lundi 22 juin 2015

Coup d'Etat Major !

Illustration par Tatou Dembelé

Le visage en face d’elle était méconnaissable. Elle avait du mal à reconnaitre l’homme qu’elle avait aimé et épousé il y avait de cela une dizaine d’années. Elle détourna son visage et fixa la porte, espérant qu’une âme charitable y entre et délivre la pièce de ce lourd silence. Quinze minutes s’écoulèrent sans que cette expression de dégoût ne quitte le visage de Mamadou. On aurait dit qu’il avait envie de vomir mais qu’il se retenait difficilement. De grosses gouttes de sueur perlaient un visage dont les sourcils froncés présageaient le pire. Ses points étaient serrés, prêts à cogner. Les veines de son cou et de son front prêtes à éclater. Mais il ne dit mot et finit par se lever pour se diriger vers la sortie. Fanta attendait qu’il lui jette à la figure « Je ne veux plus de toi » ou encore qu’il se jette sur elle et la batte copieusement. Mais en lieu et place de cris et de coups, un silence étourdissant. L’homme qu’elle avait connu violent et nerveux ces dernières années, laissa place à un étranger. Il se retourna une dernière fois et survola la pièce du regard avant d’ouvrir la porte et de s’en aller.

Comme s’il avait senti que quelque chose de grave venait de se passer, Karim se mit à crier de toutes ses forces de nouveau-né. Il hurlait à fendre l’âme et ne se tut que lorsqu’il eut la bouche pleine du téton gauche de sa mère. Tandis qu’elle allaitait son fils, Fanta se posait des questions sur la réaction de son mari. Comment pouvait-il se maitriser de la sorte après l’affront qu’elle lui avait fait devant toute sa famille, la ville et même le pays tout entier ? Elle pensait qu’il aurait eu mal, qu’il aurait eu envie de tout casser, de la briser. Et pourtant, il avait fait preuve d’une maitrise de soi qu’elle ne lui connaissait pas. Elle se souvenait encore de la raclée qu’elle avait reçu lorsqu’elle avait décroché son téléphone, et demander à l’une de ses nombreuses maitresses de ne plus appeler à des heures indues. Ce jour-là, n’eut été l’intervention de la servante et des gardes du corps de Mamadou, ce dernier l’aurait surement envoyée au cimetière de Sinématiali. Ce fut la même chose lorsqu’elle tenta de s’indigner parce qu’il avait amené un troisième enfant bâtard sous leur toit. Monsieur lui rappela sans sourciller que c’était lui qui mettait le pain dans la bouche de tous les habitants de la concession, sans oublier les larges orifices de ses parents qui grâce à lui dormaient dans une maison en dur là-bas, à quelques kilomètres de Ferké. Lorsqu’elle voulut répliquer qu’elle ne travaillait plus uniquement parce qu’il le lui avait demandé, une gifle magistrale lui apprit à fermer sa bouche quand monsieur parlait.

En  treize années de vie commune, elle avait presque tout vécu. Le bonheur des noces nouvelles, l’extase à la naissance des trois premiers enfants, l’éloignement lorsque le corps de jeune fille laisse place aux vergetures d’une mère de cinq enfants, jusqu’aux coups administrés à la volée pour un rien. Ses amies vers lesquelles elle se tournait lui demandaient d’être patiente. Avec les hommes de la trempe de Mamadou, il fallait savoir fermer les yeux, mettre le cerveau en veille et endurer. Un homme aussi riche, élégant et puissant que lui, ça ne courrait plus les rues d’Abidjan. Elle devait s’estimer heureuse qu’il n’ait pas épousé l’une de ses maitresses. Elle aussi Fanta, en voyant toutes ses amies qui souffraient dans des ménages à trois, quatre, cinq épouses, sans compter les additionnels « bureaux », finit par se convaincre qu’il y avait pire comme mari. Cependant, lorsque ce dernier commença à ne la toucher que tous les trois mois, à ne plus consommer le moindre repas confectionné avec soin et amour, Fanta se dit que s’en était trop. Chef d’État-Major de l’armée ou pas, Mamadou n’était rien d’autre qu’un homme comme un autre. De quelle matière était fait son sexe à lui pour qu’il ne reste pas tranquille ? Elle décida qu’il fallait qu’elle arrête de se morfondre. Elle décida que les lamentations et la résignation avaient été bien trop longtemps ses compagnes.

Illustration par Tatou Dembelé
Alors Fanta engagea un détective qui se chargea de découvrir chacune des maitresses de son époux. La rumeur se répandit très rapidement que toutes les jeunes filles qui sortaient avec le General Mamadou Diakité mourraient dans des conditions mystiques. Certains parlèrent de meurtres pour devenir riche, d’autres encore de sacrifices pour garder les faveurs du président de la république. Mais personne ne soupçonna l’épouse affligée. Mamadou lui n’avait cure de toutes ces rumeurs et continuait d’enchainer les conquêtes, autant que son statut le lui permettait. Maladies sexuellement transmissibles? C’était pour les homosexuels uniquement. Enfants hors mariage? Il en avait déjà une panoplie qu’il n’avait pas de mal à nourrir. Des noirs, des jaunes, des blancs, partout où il passait, Mamadou laissait sa semence et produisait des fruits. Un de plus ou de moins n’y changerait pas grand-chose. Pourtant, lorsque sa femme tomba enceinte une sixième fois, le général Diakité changea un tant soit peu. Il devint même une sorte d’homme attentionné pour celle qu’il ne regardait presque plus. Il rentrait deux fois par semaines, l’appelait pour l’informer lorsqu’il devait aller effectuer une mission (tout le monde Fanta y comprit savait le genre de mission que c’était), et lui offrait même quelques cadeaux quand l’envie lui prenait.

