mercredi 6 février 2013

LA LAME DE MON DEPART


Dessin par Saraï D'Hologne
Continuer mon travail après tout ce que je venais d’apprendre aurait été difficile. J’ai eu la malchance de naître fille aînée car cela me destinait à suivre les traces de ma mère de gré ou de force. Arrachée au doux son de la voix du maître de CM1 j’ai pris la direction de la case du rituel. Je savais depuis fort longtemps quel était mon destin mais tout au fond de moi je gardais cet infime espoir de pouvoir déroger à mes obligations. J’aurais pu résister, me plaindre mais j’aurais alors affronté le regard de ma mère et cela aurait été trop dur à supporter. Malgré le fait que j’excellais à l’école, j’ai du laissé les bancs pour la natte de l’initiation. Pendant deux années, j’ai assisté ma mère à chaque séance afin de devenir moi aussi la meilleure exciseuse de la région. Tout était mis en place pour que moi Korotoum remplace dignement ma mère en tant qu’exciseuse de Tchontékaha. Cependant personne n’avait prévu que le magazine Amina tomberait entre mes mains tout comme personne ne savait non plus qu’on y traitait ce mois là des conséquences fâcheuses de l’excision. 

Au fur et à mesure que je parcourais les lignes de ce mensuel, ma colère grandissait car jamais mon initiatrice ne m’avait parlé des risques de l’excision. Je me contentais de soulever la lame et de la rabaisser sur ce tout petit morceau de chair et ma mission s’arrêtait une fois que l’ablation du clitoris avait été accomplie.  Certaines femmes plus âgées dans le village s’occupaient de soigner les jeunes filles excisées pendant deux semaines. Je n’avais plus aucune nouvelle de ces demoiselles, hormis celles qui étaient habitantes de Tchontékaha. Ce jour là après avoir lu cet Article du médecin Malimouna Kané, j’ai décidé de déposer ma lame. De mémoire d’homme, aucune exciseuse n’avait osé le faire mais moi je n’étais pas n’importe quelle exciseuse. Les exciseuses ne savent ni lire ni écrire alors que moi j’avais eu cette chance qui faisait de moi une excisée singulière. J’étais Korotoum l’exciseuse lettrée et je savais exactement où je mettais les pieds. Cette nuit là était la veille d’une cérémonie qui devait rassembler toutes les jeunes filles de la région en âge d’être excisées. Je devais jouer un rôle que je n’avais pas choisi alors j’ai décidé qu’ils me trouveraient bien une doublure pour l’occasion. Mon baluchon sur la tête, je déposai ma lame devant la case de maman et pris le chemin de la ville.

samedi 2 février 2013

Pourquoi j'écris par Grac'ee K. Coulibaly

Aujourd'hui l'article que je poste n'est pas de moi mais il traduit tellement bien ce que j'aurais voulu dire que j'ai préféré le poster ici. Un jour je me suis demandée pourquoi est-ce que j'écrivais. Des centaines de réponses me sont passées par la tête et je me suis dite qu'un jour j'en ferais un article pour que les non initiés à l'écriture puisse me comprendre un tant soi peu. Tout à fait par hasard, je suis tombée sur le blog d'une jeune fille de twitter et le premier article m'ayant plu j'ai décidé d'en lire d'autres. Grande fut ma surprise de voir l'article de mes pensées sur ce blog car oui c'est "MON ARTICLE". Bien entendu je le dis pour rire mais sur le champ j'ai été sous le choc car en plus d'avoir mis le même titre que l'article que je prévoyais d'écrire elle a aussi utilisé presque les même expressions. Coïncidence, destin? Je ne sais pas ce qui s'est passé mais j'ai été ravie de voir qu'une autre personne avait eu la même idée et les même sentiments que moi. Je vous laisse apprécier par vous même ce magnifique poème "POURQUOI J'ECRIS". Pour découvrir la source cliquez ici.


