je un jour ? Finirais-je par savoir ce qu’il est advenu de mon bien aimé ? Pourquoi ne devrais-je pas me faire justice ? Pourquoi ne pas lui faire payer pour les crimes qu’il a commis et qu’il commettra surement si jamais les forces de l’ordre ne font pas correctement leur travail ? Tandis que j’ajustais mon arme pour faire feu, des gouttes de pluie me tombèrent sur le visage…ou plutôt des perles de sueur après avoir encore fait le même cauchemar. Je me réveillai en sursaut. À mes côtés, dormait ce petit être fragile qui illumine mes journées. Je le serai dans mes bras en ayant une pensée pour ces familles endeuillées par des êtres sans vergogne...



jeudi 15 janvier 2015

Les Conseils d'Aleph


Pour mon premier article de 2015 j’aurais voulu écrire quelque chose de spécial. À la base je voulais traduire cet article mais j’avoue que ce n’est pas toujours évident de passer de l’anglais au français. Lorsque je suis inspirée à écrire dans une langue, je peine très souvent pour retranscrire les mêmes idées, sentiments dans l’autre. Mais je vais essayer et ça commence aujourd’hui avec cet autre article que j’ai écrit sur Ayelive.

Je vais donc vous parler de ce que j’ai retenu lorsque j’ai lu Aleph de Paulo Coelho. Comme je le disais à une amie, notre appréciation d’un livre est souvent influencée par ce que nous traversons dans notre vie lorsque nous le lisons. En effet, ce que nous avons vécus ou ce par quoi nous passons peut affecter la façon dont nous lisons, aimons et comprenons un livre. C’est le constat que j’ai effectué lorsque j’ai relu Aleph de Paulo Coelho. La première fois, ce roman m’a très vite ennuyé et est alors retourné rejoindre la pile des livres non-lus sur mon étagère. Bien que je ne le classe toujours pas parmi mes livres préférés, la deuxième tentative a été la bonne et m’a permise de retenir de grandes leçons que je voudrais partager avec vous.

1-     Nous sommes ce que nous désirons être.

Pour moi, la meilleure illustration de cette première leçon est la relation parent-enfant. Certains enfants sont prêts à reporter ou même abandonner leurs rêves au profit de la carrière professionnelle que leurs parents souhaitent pour eux. Finalement, bon nombre de personnes finissent par faire un travail qu’ils détestent et qui les rend malheureux. Ils passent alors leur temps à se plaindre du choix que leurs parents les auraient « forcés » à faire.  Paulo Coelho dit que « Nous ne sommes pas ce que les gens désirent que nous soyons. Nous sommes ce que nous désirons d’être. Culpabiliser les autres c’est toujours facile. Vous pouvez passer votre vie à rendre le monde coupable mais vos succès ou vos échecs sont de votre entière responsabilité. »

2-     Prenez des risques et faites ce que vous désirez

Il y aura toujours des gens pour médire de vous peu importe ce que vous faites. Même les grands messagers tels que Muhammad, Jésus et Moise (paix et bénédiction d’Allah sur eux) n’ont pas fait l’unanimité alors c’est évident que nous ne pouvons en aucun cas plaire à tout le monde. Étant des êtres humains, nous serons amenés à échouer dans certaines entreprises. Toutefois, il est important pour tous, d’appliquer ce conseil de Coelho. « Ne vous laissez pas intimider par l’opinion des autres, seule la médiocrité est infaillible, alors prenez des risques et faites ce que vous désirez. Cherchez des personnes qui n’ont pas peur de se tromper et, par conséquent, commettent des erreurs. C’est pourquoi leur travail n’est pas toujours reconnu. Mais ce sont des gens de ce genre qui transforment le monde et, après beaucoup d’erreurs, parviennent à réussir quelque chose qui fera toute la différence dans leur communauté. »