Un soir, Fanta eut l’agréable surprise de voir débarquer à son domicile un cortège de véhicules précédés par des motards. Mamadou était en « mission », aussi fut-elle surprise de recevoir la visite du président de la république lui-même en chair et en os. Tandis que ce dernier s’approchait avec sa femme, Fanta ressentit des contractions. Son cœur se mit à battre à un rythme fou et elle aurait embrassé le sol n’eut été la vigilance du garde du corps qui la suivait comme son ombre. Le président ordonna qu’on la transporte dans l’un des véhicules et tout le beau monde se dirigea vers la PISAM. Le personnel se demandait qui pouvait bien être la femme enceinte qui venait d’arriver pour que son Excellence même et son épouse se trouvent dans la salle d’attente. Après deux heures intense de labeur, le médecin annonça que la délivrance avait eu lieu. Le couple entra et paya ses hommages à la mère et au nouveau-né avec le maximum de contenance possible en de telles circonstances. C’était un beau petit bébé. « Le général a-t-il été informé ? » demanda le président au garde du corps de Fanta. « Oui mon excellence » répondit ce dernier.

Trente minutes seulement après le départ du couple présidentiel, Mamadou arriva en trombe à l’hôpital. Heureux pour l’honneur qui lui avait été fait par le président en accompagnant son épouse à l’hôpital. Il aurait souhaité arriver pendant que le couple présidentiel y était encore mais sa « mission » du jour se voulait capricieuse. Il aurait le temps plus tard de remercier son Excellence. Tandis qu’il pénétrait dans la salle où se trouvait Fanta, l’épouse du président elle, se démaquillait avant de se mettre au lit. Elle se tourna vers son époux et lui souhaita bonne nuit avant de rajouter « Si au moins il avait pris un peu de la mélanine de sa mère…je n’ose même pas imaginer la tête que fera Diakité en voyant ce bébé blanc comme neige. » De l’autre côté du pont, à l’aéroport Felix Houphouët Boigny, le garde du corps de Fanta qui ne la quittait jamais, prenait un vol non-retour pour son pays d’origine.

Illustration par Tatou Dembelé




mercredi 10 juin 2015

Debout Payé: à consommer sans modération



Quand on découvre une belle plume, on est très souvent tenté d’en retrouver le propriétaire. C’est à travers ses articles sur yéyé magazine que j’ai découvert l’auteur avant d’avoir l’opportunité de lire son premier roman. L’engouement autour de ce livre a été remarquable et les récompenses se sont enchainées titillant par la même occasion ma curiosité.

C’est confortablement assise dans le bus et parfois debout (sans être payée) dans le métro, que j’ai parcouru une première fois l’œuvre de celui que l’on a nommé Armand Patrick Gbaka-Brédé. Parcourue parce qu’en vrai, il m’a fallu relire Debout Payé pour savourer et par conséquent mieux apprécier les écrits de Gauz. A la première tentative, je cherchais uniquement à savoir ce que ce livre avait de si spécial pour susciter l’enthousiasme de bon nombre de mes contacts sur Facebook. Toutefois, c’est lorsque j’ai lu Debout Payé un jour après l’avoir achevé la première fois que j’ai compris.

À travers ce livre nous voyageons dans l’espace et dans le temps, des années 70 aux années 2000, des quartiers d’Abidjan aux rues de Paris. De Ferdinand à Ossiri on se rend compte que les années passent mais pas grand-chose ne change. En moins de 200 pages, tout passe à travers les mailles de la critique du vigile (ou de l’auteur). Debout Payé dépeint la société à travers les yeux de ceux que l’on voit à peine. Pour tenir le coup dans le métier de vigile, « pour garder du recul (…) il faut soit savoir se vider la tête de toute considération qui s’élève au-dessus de l’instinct ou du reflexe spinal, soit avoir une vie intérieure très intense. L’option crétin inguérissable est aussi très appréciable. » On devine aisément que Gauz n’a pas opté pour la dernière option. Il a plutôt pris un malin plaisir à manipuler les mots, à jouer sur les sens et sur les sons pour rire du monde autour de lui.

L’une des phrases de la mère d’Ossiri m’a particulièrement marquée. « Il faut des hommes et des femmes volontaires pour vous apprendre, pour vous réapprendre à devenir les Africains que nous, vos parents, aurions du être si on nous avait appris la valeur de notre propre culture, de notre très vieille civilisation. » Il y a tant à retenir de Debout Payé mais ce que moi j’en tire après cette lecture, c’est que Gauz fait surement partie de ces écrivains qui ont choisi la plume pour désenclaver nos esprits.



Désormais, je fais plus attention aux vigiles que je rencontre. Je n’aimerais surtout pas apparaitre dans un livre comme la jeune fille qui passe toujours avec son foulard sur la tête sans saluer, comme les autres… Je suis sûre que je penserai toujours à Debout Payé lorsque je regarderai un spectacle à travers mon écran de téléphone alors que celui-ci se déroule sous mes yeux; chaque fois que je verrai le pagne être prôné comme signe d’africanité…ou encore chaque fois que je passerai devant un magasin Sephora… Debout, assis ou couché, quitte à consommer quelque chose sans modération, autant que ce soit un bon livre…






mardi 5 mai 2015

Peine Perdue !

Illustration par Tatou Dembelé


Chaque matin, elle mettait plus d’une heure dans la salle de bain à se demander en quoi est ce qu’elle se déguiserait ce jour-là. Elle avait tout fait pour attirer son attention sans aucun succès. Tout y était passé. Du style de la vierge effarouchée jusqu’à celui de la fille aux mœurs légères en passant par le costume du garçon manqué. Rien n’y fit. À ces yeux, elle n’était qu’un décor dans cette maison ou ne cessait de défiler toutes sortes de femmes. Des blondes décolorées aux négresses au derrière rebondi, toutes se succédaient dans son lit sans jamais trouvé place dans son cœur. Lorsqu’elle essayait de lui faire entendre raison, elle priait tout au fond d’elle qu’il la rabroue ou qu’il l’abreuve d’injures. Mais il lui répondait plutôt avec ce silence insultant, cette ignorance implacable dans laquelle il l’avait enfermée. Elle aurait pourtant voulu lui faire comprendre que la faute n’incombait pas aux autres mais plutôt à lui. Que toutes ces jeunes écervelées qui tombaient sous son charme ne changeraient pas grand-chose à la situation et qu’il était le seul responsable si l’on devait en trouver un. Chose qu’elle trouvait d’ailleurs ridicule. Même si elle aussi n’avait pas trouvé la route qui menait à son cœur, elle se consolait du fait d’être la seule maitresse des lieux, quand bien même tout échappait à son contrôle. Ses amies ne comprenaient pas qu’elle puisse se faire du sang d’encre à son sujet. 