Certains s’expriment à travers des dessins, d’autres au travers de la danse, qu’importe du moment qu’on arrive à faire passer le message voulu.
MOI:
Quand je suis angoissée j’écris
Quand je suis en pleur j’écris
Quand je suis énervée  j’écris
Quand je suis en joie  j’écris
Quand j’ai peur j’écris
Je n’écris pas parce que je n’ai personne à qui parler
j’écris parce que sur une feuille ou un clavier je ne suis pas obligée de trouver les bons mots
j’écris parce qu’avec une feuille et un stylo j’arrive mieux à transcrire mes états d’âme au moment T
j’écris parce que nous sommes prisonniers de ce que nous disons mais MOI je suis maîtresse de mes écrits
J’écris parce que je suis libre de laisser subsister mes écrits ou de les faire disparaître
j’écris parce qu’il m’est difficile de croire que ce que je dis à une personne, cette dernière ne l’utilisera pas un jour contre moi
Si un jour tu veux vraiment savoir ce que je pense, lis ce que j’écris

mercredi 30 janvier 2013

SUPPORTER UN JOUR, SUPPORTER TOUJOURS


Au début on en riait et on trouvait cela très original mais aujourd’hui c’est devenu encombrant. Nous sommes tous supporters mais il ne faut pas friser le ridicule tout de même. C’est vrai que certaines personnes créent des fans clubs de soutien aux éléphants uniquement pour avoir des sous en poche mais au moins ces Clubs se font discrets. Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est ce nouveau club de MENDIANTS PATRIOTIQUES. 

Ils ont commencé par se présenter aux environs et à l’intérieur des stades pendant les matchs de notre équipe nationale. Considérés comme des mascottes, on les appréciait bien, et on leur donnait des petits jetons en passant. Puis lorsque les nombreuses compétitions sont terminées, certains n’ont pas déserté la place pour reprendre leurs activités, ils ont plutôt trouvé en cette activité peu glorieuse un nouveau métier. Supporter un jour supporter toujours mais dans le cœur, à ne pas confondre avec SUPPORTER UN JOUR SUPPORTER 365 JOURS/366 JOURS. Certes en Europe certaines gens en font leurs affaires mais nous sommes en Afrique et ici quand tu te mets en mode « immo » pour attendre de l’argent, quelqu’un comme mon frère se mettra lui aussi en mode « immo » et ce sera  le concours de celui qui durera le plus dans cette position.

On les reconnait facilement grâce à leurs corps «peinturés » en orange-blanc-vert, les couleurs nationales. Ils sont à tous les carrefours, devant les grandes et petites surfaces à leur poste telles des statues avec leur petite calebasse dans la main ou posée devant eux. Peut-être se sont-ils échappés d’un cirque mais il faudrait mieux pour eux qu’ils s’adaptent à la vie hors de leurs caravanes. Ici personne ne travaille pour personne. On pourrait encore donner de l’argent à des personnes infirmes où étant vraiment dans le besoin mais là encore... 
A la sortie de Sococé, il y a un homme qui marque toujours les esprits, un homme qui privé de ses membres exerce un art que plusieurs parmi nous autres dotés de toutes nos capacités physiques ne pouvons pratiquer. Alors que l’on m’explique pourquoi devrais-je donner mon argent à des individus qui ne font rien d’autres de leur journée que de se pavaner à tous les coins de rue en tant que peinture vivante ? 

La CAN a repris et ils seront d’autant plus nombreux que nous sommes arrivés en quart de final ; j’espère de tout cœur qu’ils videront notre ville une fois la finale achevée.
Qui sont-ils ? Où vont-ils ? Nul ne le sait mais en tout cas pour ma part mes cinq francs même ils ne vont pas gagner.

jeudi 3 janvier 2013

J'AIMERAIS BIEN MAIS...



Chaque fois que je regarde ma cousine j’ai envie de partir d’un fou rire mais je me retiens par peur de représailles car elle est tout de même mon aînée. Elle est belle mais elle s’affuble de tellement d’artifices qu’elle s’enlaidit. Faux cils, faux cheveux, faux ongles et depuis un certain temps elle s’essaie même aux produits censés augmenter le volume des seins et des fesses. Son beau teint noir laisse place de plus en plus à un teint d’une couleur indescriptible et digne d’un bon film d’horreur. Je n’ai que huit ans mais je suis sûr qu’elle fait tout cela pour plaire à des hommes; ce qui est bien dommage. Sa mère et son père semblent ne rien voir de son changement alors que celui-ci est tellement flagrant que même un aveugle s'en apercevrait.