3-     Visitez votre âme, au lieu de visiter votre passé

Nous avons parfois cette mauvaise habitude de nous focaliser sur ce que nous aurions pu ou  faire pour changer notre présent. Nous oublions or, devons savoir que le passé est passé et nous ne pouvons aucunement changer ce qui est arrivé. En fait c’est ce que je dis souvent lorsque je vois des amis se morfondre pour des mauvaises notes. Le plus important pour chacun d’entre nous doit être ce que nous pouvons faire aujourd’hui pour changer notre situation. L’auteur dit que «Il faut un grand effort pour se libérer de la mémoire mais quand vous y parvenez, vous commencez à découvrir que vous êtes plus capables que vous ne le pensez. Visitez votre âme, au lieu de visiter votre passé. »

4-     Vivre c’est faire des expériences

Dans Aleph - qui est définit par un point où l’univers tout entier est contenu -, le narrateur a passé de nombreuses années à observer et essayer de comprendre son environnement; à apprendre des théories sur la vie et la spiritualité. À un moment de sa vie, il s’est senti frustré, engagé dans une routine qui ne le menait nulle part. Alors que le doute commençait à s’installer quant  à la voie qu’il suivait, son maitre J. l’a convaincu d’expérimenter quelque chose de nouveau. Aleph relate le voyage de Paulo Coelho pour se redécouvrir. Ce voyage l’a conduit à parcourir 9288 kilomètres à bord du Transsibérien et par la même occasion à en apprendre plus sur lui-même et les autres. Tout comme moi la première fois que j’ai lu ce livre, certaines personnes le trouveront surement ennuyeux ou difficile à lire au début. Mais s’il n’y a qu’une seule chose que nous devions retenir d'Aleph, ce serait que « Vivre c’est expérimenter et non penser au sens de la vie. »



lundi 29 décembre 2014

Rendez-vous au prochain wagon !

Andrée Fayçallyne Thes

J’ai toujours su que tu finirais par partir. Un homme comme toi n’était pas fait pour rester en un seul endroit. Tu étais nomade quand bien même issu d’un peuple sédentaire. Ton voyage en soi est supportable mais c’est le fait d’imaginer que je ne reverrai plus ton sourire qui m’attriste. Tu avais le don de m’agacer parfois alors que tu ne cherchais qu’à me taquiner. Tu avais cette façon spéciale de dire « Mimi »… un son particulier qu’en cette nuit j’entends résonner en boucle. Bras dessus bras dessous, c’est l’image que je garde de nous sillonnant des routes de Yopougon.

Il fut une période pendant laquelle ma meilleure amie me disait : « Édouard, Édouard, tu n’as plus que ce nom à la bouche ». Quoi de plus normal, lorsqu’ à cette époque tu étais celui qui me faisait toujours rire. À qui voulait l’entendre, je racontais mes journées passées dans ton quartier. Toi et moi savions qu’il ne s’agissait que d’amitié. D’ailleurs, tu savais surement pour qui j’avais le béguin à l’époque. Je ne suis pas une amie facile et pourtant jamais tu n’as eu un mot plus haut que l’autre à mon encontre. Lorsque le sort cruel s’acharnait sur toi, ton sourire camouflait tes larmes et ton humour faisait office d’armure. Comme toi je me suis découverte une âme de voyageuse. Seulement je pensais que comme moi tu étais de ceux qui revenaient toujours à la maison.

Je ne sais plus à quand remontent nos derniers fous rires. Cela fait peut-être plus d’un an que je t’ai vu. En grandissant, nous avons pris diverses routes. Les mentalités changent, les objectifs ne sont plus les mêmes avec l’âge. Je te trouvais à présent insouciant et peut être m’aurais tu traitée de snob aujourd’hui. Cela faisait belle lurette que nos discussions se faisaient rares mais je pensais te retrouver à mon retour. Au fond tout comme les autres, je te prenais pour acquis. Je savais que tu étais de ceux qui découvraient de nouveaux horizons mais je ne pensais pas que tu partirais si loin et si tôt.

Je n’ai pas éclaté en sanglots en apprenant ton départ. Ce sont des larmes silencieuses qui ont accueilli le coup. Au défilé grotesque d’hommages à ton égard, vient s’ajouter cet article qui vient trop tard. C’est vrai que personne ne restera…Toutefois j’aurais préféré recevoir un coup de fil m’annonçant ton départ comme tant d’autres, sur un bateau chargé de rêves. Plutôt que d’apprendre sur Facebook que les flots t’avaient emporté. Toi qui étais toujours joyeux, c’est un bien triste noël que tu laisses à tes proches.