-         Arielle tu es belle, jeune et intelligente. Tu ne sais pas la chance que tu as; lui rabâchait souvent Jeanne sa meilleure amie. À ta place moi j’en aurais profité pour m’éclater, aller en boite de nuit et rentrer uniquement si le cœur m’en dit. 

Lorsqu’elle essayait de lui faire comprendre que c’était de son amour à lui qu’elle avait besoin et pas d’une panoplie de petit amis, celle-ci renchérissait toujours que cette histoire d’amour et d’affection était une chose de blancs.

-         Tous ces livres occidentaux que tu lis ont fini par te faire perdre la tête. Ici nous sommes en Afrique. Il n’y a que des blancs pour parler de manque d’affection, de besoin d’amour. Moi par exemple, mes parents ne m’ont jamais dit qu’ils m’aimaient. Est-ce que j’en souffre pour autant ?

Parfois, Arielle avait envie de lui rétorquer que ce manque d’affection dont elle pensait ne pas souffrir était surement la raison pour laquelle elle n’arrivait pas à se décider qui de Jules, Mark, César ou d’Anthony était l’homme de sa vie. Elle n’arrêtait de papillonner d’hommes en hommes malgré toutes les maladies sexuellement transmissibles qui existaient. 

-         Tu sais Arielle, tu ne peux pas comprendre tant que tu n’as pas gouté au fruit défendu. 
-         Il y a surement une bonne raison pour laquelle il est défendu Jeanne. 
-         Oui parce que ceux qui y ont déjà gouté ne veulent pas que les autres y prennent gout également.

Arielle n’essayait jamais d’argumenter avec son amie quand il s’agissait de sexe. Après tout Jeanne n’avait peut-être pas tort. Son manque d’expérience devait surement lui interdire de donner son avis quand il s’agissait des parties de jambes en l’air de son amie.

-         Viens ce vendredi à la Case Dort. Je vais enfin te présenter à ce bel homme qui n’a d’yeux que pour toi. Je t’en ai parlé non ? Alexandre il s’appelle. 
-         Tu connais déjà ma réponse Jeanne.

Si elle aimait beaucoup son amie, Arielle ne partageait toutefois pas sa passion ni pour les bcbg qui pétaient plus haut que leurs culs, ni pour toutes ces soirées branchées durant lesquelles ceux-ci se retrouvaient pour parler des biens matériels de leurs parents.

Ce mercredi soir-là, elle rentra directement à la maison après les cours, et décida de faire la cuisine. Cela faisait un moment qu’elle n’avait pas mis la main à la pâte. Elle décida de faire de l’attieké avec du bon kedjenou de poulet. L’odeur qui lui chatouillait les narines  présageait un régal pour le palais. Elle s’en alla prendre une douche après avoir mis la table. 

-         Hum, ça sent bon par ici.

Elle savait qu’il était rentré lorsqu’elle entendit le portail s’ouvrir. Assise sur le lit, une serviette nouée à la poitrine, elle se demanda si elle devait aller le saluer ainsi ou si elle devait s’habiller, lui laissant le temps de s’installer à table. 

-         Arielle c’est toi qui as fait la cuisine ? C’est drôlement bon dis-donc.

Il l’avait appelée. Mieux, il l’avait félicitée pour sa cuisine. Ça lui arrivait de lui adresser la parole, de lui lancer des bonjours plus méthodiques que pour effectivement lui souhaiter de bonnes journées. Mais jamais elle n’avait pensé qu’un jour arriverait où il prononcerait son prénom d’un ton aussi enjoué. Elle se dépêcha de se vêtir et de le rejoindre au salon. Sa joie décampa aussi rapidement qu’elle était arrivée, lorsqu’elle le retrouva avec une jeune femme, attablés autour du plat qu’elle avait soigneusement préparé pour lui. Il lui mettait même à manger dans la bouche comme si cette dernière était manchote.

-         Je te présente Martine, qui habitera désormais avec nous.

« Encore une qui pense avoir mis le grappin sur lui. » se dit-elle. Elle aussi partirait comme toutes les autres, qui croyaient pouvoir prendre pied dans la vie de ce bel homme célibataire. Cependant lorsque Martine se leva pour aller se servir un jus de fruit dans le réfrigérateur, Arielle comprit. Elle comprit le ton enjoué, la bonne humeur, et que tout serait différent. 

-         Ah, je ne te l’ai pas dit ! Martine est également enceinte. Et devine qui en est l’auteur ?

Évidemment cette remarque n’était pas nécessaire. L’énorme bide que trainait cette Martine expliquait tout. 

-         Les médecins sont catégoriques. Cette fois, ce sera un garçon.

Il ne comprenait pas que si toutes les femmes qu’il engrossait mettaient au monde une fille, c’était bien parce que lui ne leur offrait qu’un chromosome X en lieu et place du Y qui aurait donné naissance au garçon désiré. Elle le lui aurait bien expliqué s’il daignait parfois l’écouter. Elle était la seule parmi les nombreuses filles qu’il avait engendrées à vivre auprès de lui et à supporter son détestable caractère. Il ne respectait pas les femmes, les considérait comme des objets et les regardait de haut. La mère d’Arielle était morte de chagrin en se rendant compte que l’homme pour qui elle avait tout abandonné ne lui accorderait jamais l’amour et le respect qu’elle méritait.  Pour Arielle, il était le seul proche qu’elle avait mais il semblait tellement lointain. Peut-être qu’enfin ce futur bébé changerait quelque chose pour elle aussi car elle le savait, son père ne l’avait jamais accepté pour ce qu’elle était.  Elle aurait beau ramener les meilleures notes de l’université, préparer les mets les plus succulents qui existent, elle était venue au monde sans deux paires de couilles et cela était impardonnable.

mardi 21 avril 2015

Americanah...j'en redemande !