« Allo ! Yves c’est le 31 on va où ?

-          Allo ! Mathieu, tu ne m’as toujours pas donné le programme de la fête hein, c’est comment ?

-          Jules tu veux me doubler cette année ?

-          Abel à quelle heure vas-tu m’appeler ?

Elle passe son répertoire au peigne fin mais apparemment aucun de ses prétendants ne daigne lui donner une réponse favorable pour ce 31 décembre. La dernière fois, j’ai lu dans un hebdomadaire que les hommes passaient les fêtes de fin d’années avec leur titulaire. Ma cousine est donc un pneu de secours pour tous ces hommes ? Elle passe tout son temps à essayer de se faire belle alors qu’elle l’est suffisamment au naturel, et tout ceci dans l’objectif dit-elle d’avoir un mari. Chaque 31 décembre c’est la même chose je la vois se maquiller, se vêtir de ses plus belles fringues, appeler tous ses gars pour finalement se démaquiller après avoir pleuré abondamment dans son lit.  J’ai de la peine pour elle, j’aimerais lui dire qu’elle se détruit avec tous ces produits et que tous ces hommes ne la méritent pas. J’aimerais bien lui dire qu’elle devrait se respecter afin que les autres la respectent également. J’aimerais bien lui dire qu’elle mérite mieux que cela mais je n’ai que huit ans alors je n’ai pas le droit de lui dire ce genre de choses. En Afrique il y a certaines choses que l’on ne dit pas aux aînés alors je la regarde et je prie pour qu’elle se reprenne en main.

lundi 31 décembre 2012

Bonne arrivée 2013


Bonjour mon ami j’espère que tu auras la force de supporter les épreuves dans ce pays là hein parce qu’ici les gens aiment les extrêmes. Les « à peu près » leur donne des boutons et ça je l’ai compris très tôt. Je ne me souviens plus exactement de tous les évènements qui se sont produits mais je vais essayer de te briefer un peu sur la situation. 

Tu connais leur équipe nationale de Football ? Je crois qu’on les appelle Les Eléphants. Eh bien ! Ils leur ont donné un sacré goumin en ma présence. Ils les ont longtemps fait espérer avant de leur donner un coup de massue au cœur avec la défaite à la finale; mais bon découragement n’est pas ivoirien alors bonne chance à toi car c’est pendant ton règne qu’il y aura la prochaine coupe d’Afrique des nations. Il y aussi eu l’affaire Davido, artiste d’un pays voisin qui a osé ne pas se présenter à son concert alors qu’il était tant attendu par ses fans ivoiriens mais bon passons. Tout récemment, les ivoiriens se sont essayés à Kora qui malheureusement je peux te dire a été un échec sans rentrer dans les détails.

Toutefois collègue 2013 ne te méprends pas hein, il y a aussi eu du positif sous mon règne. Malgré leur défaite à la CAN, les ivoiriens ont découvert qu’ils avaient un très bon gardien en la personne de Copa Barry qui n’a pas encaissé un seul but durant toute la compétition. Davido a bien fait le malin sur eux mais ils visaient plus loin car c’est la Star internationale Chris Brown qui a été accueillit récemment dans leur pays avec les beaux jumeaux du groupe P Square. Arafat DJ peu importe ce que je pense de sa musique a représenté le pays en recevant à la fois le prix du meilleur artiste masculin de l'Afrique de l'Ouest et celui de l'Afrique toute entière.

Niveau politique? Euh collègue pardon leur affaire bizarre là ne mettons pas notre bouche dedans ce qui est sûr moi 2012 j'ai fini mon temps hein donc mon travail est terminé. Bonne arrivée à toi et arme toi de courage face à cette Côte d'Ivoire pleine de rebondissements.