Paulo Coelho dit dans Aleph que ce que nous appelons « vie » est un train avec de nombreux wagons. Parfois nous sommes dans l’un, parfois dans l’autre. Alors je prie que Dieu ait pitié de ton âme, et nous permette de nous retrouver dans ce wagon où tu as entamé la suite du voyage. Je te préviens, je veux la place à côté de la fenêtre…

mercredi 17 décembre 2014

Martyres pour quoi ?

 Illustration par Saraï D'Hologne
Couchée sur mon lit, toute seule, et me tordant de douleur, je t’imagine te prélassant dans ton jardin de délices. À tes côtés, l’homme de ta vie. Celui dont tu n’as pas eu besoin de rêver pour voir tes désirs exaucés.  Tu devais avoir fière allure pendant que tu profitais de ton statut de privilégiée. Qu’est-ce que ça fait d’être parmi les premiers, de faire partie du top des tops ? Ne me dis rien ! Tu devrais ensuite me raconter ce que tu vis à présent et j’ai bien trop mal pour écouter des lamentations. J’aurais évidemment aimé savoir ce qui s’est passé, enfin… avoir ta version des faits. Seulement ni toi, ni moi ne savons quand est ce que nous nous rencontrerons si jamais cela devait se produire. J’en ai entendues des choses à ton sujet et j’en ai surtout lues. Une histoire pas très flatteuse mais j’essaie de ne point te jeter la pierre car j’honorerai mon père et ma mère.  

Je ne suis pas de ces enfants qui affublent leurs mères indignes de noms d’oiseaux, les jugeant responsables de tous leurs maux. À ta place une autre aurait peut-être fait la même chose alors quelque part je suis soulagée que ce fut toi plutôt que moi. Certaines t’accusent de nous avoir vendues à vil prix, d’être une traitresse. Ne leur en veux pas mais essaie plutôt de comprendre leur colère. Maman, c’est ainsi que nous devrions t’appeler. Et pourtant… Il est difficile pour la plupart d’entre nous de voir en toi un modèle.

C’est vrai que tout au fond d’elles, il y en a qui sont justes soulagées de pouvoir nommer leurs souffrances. C’est vrai que parfois elles oublient que l’esprit est fort mais que la chair est faible. C’est aussi vrai que nous n’étions pas présentes au moment T, à l’instant précis où tout cela s’est passé pour comprendre quelles ont été tes motivations. Tu nous les aurais peut-être expliquées si tu en avais eu l’opportunité afin que nous comprenions ce qui nous arrive et surtout pourquoi. Seulement la parole ne t’a pas été donnée et nous nous contentons de croire en ce qui a été dit, écris.

De ce que j’ai lu, tu avais pour toi une liberté peut être pas totale, mais une indépendance à laquelle nul ne peut prétendre aujourd’hui. Tu étais une reine, bénie avant d’être. Malheureusement, comme toutes les épouses de Barbe Bleu, la curiosité aura eu raison de toi. On dit qu’à la tentation tu as succombé et dans l’abime tu nous as tous entrainés. J’aurais voulu ne pas y croire. J’aurais voulu dire à certains que tu as aussi été une victime, mais la vérité est que j’ai des doutes.  

Quand les douleurs de l’enfantement se prononcent, quand les dysménorrhées se font de plus en plus violentes, certaines, la plupart, et même moi (qui essaie tant bien que mal de te comprendre), ne pouvons-nous empêcher de penser que c’est pour une pomme aussi succulente fut-elle que nous souffrons le martyr. Maman Ève, j’ai mal.  

dimanche 30 novembre 2014

Tant que le coeur bat...