En essayant d’en parler, de résumer un livre, il y a parfois cette crainte d’en dire trop ou de ne pas en dire assez. On espère émoustiller suffisamment le désir du lecteur en apportant un compte rendu à la hauteur du livre que l’on vient de dévorer. Quand bien même l’on croirait que nos mots ne rendent en aucun cas justice à ce que l’on vient de lire, l’envie de partager avec les autres est plus forte que tout et c’est cette envie qui me pousse à parler de Americanah. Encore une fois j’ai succombé au charme de la plume de Chimamanda Ngozi Adichie. Entre histoires d’amour, de cheveux, d’immigration, de races et de retour au pays natal, il y a de quoi retourner des dizaines de pages chaque nuit en repoussant le sommeil au chapitre suivant.

La fin m’a laissée sur ma faim. J’en voulais encore tandis que la page de remerciements me narguait avec ses quelques lignes pleines de noms et prénoms nigérians. Americanah. Moi aussi quelque part j’imaginais devenir une Americanah, une jeune Africaine qui retourne dans son pays après avoir vécu aux États Unis. Quand bien même je ne suis qu’à ma deuxième année aux États Unis, je me reconnaissais aisément dans certains passages de ce roman. Certaines fois à la fois honteuse mais contente de pouvoir changer certaines attitudes.

Ce livre nous parle d’une jeune fille qui apprend à aimer ses cheveux crépus, qui comprend qu’elle n’a pas besoin d’être une pâle copie de l’occident quand elle peut porter en elle l’originalité de l’Afrique. Americanah raconte l’histoire superbement ficelée d’Ifemelu, jeune nigériane ayant étudié et vécu aux États Unis plus d’une dizaine d’années et qui décide de retourner au Nigeria. Avant ce retour qu’elle appréhende, nous sommes transportés dans son passé, à travers son histoire d’amour avec le calme et poétique Obinze, dans les remous de la vie quotidienne d’un Nigeria sous régime militaire qui peine à offrir la lueur d’un avenir certain à des étudiants qui rêvent d’une meilleure situation. Americanah c’est aussi l’histoire de certains Africains à la recherche de l’Eldorado en Europe et aux États Unis, devant parfois affronter la honte de la déportation ou alors faire des choses qui ne leur auraient jamais effleuré l’esprit, afin de survivre.



Chimamanda a le don de raconter une histoire en vous transportant du présent vers le passé sans l’aide d’une machine à remonter le temps. La description des personnages et des lieux (sur laquelle je n’aime pas trop m’attarder quand je lis en général) vous offrira une image encore plus vivide des faits. Ce livre vous fera vous remettre en question, retenir des fous rires si vous le lisez en public et vous obliger à vous laisser aller parfois car n’en pouvant plus. Vous pourriez vous surprendre à croire que vous connaissez les personnages, qu’ils existent réellement et qu’ils représentent surement une partie de vous que vous ne connaissiez pas ou que vous aviez du mal à reconnaitre. Tout cela pour dire qu’Americanah est tout simplement une histoire pas assez longue à mon gout.  




samedi 28 février 2015

Ma Leçon du Vendredi 27/02/2015

Illustration par Sarai d'Hologne


Le jeudi dernier je plaisantais avec une amie et je lui ai dit que j’avais hâte qu’elle fasse son enfant. Elle a répondu : « je vais faire enfant et puis demain il va prendre sa large bouche pour me désobéir ? » On en a rigolé puis changé de sujet.

Étrangement le vendredi suivant, le sermon de l’imam a porté sur le devoir des enfants envers leurs parents. J’avoue que l’enseignement m’a fait l’effet d’une gifle. Ce n’était pas des choses que j’apprenais pour la première fois mais c’était surtout que je me rendais compte à quel point j’ai du chemin à faire dans l’application de ma religion.

C’est connu que c’est plus facile de condamner les actes des autres plutôt que de voir ses propres erreurs. Aussi, je suis souvent outrée de voir des jeunes mais surtout des Africains tweeter « mon papa m’agace, ma maman m’énerve… » Les valeurs africaines exigent le respect envers les ainés alors que dire du respect envers nos parents. Malheureusement nos valeurs sont aujourd’hui délaissées au profit de ce que nous voyons dans les nombreuses téléréalités occidentales. Moi aussi comme beaucoup, je me plains souvent de mes parents. Alors imaginez comment je me suis sentie ce vendredi lorsque l’imam disait que nous n’avons pas le droit d’élever la voix sur nos parents. Nous ne devons même pas marmonner dans notre barbe en signe de désapprobation de ce que nous disent nos géniteurs. Bien sûr nous le savons tous, mais combien d’entre nous le mette en pratique ? 

Chaque fois que je demande quelque chose à mon père ou que je le taquine il me dit « Quand je serai vieux et que je viendrai te rendre visite, c’est pour dire le vieux croûton là est arrivé ici encore. » À chaque fois je lui réponds que je ne pourrai jamais agir ainsi. Et pourtant nous manquons tellement de patience envers nos parents. D’ailleurs pendant le sermon, je me suis souvenue avec tristesse que j’étais irritée de devoir à plusieurs reprises expliquer à maman comment utiliser les fonctions de son nouveau téléphone. J’étais vraiment très loin de la gratitude envers les parents qu’Allah exige de ses serviteurs.

Il y a un nombre important de sourates et de hadiths dans lesquels nous sommes exhortés à être respectueux et bons envers nos parents et je me propose d’en partager quelques-uns tout en vous invitant à découvrir les autres.