Ton ex-collègue 2012

vendredi 14 décembre 2012

Pensez-y

Hier soir je terminais enfin mon semestre de septembre et par conséquent je rentrais à la maison pour un repos bien mérité. J'habite Yopougon alors sur le chemin du retour avec mon grand frère, nous étions arrêtés au feu de bel air pour ceux qui connaissent. Je regardais les voitures alignées sur mon côté lorsque j'ai aperçu un jeune homme en kaki assis à la fenêtre du bus. J'ai pensé, "oh mais les élèves aiment le danger" et toutes sortes d'idées m'ont traversée l'esprit. Certaines personnes dans le bus tapaient des mains sur le bus à travers la fenêtres (J'espère que vous percevez l'image). Je me disais qu'ils essayaient de lui dire de rentrer et s'arrêter convenablement dans le bus mais ce n'est que quelque secondes plus tard que j'ai compris ce qui se passait.

Nos bus sont tellement remplis que les personnes aux maladies respiratoires devraient les éviter. Malheureusement, il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Nombreuses sont les personnes qui n'ont pas les moyens pour s'épargner cette souffrance quotidienne.

Dans le bus numéro 27 que j'ai aperçu hier, une jeune fille semblait piquer une crise d'asthme? d'épilepsie? Je ne saurais le dire mais en tout cas lorsque je l'ai vue elle n'était pas dans son état normal. Ce jeune homme à la vitre était tout simplement descendu pour que d'autres à l'intérieur la fassent sortir par la fenêtre et qu'elle puisse prendre de l'air. D'autres lycéens sont aussi descendus pour l'aider. Je ne sais pas si cette jeune fille est la soeur de l'un d'entre eux où même s'il la connaissent mais en tout cas ils ont su qu'ils devaient faire quelque chose parce qu'apparemment le chauffeur ne daignait pas ouvrir les portières. On traite souvent les jeunes dans le bus de tout et n'importe quoi, certes ce ne sont pas des anges mais sans l'aide de ces garçons, Dieu seul sait si cette petite aurait repris son souffle.

Agents de Sotra ayez pitié de vos clients, ce ne sont pas des bovins que vous transportez et même les animaux ont droits à du respect. Les autorités devraient sérieusement penser à cette histoire de bus, on en parle toujours mais à quand un changement réel? Pensez-y.

lundi 3 décembre 2012

La brebis


Il s'appelait Stéphane Guirou et nous nous sommes rencontrés grâce à twitter. Je le suivais, il m’a suivit en retour et tout est parti de là. Je me souviens que je le trouvais drôle et il disait que je faisais plus mature pour mon âge. Au début on ne se parlait que par tweets interposés, puis un jour nous sommes allés en DM.

Nous sommes par la suite devenus amis sur facebook. Il aimait mes photos et je commentais les siennes jusqu’au jour où je lui ai passé mon numéro de téléphone en inbox. J’ai tout de suite apprécié sa voix, suave et douce mais assez grave pour me faire fondre. Je savais déjà à quoi il ressemblait grâce à ses photos sur twitter et facebook. C’est vrai que les photos sont très retouchées maintenant avec les nombreux logiciels à notre disposition, mais un homme avec une voix pareille ne pouvait pas ressembler à king kong. Il y a quand même des exceptions mais je ne m’étais pas trompée sur son cas.

Un après midi il m’invita au château de glace à Angré pour qu’on puisse enfin se rencontrer. Il devait mesurer dans les 1 m 80, de teint clair, une dentition parfaite et portait une boucle à l’oreille gauche. Je n’aime pas ce genre de garçon avec cet ornement que je juge typiquement féminin mais bon, je ne le voyais pas autrement qu’en ami. Nous avons discuté de tout et de rien car à vrai dire je savais déjà presque tout sur lui à travers nos messages sur facebook. Il était féru d’informatique, de cinéma, mais était aussi un adepte des boîtes de nuit, maquis et autres plaisirs des jeunes de babi. Il s’intéressait à moi disait-il mais je ne suis pas attirée par les hommes avec ce petit côté voyou, notre amitié était largement suffisante pour moi.

J’aimais son côté rêveur, il ne se prenait pas vraiment au sérieux. Je le voyais comme une brebis égarée que je devais guider. Pas que j’étais une sorte de guide spirituel mais cela me désolait de le voir s’adonner à toutes sortes de vices allant de l’alcool à la drogue. Toutefois, il n’était pas le genre de drogués que l’on imagine, sales, qui sentent mauvais et se promènent dans les rues comme des zombies. Lui il ne se droguait que lorsqu’il était dans un show avec ses amis, car disait-il il suivait la tendance.
Je voyais bien qu’il finirait par sombrer totalement dans la perdition car, il ne partait plus que très rarement à ses cours d’informatique alors que sa mère désormais veuve se donnait tant de mal pour payer ses études.