Les histoires de sorcellerie sont courantes dans certaines régions de l’Afrique. Je me souviens encore de quelques anecdotes que ma tante me racontait au sujet d’enfants sorciers démasqués par une voyante nommée Massandjé. Ces histoires m’ont toujours semblé vraies car l’Afrique est réputée pour ses mystères. Toutefois, il arrive parfois que la vie de quelqu’un soit gâchée par des révélations mensongères de pseudo prophètes ou autres mystiques.

J’ai toujours plaisir à partager des histoires d’espoir, des exemples vivants de réussite qui nous prouvent que la vie est pleine de rebondissements. L’on peut naitre dans une famille aisée et se retrouver du jour au lendemain à la rue sans rien n’y personne. Tout comme l’on peut passer de la rue aux tapis rouges des Oscars.

J’ai récemment découvert l’histoire de Rachel Mwanza à travers son passage à TEDxParis. Traitée de sorcière et accusée d’être la responsable de tous les maux de sa famille, Rachel a dû survivre dans la rue. Sa vie témoigne des dégâts que peuvent causer le manque d’éducation, les superstitions africaines, mais surtout la pauvreté. Toutefois, le but de Rachel n’est pas de susciter la pitié des uns et des autres. Bien au contraire, elle est porteuse d’une histoire, d’un message qui interpelle chacun de nous : TANT QUE LE CŒUR BAT TOUT EST POSSIBLE et un conte de sorcière peut un jour devenir un conte de fée.

Nul besoin de vous conter son histoire quand elle-même le fait si bien…


dimanche 23 novembre 2014

Je viens de lire Purple Hibiscus !





À chaque fois que je lis un livre magnifique, j’ai envie de ne pas l’avoir lu (Je ne suis pas folle). Pourquoi ? Tout simplement parce que j’aimerais tellement le lire à nouveau et revivre les mêmes émotions, la sensation de la première fois... Tout comme ce fut le cas lorsque je découvrais Les erreurs de Maman de Jocellin Kalla ou encore La fille de Papier de Guillaume Musso, j’ai juste envie de relire Purple Hibiscus de Chimamanda Ngozi Adichie.

A des milliers de kilomètres de mon continent, j’ai pris plaisir à découvrir des similarités entre les peuples africains. C’est avec le sourire que je me remémorais certaines scènes au village, à l’église, en famille…

Purple Hibiscus est une histoire racontée par Kambili, adolescente fragile qui découvre l’amour sous une soutane mais surtout une jeune fille mentalement oppressée. Dans la famille de Kambili, il n’y a pas de place pour les rires face à l’absurde fanatisme religieux de son père. Toutefois, une chose est à noter : Eugene le chef de famille n’est pas foncièrement mauvais. Comme le dit Chimamanda elle-même lors d’une interview, il existe des personnes généreuses qui pourtant au nom de la religion font des choses affreuses. J’ai envie de rajouter comme le prêtre Amadi que certaines choses arrivent sans qu’on ne puisse vraiment comprendre le pourquoi.

Ce roman évoque la religion, l’amour, la famille, mais aussi la politique africaine. Mes personnages préférés sont Amaka et Obiora son jeune frère. D’un côté une jeune fille fortement attachée à sa culture au point de refuser la confirmation qui nécessite qu’elle choisisse un nom « chrétien ». De l’autre un frère plus mature que ne l’exige son âge et qui bien qu’attaché à son peuple aspire à vivre aux États Unis car déçu par la politique de son pays.
Credit photo : The Guardian
J’ai particulièrement aimé les prénoms des personnages typiquement africains, les expressions typiquement africaines et toutes les coutumes vous l’aurez deviné… typiquement africaines. J’avais juste envie de me retrouver à Komborodougou ou à Ferké et d’apprendre l’histoire de mon peuple auprès des anciens.

J’ai fait l’effort de ne pas vous offrir un résumé étendu de l’œuvre et de cacher un tant soit peu à quel point je l’ai apprécié. Selon moi lorsque l’on barde un livre d’éloges, le lecteur se préoccupe plus de ressentir l’œuvre comme elle lui a été contée plutôt que de la vivre avec ses propres émotions.

Je vous invite par conséquent à découvrir Purple Hibiscus à travers vos propres yeux ou ceux de Kambili.