« Et ton Seigneur a décrété : « N’adorez que lui ; et (marquez) de la bonté envers les  père et mère : si l’un d’eux ou tous les deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point : « Fi !» et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. Et par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité, et dis : Ô mon Seigneur, fais leur à tous deux, miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit. » »  (Coran. Sourate 17 – Le Voyage Nocturne, verset 23)

Combien d’histoires d’avortements et d’enfants abandonnés entendons-nous chaque jour ? Et pourtant nous avons la grâce d’avoir été chéris dans des foyers malgré les difficultés qui survenaient parfois. Il arrive que nos parents nous crient dessus, nous imposent certaines restrictions mais existe-t-il une personne qui souhaite notre bonheur autant que nos pères et mère ? La religion, le statut social, l’apparence…de nos parents ne doivent en aucun cas affecter notre comportement vis-à-vis d’eux.

« Nous avons commandé à l’homme [la bienfaisance envers] ses père et mère; sa mère l’a porté [subissant pour lui] peine sur peine : son sevrage a lieu a deux ans. « Sois reconnaissant envers Moi, ainsi qu’envers tes parents. Vers moi est la destination. Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas ; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable. Et suis le sentier de celui qui se tourne vers Moi. Vers Moi ensuite est votre retour, et alors je vous informerai de ce que vous faisiez ».  (Coran, Sourate 31- Luqman, verset 14-15)

On entend souvent dire que le paradis se trouve sous les pieds de nos mamans. Cela a juste titre parce que le sacrifice consenti par ces dernières est incommensurable.

Un homme vint chez le messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d'Allah ! Quel est celui qui mérite le plus que je lui tienne compagnie ? ”.
Il dit: “ Ta mère ”.
Il dit: “ Et qui encore? ” -
Il dit: “ Ta mère ”.
Il répéta : “ Et qui encore? ”
Il dit: “ Ta mère ”.
Il répéta de nouveau: “Et qui encore?”,
Il dit: “ Ton père ”."

[Rapporté par Al Boukhari et Mouslim]

À la fin du sermon l’imam a fait cette recommandation : « Que vous ayez été irrespectueux ou non, si vous rentrez ce soir, embrasser votre mère et dites-lui que vous êtes désolés si vous lui avez fait un quelconque tort. » Car en effet, chaque fois que nous mettons nos parents en colère, nous mettons également Dieu en colère. 

Je vous laisse sur cette vidéo qui est une belle leçon pour les enfants que nous sommes.






vendredi 13 février 2015

Quelque chose de gentil !


J’ai toujours trouvé plus facile d’évoquer ou d'exprimer ses sentiments en anglais plutôt qu’en français. Il y a donc de fortes chances qu’AyeLive soit beaucoup plus personnel que Méli-Mélo d’Une Intello. Mais comme je le disais dans cet article, je ferai mon possible pour traduire certaines publications. Ce qui suit est donc une traduction, et vous pouvez lire l’article original ici.

J’ai un ami que j’admire beaucoup parce que quelles que soient les épreuves par lesquelles il passe, il prête toujours une oreille attentive à ceux qui en ont besoin. C’est exactement le genre d’ami que nous souhaiterons tous avoir mais combien parmi nous sommes justement cet ami ?

Je prends actuellement un cours en ligne de communication interpersonnelle grâce auquel j’en apprends un peu plus sur la notion de self-concept. Celui-ci se définit tout simplement comme  un ensemble relativement stable des perceptions que nous avons de nous-même en tant qu’individus. Le sujet étant très vaste, j’ai eu envie d’écrire uniquement sur l’influence que chacun de nous a sur le self-concept de l’autre.  

Nous avons des attentes élevées vis-à-vis de notre entourage, nonobstant le fait que nos proches, et parfois même des inconnus aimeraient également que nous soyons une source de réconfort, de galvanisation. Les mots sont puissants mais ils sont surtout irrécupérables. D’ailleurs en Côte d’Ivoire on dit qu’on ne peut pas ramasser l’eau une fois versée. Ce que nous disons aux autres peut les blesser de la même manière que leurs mots peuvent nous affecter.

Certaines plaisanteries que nous échangeons avec nos amis, frères, sœurs et autres proches, même sous le couvert de l’amusement peuvent blesser. Bien que cela semble amical, nos remarques engendrent souvent des dégâts chez les autres. Nous façonnons notre self-concept à partir des commentaires et des jugements de ceux qui nous entourent et ce surtout dans notre plus jeune âge. Notre entourage peut nous faire nous sentir aimé, apprécié, et capable. Ou alors, il peut nous envoyer des messages négatifs, nous amenant à douter de notre valeur. Le self-concept est donc un produit de messages que nous recevons tout au long de notre vie.

Pendant ma lecture, je me suis mise à penser à tous ces mots qui m’ont blessée auparavant. Il y a de fortes chances que je n’ai pas exprimé ma peine mais en général, certaines remarques laissent des traces. Bien sûr, c’est à nous de décider si ces mots prononcés par l’autre nous définissent ou alors de leur prouver qu’ils ont tort. La manière dont nous gérons les remarques des autres déterminera ce que nous allons penser de nous-même car en fin de compte la seule chose qui compte est ce que nous croyons.   

En lisant sur ce sujet, j’ai malheureusement été prompte à blâmer les autres pour ce qu'ils m’ont dit. Cependant, je me suis soudain rendue compte que certaines personnes pensent surement aux propos déplaisants que j’ai eu à leur endroit. Il est difficile d'évaluer l'impact qu’ont les autres dans notre vie. Toutefois, autant nous voudrions entendre de quoi nous aider à rehausser notre valeur, autant nous devrions aider les autres à développer un self-concept sain.

Qu’il s’agisse d’un ami, d’un frère, d’un parent ou d’un enseignant… tout le monde peut influencer la perception que nous avons de notre personne. Si vous n’avez pas encore entendu parler de Ms. Lopez de Mott Hall Bridges Academy, je vous invite à lire cet article. Nous devrions tous aspirer à être des personnes qui inspirent. Quelqu’un qui montre aux autres à quel point ils sont précieux. Je vous invite par la même occasion à découvrir la page Facebook Humans of New York.



« Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse. » Nous sommes nombreux à citer cette phrase sur les réseaux sociaux mais tellement peu de personnes la mette en pratique.  Je ne suis certainement pas une exception mais j’essaierai d'appliquer le "Si vous n’avez rien de gentil à dire, alors ne dites rien du tout. " 

Je partage avec vous ma chanson préférée du moment et j’espère que je serai (nous serons) le genre d’ami murmurant «  N’abandonne pas, tu es intelligent, tu es belle, tu es précieux, tu es important. » 



mardi 27 janvier 2015

Chigata Je T'Aime !