Ce matin il m’a donnée rendez vous chez lui pour m’expliquer un problème. Ces temps-ci il me fait très souvent appel pour que je lui donne des conseils mais j’ai l’impression que tout ce que je lui dis rentre par une oreille et sort par l’autre. J’ai bien essayé de lui faire comprendre qu’il se détruisait dans ce monde plein de débauche mais il ne m’écoutait pas. Ce matin pendant qu’il me parlait de ses soucis avec sa mère qui n’en pouvait plus de le voir gâcher son avenir, la sonnerie de son téléphone portable retentit.

« Allo ! Oui Bosco, c’est comment ? Non non ne t’inquiète pas je serai là avec le colis comme promis. Oui oui à tout à l’heure.
- Encore dans tes magouilles ? Lui demandais-je. Quand est-ce que tu comprendras que l’école est la meilleure voie de réussite pour toi ? Et tu refuses toujours de me dire ce que tu fais de tes journées j’aimerais comprendre.

- Olivia tu aimes trop ça, toujours avec tes reproches. Je fais juste des petites affaires, ne te préoccupe pas de moi je sais ce que je fais.

- C’est toi qui m’a appelée ici je te signale, parce que je suis ton amie. Je ne peux pas te voir en train de faire des bêtises et le tolérer donc si cela ne te plaît pas désolé.

- Ne te fâche pas chérie. A propos tu pourrais m’accompagner chez mon pote vers 16h pour que je lui donne une commission ?

- Comme tu veux.

Nous avons passé la journée ensemble jusqu’à 15h30 lorsqu’il est rentré chercher un sachet noir dans la chambre pour qu’on se rende chez son ami Bosco. Sur le trajet il me paraissait silencieux, lui qui d’habitude aime raconter des blagues pas toujours marrantes mais qui détendent l’atmosphère. Je l’observais du coin de l’œil sans pouvoir prononcer le moindre mot. On se connait depuis plus de huit mois maintenant mais ces dernières semaines il me semble préoccuper mais refuse de me dire ce qui le tracasse.

Le taxi nous déposa devant un duplex à Marcory remblai. Je ne connaissais pas son ami mais je l’avais quand même accompagné. Dans la cour plusieurs jeunes s’adonnaient à différents jeux, des dames, aux scrabbles en passant aux cartes pendant que d’autres s’affairaient sur des ordinateurs portables.

« Phany 8000 giga, tu es enfin arrivé, viens le gars nous attend dans la chambre.

- Viens Olivia, suis-moi.

- Où tu m’emmènes encore toi là, ne me mets pas dans un de tes faux coups là hein !

- Non viens, je ne veux pas te laisser ici vu que ne connais personne.

La chambre où nous entrâmes était mal éclairée et dégageait une odeur nauséabonde, j’hésitais encore à entrer quand le fameux Bosco m’y poussa tout d’un coup.

- Bonsoir Ahouli, lança Bosco à un personnage que j’avais peine à identifier. Voilà mon ami avec sa brebis on peut tout régler maintenant.

- Brebis ? chuchotais-je à Stéphane qui semblait ne pas prêter attention à mes coups de pression sur sa main.

- Bon je vais t’expliquer dit-il de manière brute. De toutes les façons je ne peux plus reculer. Tu sais l'argent que je gaspille dans les boîtes de nuit, ça ne tombe pas du ciel, mais je ne suis pas un braqueur, ou un dealer. Je suis un brouteur et actuellement ça ne va pas très bien dans mes affaires. Avant je m’arrangeais, avec des sacrifices d’animaux mais là il me faut plus pour devenir riche.

- Qu’est ce que cela signifie ?

- J'ai besoin à présent d'un sacrifice humain et je vais t’offrir en holocauste car…..
Je n’entendais plus rien à ce qui suivit en voyant le couteau qui sortait du sachet noir, je crois que je suis tombée dans les pommes.

 Babi: Abidjan

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mercredi 21 novembre 2012

EN UN INSTANT



J’aurais bien aimé passer la journée d’hier avec mon petit ami Cédric ou mes potes mais ma famille m’a prise en otage de 6h à 22h. Maman m’a forcée à passer la matinée avec mon enquiquineuse de petite sœur. Ah Aurelia ! Je vous assure que j’ai parfois envie de l’échanger contre un paquet de chips au supermarché tellement elle est emmerdante. Elle passe tout son temps à rapporter mes moindres faits et gestes aux parents. Je me demande souvent si j’étais aussi agaçante à huit ans.


A midi mon grand frère m’a invitée à son domicile pour le déjeuner. Mon frère je l’aime beaucoup mais franchement depuis qu’il est marié, il est insupportable. Je dirais que son épouse le mène par le bout du nez, mais personne à part moi ne semble s’en préoccuper dans cette famille. Comme d’habitude, il a essayé de jouer le rôle du méchant aîné alors que dans sa période de célibat il était plutôt un ami, un confident pour moi. Lorsque je lui rappelle qu’il a changé, il me dit qu’il a juste mûri et qu’il espère que j’en fasse de même.


Vers 15h maman est passée me chercher chez Roland pour le salon de coiffure. C’était le moment le plus agréable de la journée jusqu’à ce qu’elle commence avec ses nombreux conseils. Elle me parle comme on le ferait avec une gamine : ne fais pas ci, ne fais pas ça. Je pars juste en France pour mes études, ce n’est pas la fin du monde. Maman a toujours été très attentionnée envers moi mais parfois elle fait trop sa mère poule. J’ai 19 ans, je sais ce qui est bien pour moi, et bien entendu ce qui ne l’est pas.


Papa quant à lui, on ne le voit jamais à la maison mais hier comme par enchantement il a décidé de décrocher un peu de son boulot et a passé une heure avec moi. Une heure durant laquelle il n’a pas cessé de me souler avec mes soi disant mauvaises habitudes. « Tu es trop paresseuse, et tu passes tout ton temps dehors. Mon ami a accepté de t’héberger chez lui alors ne pars pas me faire honte là bas ». A croire que je suis totalement inconsciente, et que je ne connais pas l’objectif de ce voyage. C’est vrai que j’ai en tête de m’amuser à fond à Paris mais je ne compte pas oublier ce pour quoi je m’y rends.


Ce matin lorsque l’avion a décollé je me suis sentie légère, et j’attendais déjà beaucoup de cette nouvelle aventure. Vivre loin de ses parents, quel adolescent n’en rêve pas ? En tout cas moi j’ai longtemps attendu ce jour où je partirais vers de nouveaux horizons. En parlant d’horizon, c’est fou comme en un instant  j’ai pu penser à cette dernière journée. 

Depuis quelques instants le pilote de l’avion a perdu le contrôle de l’engin. Je voulais découvrir de nouveaux horizons mais l’océan Atlantique est bien trop vaste pour ce que je désirais. Je voudrais tant revivre cette journée, des dizaines, des centaines et même des milliers de fois. J’aimerais que ma sœur et mon frère m’embêtent, que papa et maman me gavent de conseils. J’aimerais ne pas être dans cet avion qui à présent fonce dans cette étendue d’eau salée; j’aimerais prendre le temps d’apprécier ma vie de famille. J’aimerais juste ne pas revivre cette journée en un seul instant, mais pendant encore plusieurs années.

jeudi 8 novembre 2012

JE LE PERDS


Yann est parti ce matin avec toutes ses affaires. Après plusieurs avertissements, il a décidé de mettre sa menace à exécution. Il dit qu’il en a marre que je fouille dans ses affaires, que je contrôle toutes ses sorties, ses fréquentations. J’essaie de me faire à l’idée qu’il change mais c’est difficile. Dieu seul sait combien de sacrifices j’ai dû faire pour lui. J’ai été rejetée par ma famille, mes amis, j’ai arrêté l’école et que sais-je encore ? Non je ne peux pas accepter qu’il parte.