Illustration par HStudio'S


-          Je t’aime
-          Qu’est ce que tu as dis?
-          Je t’aime
-          Pourquoi ? lui demandai-je

L’homme sous mes yeux, celui qui me prononçait enfin ces trois mots était celui que j’avais longtemps attendu. Combien de nuits avais-je passées à me demander s’il finirait un jour par me chanter l’hymne de l’amour ? Il s’était enfin décidé à sauter le pas et pourtant… « Pourquoi ? » c’est tout ce que j’ai pu répondre alors que j’avais enfin ce que j’avais tant espéré entendre. Il était beau dans sa chemise pagne mal boutonnée. Ces lèvres qui venaient de prononcer la formule magique invitaient à toutes sortes de délices. Il était majestueux avec sa barbe taillée en couronne. Il sentait bon comme à son habitude, mais tout était différent ce jour-là. 

-          Je t’aime parce que tu ne te contentes pas d’être belle mais nous fait également l’affront d’être intelligente. Je t’aime parce que derrière cette façade de dure à cuire que tu t’es construite, j’ai pu apercevoir le cœur tendre que tu protégeais. Je peux dire que je t’aime parce qu’au fond je n’espère pas entendre une autre voix que la tienne chaque fois que je me réveillerai. Je ne dis pas que tu as une belle voix et d’ailleurs personne ne me croirait de toutes les façons. L’amour rend aveugle mais il ne m’a pas rendu sourd… C’est pourtant cette voix rocailleuse que j’aimerais avoir comme berceuse chaque fois que je m’endormirai. Je t’aime parce que tu es celle que mon cœur a choisie comme guide. Je pourrais tenter d’énumérer des centaines de raisons mais ce serait faire mentir celui qui a dit que le cœur a ses raisons que la raison elle-même ignore. Chigata je t’aime tout simplement parce que tu es toi et tant qu’il y a de la vie, c’est avec toi que je veux passer le restant de mes jours. 

Sept fois, c’est le nombre exact de fois qu’il a dit qu’il m’aimait en ce jour. Sept fois c’est le nombre de fois exact que je lui ai dit que je l’aimais auparavant. Je me souvenais particulièrement de la première fois. J’avais les lèvres qui tremblaient, le cœur qui battait à tout rompre, les mains moites et le sang qui circulait à vive allure dans mes veines. Il avait remarqué que quelque chose changeait. Il savait surement ce que je ressentais avant même que mes lèvres ne s’ouvrent et pourtant il avait laissé faire. Il aurait pu et aurait dû m’empêcher de franchir le cap mais il est resté stoïque pendant que je me débattais avec ces trois mots qui une fois réunis auraient pu exprimer mes sentiments. Je savais que je n’aurais rien en retour mais j’ai quand même tenté ma chance. Je me suis sentie vulnérable ensuite et pourtant, j’ai continué à lui prononcer cette phrase en espérant qu’un jour je l’entende à mon tour. Sept « je t’aime » plus tard, ce jour était enfin arrivé. À un moment où je n’en rêvais plus, quand je ne l’attendais pas.  

-          Kanigui, tu as comblé un vide dans ma vie. Kanigui, lorsque je t’ai connu j’étais brisée mais tu m’as aidée à me reconstruire. Tu m’as apprise de nombreuses choses dont la plus importante est que j’ai de la valeur. J’ai appris à te connaitre et j’ai appris à t’apprécier. Il fut un jour où j’ai fini par lâcher un « je t’aime » difficilement audible et pourtant en provenance du plus profond de mes entrailles. Ce « je t’aime » des mois plus tard est demeuré sans échos et a fini par s’éteindre aussi silencieusement qu’il avait été prononcé. Je dirai que j’ai insisté tu diras que ce n’était pas assez. Je dirai que tu n’as pas essayé mais j’aurai encore tort comme à chaque fois que tu fais usage de ton talent d’orateur. Quand les choses doivent se faire difficilement ; quand une relation humaine nécessite que l’on fasse des efforts surhumains, alors il est temps de se poser les vraies questions. Kanigui, les choses que l’on met longtemps à croire sont celles qui font mal à croire. J’ai mis du temps à l’accepter. Mais j’ai fini par me faire une raison. J’ai fini par comprendre que même si je t’aimais, nous n’étions pas forcément faits l’un pour l’autre. Et aujourd’hui Kanigui, tu dis que tu m’aimes…

-          Je ne le dis pas seulement Chigata. Je le pense et le ressens dans chacune des fibres de mon corps. Ce n’est pas que de l’amour Chigata. Et ce n’est pas pour rien que tes parents t’ont ainsi nommée. Chigata tu es ma vie. Tu es mon rayon de soleil. J’ai mis du temps à m’en rendre compte mais Chigata tant qu’il y a la vie, l’amour est permis. 

-          Kanigui on dit plutôt que tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir. Mais aujourd’hui je ne te donnerai pas l’occasion d’étaler tes longs discours. Tu as eu l’occasion de me chanter ton amour mais tu as maintes fois fui l’engagement. Je t’ai aimé certes mais à présent mon cœur appartient à un autre. Tu te souviens de ces scènes de film que je trouvais tellement romantiques ? Ce moment où un certain amoureux venait déclarer sa flamme à l’élue de son cœur justement lorsque cette dernière s’apprêtait à épouser un autre devant l’autel ? Cet acte que je prenais à l’époque pour une preuve d’amour n’est que la manifestation d’une lâcheté qui tait son nom mais surtout d’un pur égoïsme.  Kanigui, tu as creusé un trou plus béant que le vide que tu avais comblé auparavant. Mais tu vois cet homme à mes côtés ? Celui que je m’apprête à épouser ? Il a utilisé cette anfractuosité pour installer les fondations de son château. Dorénavant c’est lui le roi de mon cœur alors je te prie de t’en aller afin que nous puissions continuer notre cérémonie. Monsieur le maire je vous prie de ne pas considérer cet incident. Personne ne s’oppose à ce mariage et quand bien même une armée entière d’opposants se présenterait, cette union sera scellée.