J’ai commencé à m’inquiéter en Janvier lorsqu’il est rentré à la maison avec quelques amis, exactement deux filles et trois garçons. Croyez-moi, n’importe qui aurait tiqué en voyant ces individus. Lorsque je lui ai parlé de ses fréquentations, il m’a répondu qu’il était assez grand pour faire le tri dans ses amis. Que pouvais-je répondre ? Je n’ai jamais su élever la voix face à lui. Pas par crainte de sa personne, non je n’ai jamais eu peur de lui. Si je ne le contredisais que très rarement c’est juste parce que j’avais peur de le frustrer, et de le perdre par la suite. Au final, tous mes efforts n’auront surement servis à rien.

J’ai cédé à plusieurs de ses caprices mais celui là en est de trop. Je ne m’inquiète pas pour les commérages du voisinage. Les gens critiqueront toujours que tu agisses bien ou mal, alors qu’ils attisent le feu si cela peut soulager leurs propres douleurs. Je ne me soucie même pas de ce que dira ma propre famille, personne n’a jamais été là pour moi alors leur venin ne m’atteindra pas. J’ai vécu seize ans toute seule avec Yann, alors qui pourrait me donner des leçons aujourd’hui sur mon attitude vis-à-vis de lui ?

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Karl m’a abandonnée lorsque j’ai contracté cette grossesse. Il savait très bien qu’il était le seul homme de ma vie mais il m’a quand même accusée d’infidélité. Maman avait donc raison, il ne faut pas avoir pleinement confiance en un homme. Karl était l’homme de ma vie mais il me démontra que je n’étais pas l’unique femme de la sienne. Toutes les belles paroles que je recevais ont disparu le jour même où il apprit mon état. Je le voyais s’éloigner lorsque je lui offris ce que j’avais de plus cher, ma virginité, mais j’essayais de me convaincre que ce n’était que passager. Sa réaction après l’annonce de ma grossesse mit fin à toutes mes illusions. Par sa faute, je fus rejetée par tous avec cette grossesse qualifiée de non-désirée.

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Ah que je l’aime, de tout mon cœur, de toute mon âme et de tout mon esprit. Pendant les neufs mois où il logeait en mon sein, je n’ai cessé de développer un amour fort et grand pour celui qui se prénomme aujourd’hui Yann. Etant toute seule pour m’occuper de lui et le voir grandir, j’ai tenté de lui apporter à la fois l’amour d’une mère, d’un père, d’une tante, d’une grand-mère, bref de tous les proches parents que l’on pourrait énoncer. A sa naissance je fus la femme la plus heureuse du monde. J’étais encore une petite fille en vrai, mais cet enfant m’a donné la chance de montrer au monde entier que j’étais une femme forte. J’ai tenu bon pendant seize longues années durant lesquelles je m’attelais à subvenir à tous ses caprices.

Ma principale inquiétude est de savoir où il logera, comment il subviendra à ses besoins, avec qui sera-t-il ? J’ai dans le cœur la même peine que toute mère aurait face au départ prématuré de son fils du cocon familial. J’aimerais bien le retenir, lui dire que j’accepterai toutes ses conditions pour qu’il reste mais c’est au dessus de mes forces. Je l’ai aimé plus que ma propre vie, et je pourrais donner ma vie pour lui mais que dirais-je à Dieu ? Aurais-je la force de me tenir devant mon Seigneur et reconnaître que je l'ai laissé agir comme bon lui semblait ? 

Vous me direz que c’est mon fils et que je dois l’accepter tel qu’il est mais désolé, tant qu’il vivra sous mon toit je ferai tout pour lui faire entendre raison. Il est parti pour je ne sais où, mais quand je le retrouverai, je vous promets que je mettrai tous les moyens à ma disposition pour que mon fils redevienne "normal". Toutefois que feriez-vous à ma place en découvrant que votre unique garçon est un homosexuel ?

jeudi 1 novembre 2012

MARIAGE DE REVE



Il était 2h du matin quand Martin se réveilla en sursaut suite à un cinquième cauchemar. Il était censé se marier dans quelques heures et avait besoin d’un repos réparateur pour toutes ses semaines d’intenses préparatifs. Sabrine, sa compagne depuis dix ans maintenant semblait dormir comme un bébé. Cinq fois qu’il faisait le même cauchemar, cinq fois qu’il se réveillait en sueur alors que Sab quant à elle continuait son idylle avec Morphée, ignorant les tracas de son conjoint.

Le mariage devait avoir lieu à 8h30 mais dès 7h, Martin était déjà en route pour la maison de Gérard son témoin. Il n’avait pas réussit à se rendormir et il n’avait pas envie d’expliquer ses angoisses à Sabrine alors quitter la maison de bonne heure lui avait semblé être une meilleure idée. Ce mariage se devait d’être parfait, vu tous les efforts qu’il avait fournit pour son organisation.       
                                                
Tous ces tracas pour se plier aux exigences de sa dulcinée. Ah ces femmes ! Toujours à vouloir faire mieux que leurs amies. Il n’était pas question qu’un mariage fut plus beau que le leur, il ne pouvait pas se le permettre. Que ne ferait-il pas pour la combler ? Il avait tenu à ce mariage malgré l’opposition de tous les membres de sa famille hormis son cousin Gérard. Certains de ses amis étaient également contre cette union mais il n'en avait cure.

Gérard est considéré comme le raté de la famille car son faible niveau d’études lui a fermé les portes à la réussite sociale. Divorcé avec deux enfants à sa charge, il est obligé de quémander auprès de ses frères et cousins pour la survie de sa progéniture. S’il était à même d’assurer sa pitance quotidienne, il se serait sans doute opposer à ce mariage comme toute la famille, mais il avait besoin de l’argent que lui donnait Martin chaque fin du mois.

Chez son cousin et témoin, les pensées de Martin s’envolèrent vers la future épouse. Il aimerait bien la voir une dernière fois avant qu’ils ne se disent oui mais les superstitieux disent que cela porte malheur. Martin n’en avait que faire de toutes ces superstitions mais, sa future épouse, elle y croyait fermement alors il s’y pliait aussi. Ce mariage lui avait coûté la peau des fesses mais tout ça serait bientôt derrière eux. Il avait suffisamment patienté pour lui offrir le mariage de ses rêves et il avait hâte que tout se termine.

A 8h, Martin était déjà à l’hôtel de ville du plateau dans la plus belle Mercedes garée sur le parking de l’établissement. Trente minutes plus tard la mariée était aussi présente mais avec les retards habituels, la cérémonie commença trente minutes plus tard. Le bla bla quotidien du maire, les plaisanteries souvent déplacées, puis le moment du consentement mutuel arriva.

« Monsieur Koné Martin, voulez vous prendre pour épouse mademoiselle Kané Fabienne ?»

Il avait attendu plus de deux ans pour qu’on lui pose cette question. Il avait passé deux ans à économiser pour offrir à sa collègue le mariage dont elle rêvait, afin qu’elle puisse enfin avoir la preuve de son amour pour elle. C’est vrai qu’il ferait du mal à Sabrine mais elle s’en remettrait bien un jour ou l’autre. C’était le jour de son jour, et rien ne pouvait l’empêcher de consacrer ces années de dur labeur. Enfin, il avait tout prévu sauf ça.

« Papa c’est vraiment toi qui te maries ?» La voix de Stéphanie, sa fille avait retentit dans la salle. 

Les regards se tournaient à la fois vers le père et les deux enfants âgés de dix et sept ans. Stéphanie et son frère Ange avaient appris par leurs amis que leur père se mariait aujourd’hui. Ils n’y croyaient pas mais un carton d’anniversaire apporté à l’école par Joel les avait convaincus. En tenue d’école, ils s’étaient échappés des cours pour voir de leurs propres yeux, leur père se lier à une autre femme. Leur mère n’était pas là, elle n’était pas au courant de ce qui se tramait dans son dos. 
Martin pouvait se retourner et dire « OUI » comme il l’avait si bien préparé mais pousserait-il l’ignominie jusqu’à dire « Oui » en tournant le dos à ses enfants en pleurs ?

Le rêve ou plutôt le cauchemar se termine à chaque fois sur ce dilemme. Pour la sixième fois, Martin se réveille avec la même anxiété. Doit-il épouser Fabienne, ou revenir à la raison et rester avec la femme couchée auprès de lui, qui a partagé sa galère pendant sept années et lui a donné deux magnifiques enfants ?