Je ne pris pas la peine de le voir quitter la salle de mariage de l’hôtel de ville. J’ai aimé Kanigui mais à présent ma vie c’est Namogo.


Sens des prénoms (senoufos) en français :

Chigata : Tant qu’il y a la vie.
Kanigui : Encore un autre, encore un autre garçon. Ce prénom se donne au 3e ou 4e garçon consécutif d’une mère.
Namogo : Le garçon a duré. Lorsqu’une femme ne met que des filles au monde, son premier garçon est ainsi nommé.



mercredi 21 janvier 2015

Cauchemars En Série !

Illustration par Tatou Dembele

Je me souvenais encore des alertes que lançait le curé de la paroisse Saint Marc cinq ans auparavant. « Faites attention à vos enfants et à vous-même. Ne passez pas par des endroits obscurs tous seuls, surtout les jeunes filles. Avec les fréquents enlèvements qu’il y a eu dernièrement, mieux vaut être prudent. » Et pourtant je me retrouvais à cette heure indue de la nuit dans une ruelle réputée pour avoir été le lieu de bon nombre de kidnappings. Je venais de terminer la messe anticipée du Samedi et c’est ce raccourci que j’avais décidé d’emprunter comme je le faisais depuis plus de trois ans. Maintes fois, mes amies m’avaient déconseillée ce chemin, mais à chacune de leurs plaintes, répondait un haussement d’épaules désinvolte. « Ne vous déplacez qu’en groupe lorsque vous devez rentrer chez vous les soirs, ne laissez pas vos enfants partir tous seuls à la boutique, même si elle se trouve à cinq mètres de la maison. » Tous ces conseils bien qu’utiles n’avaient pas empêché le drame de se produire…

L’homélie du prêtre avait porté sur l’amour du prochain et le pardon. Comme il y a de cela quelques années il nous a aussi invités à la prudence, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Lorsque j’empruntai une énième fois ce couloir, je ne m’attendais pas à tomber nez à nez avec cet homme qui tirait par la force Kitana, la fille de ma voisine. Une lueur macabre brillait dans ses yeux, perceptible malgré le mauvais éclairage du couloir. Il se fit de plus en plus menaçant à mon approche et resserra son étau autour du poignet de Kitana. Je me demandais ce qu’elle faisait dehors à cette heure, mais cette question laissa rapidement place à l’imminence du danger. Ce n’était même plus Kitana que j’apercevais. À travers cette scène, je voyais mon propre enfant luttant pour rester auprès des siens. Tout à coup les images se firent plus claires dans mon esprit. L’homme devant moi circulait beaucoup dans le quartier bien que n’y habitant pas. Il avait l’habitude de s’asseoir à l’aire de jeux où les enfants jouaient au football…

Je trainais depuis longtemps une sourde colère tenant compagnie à une tristesse sans nom. Cette tristesse qui me suivait telle mon ombre depuis le jour que j’ai perdu Donikan. Chaque nuit je revoyais son sourire, les fossettes qui creusaient joliment ce tendre visage trop tôt enlevé au cocon familial. Son petit corps frêle m’apparaissait, gesticulant dans le quartier, tapant dans un ballon de foot avec ses petits camarades. Puis comme un cauchemar surgissaient tous ces petits corps dénués du moindre souffle de vie, mutilés pour servir des desseins malsains. Pendant longtemps je me suis demandée si c’était des êtres humains qui commettaient de telles atrocités. Pour le pouvoir, la richesse, ils étaient nombreux à endeuiller des familles en leur arrachant ce qu’ils ont de plus précieux.

Malgré les cinq longues années qui s’étaient écoulées, j’avais l’impression de tout revivre à nouveau. Et pour cause, les élections approchaient, et des enfants ainsi que de nombreuses jeunes filles disparaissaient. - Il faut croire que la jeunesse et la gent féminine est beaucoup appréciée par les esprits malins qui se cachent derrière tous ces sacrifices humains.- À nouveau tout le monde était aux aguets, surtout chez le petit peuple. Les rumeurs disaient que c’étaient des autorités, des « grands types », qui étaient à l’origine de cette macabre chasse à l’homme car ils devaient consolider leurs positions après les élections. Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle race de prédateurs avait vu le jour depuis quelques années. 

Ils avaient commencé par arnaquer les Européens sur internet - soit disant pour se faire rembourser la dette coloniale-. Sans tenir compte de la mauvaise propagande qu’ils faisaient de leur pays, ils se sont ensuite attaqués à tout le monde y compris aux Africains - surement cette fois pour venger les esclaves vendus par leurs propres frères pendant la traite négrière- … Ceux que l’on appelle brouteurs faisaient donc partie de ceux dont on devait se méfier au risque de perdre un proche ou sa propre vie. Lorsque les pigeons se faisaient rares, ces bovidés amateurs de chair humaine détruisaient des vies sur les recommandations de leurs charlatans. Pour être riche dans certaines sphères, il fallait offrir des organes humains aux génies…

Lorsque je vis la lame du couteau briller dans le noir, ma main avait déjà saisi mon revolver et s’en était suivi un bruit sourd. L’homme était à terre, touché à l’épaule et avait lâché l’arme blanche. La petite avait crié avant de courir se mettre derrière moi. Il me regardait, se trainait, gémissait de douleur et me suppliait de le laisser vivre.

-          Je vous en prie, c’est la misère qui m’a conduit sur ce chemin. Je t’en prie je ne recommencerai plus. 

-          Écoutais-tu les supplications de cette fillette il y a de cela quelques minutes ? M’aurais tu épargnée la vie si tu en avais eu l’occasion ? Vous êtes tous pareils, des monstres qui ne méritez pas de vivre.

Je m’apprêtais à tirer lorsque j’aperçu au loin surplombant les habitations, un panneau publicitaire affichant « Alerte enfants en détresse appelez le 116. » À quelques encablures de là se trouvait également la gendarmerie d’un côté et le commissariat de police de l’autre. Le coup de feu aurait dû alerter quelques curieux dans les minutes suivantes. J’aurais pu attendre que la justice fasse son travail. Mais devant moi, se succédaient les différents cadavres d’enfants que j’avais du identifier à la recherche de mon fils. 

Face à ce criminel sous mes yeux, se superposait l’image du lit vide de Donikan. Le rêverais-je un jour ? Finirais-je par savoir ce qu’il est advenu de mon bien aimé ? Pourquoi ne devrais-je pas me faire justice ? Pourquoi ne pas lui faire payer pour les crimes qu’il a commis et qu’il commettra surement si jamais les forces de l’ordre ne font pas correctement leur travail ? Tandis que j’ajustais mon arme pour faire feu, des gouttes de pluie me tombèrent sur le visage…ou plutôt des perles de sueur après avoir encore fait le même cauchemar. Je me réveillai en sursaut. À mes côtés, dormait ce petit être fragile qui illumine mes journées. Je le serai dans mes bras en ayant une pensée pour ces familles endeuillées par des êtres sans vergogne...



jeudi 15 janvier 2015

Les Conseils d'Aleph


Pour mon premier article de 2015 j’aurais voulu écrire quelque chose de spécial. À la base je voulais traduire cet article mais j’avoue que ce n’est pas toujours évident de passer de l’anglais au français. Lorsque je suis inspirée à écrire dans une langue, je peine très souvent pour retranscrire les mêmes idées, sentiments dans l’autre. Mais je vais essayer et ça commence aujourd’hui avec cet autre article que j’ai écrit sur Ayelive.

Je vais donc vous parler de ce que j’ai retenu lorsque j’ai lu Aleph de Paulo Coelho. Comme je le disais à une amie, notre appréciation d’un livre est souvent influencée par ce que nous traversons dans notre vie lorsque nous le lisons. En effet, ce que nous avons vécus ou ce par quoi nous passons peut affecter la façon dont nous lisons, aimons et comprenons un livre. C’est le constat que j’ai effectué lorsque j’ai relu Aleph de Paulo Coelho. La première fois, ce roman m’a très vite ennuyé et est alors retourné rejoindre la pile des livres non-lus sur mon étagère. Bien que je ne le classe toujours pas parmi mes livres préférés, la deuxième tentative a été la bonne et m’a permise de retenir de grandes leçons que je voudrais partager avec vous.

1-     Nous sommes ce que nous désirons être.

Pour moi, la meilleure illustration de cette première leçon est la relation parent-enfant. Certains enfants sont prêts à reporter ou même abandonner leurs rêves au profit de la carrière professionnelle que leurs parents souhaitent pour eux. Finalement, bon nombre de personnes finissent par faire un travail qu’ils détestent et qui les rend malheureux. Ils passent alors leur temps à se plaindre du choix que leurs parents les auraient « forcés » à faire.  Paulo Coelho dit que « Nous ne sommes pas ce que les gens désirent que nous soyons. Nous sommes ce que nous désirons d’être. Culpabiliser les autres c’est toujours facile. Vous pouvez passer votre vie à rendre le monde coupable mais vos succès ou vos échecs sont de votre entière responsabilité. »

2-     Prenez des risques et faites ce que vous désirez

Il y aura toujours des gens pour médire de vous peu importe ce que vous faites. Même les grands messagers tels que Muhammad, Jésus et Moise (paix et bénédiction d’Allah sur eux) n’ont pas fait l’unanimité alors c’est évident que nous ne pouvons en aucun cas plaire à tout le monde. Étant des êtres humains, nous serons amenés à échouer dans certaines entreprises. Toutefois, il est important pour tous, d’appliquer ce conseil de Coelho. « Ne vous laissez pas intimider par l’opinion des autres, seule la médiocrité est infaillible, alors prenez des risques et faites ce que vous désirez. Cherchez des personnes qui n’ont pas peur de se tromper et, par conséquent, commettent des erreurs. C’est pourquoi leur travail n’est pas toujours reconnu. Mais ce sont des gens de ce genre qui transforment le monde et, après beaucoup d’erreurs, parviennent à réussir quelque chose qui fera toute la différence dans leur communauté. »

3-     Visitez votre âme, au lieu de visiter votre passé

Nous avons parfois cette mauvaise habitude de nous focaliser sur ce que nous aurions pu ou dû faire pour changer notre présent. Nous oublions or, devons savoir que le passé est passé et nous ne pouvons aucunement changer ce qui est arrivé. En fait c’est ce que je dis souvent lorsque je vois des amis se morfondre pour des mauvaises notes. Le plus important pour chacun d’entre nous doit être ce que nous pouvons faire aujourd’hui pour changer notre situation. L’auteur dit que «Il faut un grand effort pour se libérer de la mémoire mais quand vous y parvenez, vous commencez à découvrir que vous êtes plus capables que vous ne le pensez. Visitez votre âme, au lieu de visiter votre passé. »

4-     Vivre c’est faire des expériences

Dans Aleph - qui est définit par un point où l’univers tout entier est contenu -, le narrateur a passé de nombreuses années à observer et essayer de comprendre son environnement; à apprendre des théories sur la vie et la spiritualité. À un moment de sa vie, il s’est senti frustré, engagé dans une routine qui ne le menait nulle part. Alors que le doute commençait à s’installer quant  à la voie qu’il suivait, son maitre J. l’a convaincu d’expérimenter quelque chose de nouveau. Aleph relate le voyage de Paulo Coelho pour se redécouvrir. Ce voyage l’a conduit à parcourir 9288 kilomètres à bord du Transsibérien et par la même occasion à en apprendre plus sur lui-même et les autres. Tout comme moi la première fois que j’ai lu ce livre, certaines personnes le trouveront surement ennuyeux ou difficile à lire au début. Mais s’il n’y a qu’une seule chose que nous devions retenir d'Aleph, ce serait que « Vivre c’est expérimenter et non penser au sens de la vie. »