lundi 9 mai 2016

Lettre à mon futur époux...


Dear future husband,

J'ai le regret de t’annoncer que je ne sais pas cuisiner. Oh contrairement à Emile, je fais plein de tours dans ma cuisine. D’ailleurs quelques fois je reçois des compliments sur mes plats. Mais la plupart du temps, je n’aime pas cuisiner pour les autres. La raison est simple. Etant donné que je n’ai pas la créativité culinaire de Loic Dablé, je préfère que mon ventre soit l’unique cobaye de mes expériences. Alors oui je sais confectionner quelques plats. Moi-même j’aime manger, c’est un art dans ma famille. Quelques fois, je ne m’en sort pas mal au fourneau. J’aime cuisiner mais pas tout le temps. J’appréhende un peu notre union parce qu’à ce qu’il parait je devrais cuisiner tous les jours pour mon époux. Quand j’étais petite, mes frères disaient que tu me renverrais chez mes parents parce que je ne saurais pas faire la cuisine. J’avoue que chaque fois que maman était au fourneau, je regardais Disney Channel ou lisais un livre. 
Google aidant, j’ai été la première étonnée une fois à l’étranger, de découvrir que je pouvais me nourrir. Si on peut appeler ça nourriture… 




Il parait que pour garder un homme, il faut satisfaire son ventre et son bas ventre. Je ne vois par contre pas beaucoup de choses sur comment satisfaire une femme. Ouh la ! Avant de me dire que je suis une féministe comme si c’était une injure, je te rappelle que Justin Trudeau s’est qualifié de féministe aussi. Mais je m’éloigne du sujet. Pour certains, les cadeaux et les compliments sont les meilleurs alliés des femmes. Côté cadeaux, je ne dirai pas non à quelques livres ou à des Lys blancs. Les compliments également sont les bienvenus. Mais j’ai malheureusement eu deux ex petits amis et demi et ils étaient plutôt avares en compliments et en cadeaux. Mais vrai vrai la, ce n’est pas pour ça que je les ai gbra. Je digresse encore désolée. 


Je ne sais pas encore ce qui pourra me satisfaire mais j’espère qu’on le découvrira ensemble. Une chose est sûre, il y aura bien plus que des compliments et des cadeaux. J’aurai besoin de ton cerveau et de ta compréhension. Je ne sais pas pour toutes les femmes, mais je sais que certaines n’aiment pas préparer. D’autres comme moi ne sont pas des tops chefs mais peuvent s’en sortir quelques fois. Lorsque ça n’ira pas, dans la cuisine comme ailleurs, on ne tweetera pas. On s’assiéra à deux. On discutera. Chacun commentera ce qu’il like ou pas. On trouvera des compromis et on continuera de s’aimer. Pour toi, je ferai des efforts. Si je ne sais pas cuisiner un plat que tu aimes, tu ne te plaindras pas chez tes amis. Tu essaieras d’être romantique. Tu m’apprendras à le cuisiner, si toi-même tu sais le faire. Dans le cas contraire si mes quelques essais en solo s’avèrent tous infructueux, on pourra dîner chez Saakan. Et puis quelques fois, parce que je serai tout simplement fatiguée par le boulot, ou juste un brin paresseuse, je commanderai sur HelloFood

Admire mon art :) 

J’ai des amis qui débattent beaucoup du rôle de la femme dans le mariage. Je préfère ne pas trop m’y pencher. Ce que X fait dans son mariage ne regarde que lui. Avant le nôtre, nous déterminerons ce que nous aimons, et ce que nous n’aimons pas. Pour les talents il faut que tu saches. Je ne sais pas dessiner et je ne sais pas chanter. Peu importe ce que mes amies diront, je ne me débrouille pas mal en danse *lève les yeux au ciel*. Je t’ai donné un avant-gout de ce qu’il en sera pour la cuisine. Si tu aimes toi-même cuisiner, je t’en aimerai davantage. Sinon, tu comprendras que parfois j’ai la flemme. Bien sûr comme je le disais tantôt, on discutera beaucoup avant de se marier. Chaque problème, on managera. Si après cette longue lettre, tu acceptes de lier le sort de ton ventre à mes talents de cuisinière, ce sera à tes risques et périls. 


Faim.

mardi 12 avril 2016

L’inconnue...


Elle le regarde. Il sourit. En fait ce n’est pas un sourire. Ça ressemble plus à une sorte de rictus qui déforme ses lèvres. C’est le même que sur toutes ses photos. Au début, elle a cru qu’elles avaient été prises au mauvais moment. Elle comprend maintenant qu’il ne sait pas sourire. Elle se demande s’il a eu une maladie qui l’en empêche. Ca ne doit pas être si difficile que ça. Elle, sourit tout le temps. Surtout grâce à lui. Alors comment se fait-il que lui-même ne sourit jamais ?

Lui se demande pourquoi est-ce qu’elle le fixe autant. Il est presque sûr de ne l’avoir jamais rencontrée. Contrairement à ce que son médecin pense, il se souvient de tous les visages. Chaque mot, chaque sourire qu’on lui offre. C’est bien la seule raison pour laquelle il continue de faire son travail. Pour les sourires, les larmes, les mots. Il est bien content que ses maux servent à quelque chose. Plusieurs fois il a voulu arrêter mais c’est pour des gens comme elle qu’il continue d’écrire.

- Vous ne souriez jamais ?

Sa question le surprend. En 10 ans de carrière, c’est bien la première fois qu’une lectrice veut savoir quelque chose qui n’a rien à voir avec ses personnages. Il hésite. Il ne sait pas s’il doit lui donner l’une de ses réponses préparées à l’ avance. Oh, mais il n’en a jamais préparé pour cette question. Pourquoi est-ce qu’il ne sourit pas ? Lui-même ne le sait pas. Il y a très longtemps qu’il a oublié ce qu’est un sourire. Tout comme les larmes. Il a du mal à ressentir certaines émotions depuis quelques années. En vrai il fait en sorte de les coucher sur papier, chaque fois qu’elles essaient de le happer. Alors doit-il lui dire cela ? Il en doute.

- Hum

Elle continue de le fixer en attendant qu’il rajoute quelque chose à son hum. Mais il semble ne pas vouloir en dire plus. Il est plus petit qu’elle ne l’imaginait. Ils sont tous deux assis mais elle sent bien qu’elle est plus grande que lui. Peut-être qu’il est intimidé. Mais ce n’est pas possible. C’est plutôt à elle de l’être. Il a la tête baissée et caresse son stylo. Elle se demande si elle doit reposer sa question. Avant qu’elle ne se décide à ouvrir la bouche il pose ses yeux sur elle.

- Pourquoi me regardez-vous avec autant d’insistance ?

Sa question la déroute. Elle plonge ses yeux dans les siens et s’y perd. Ils sont cachés derrière une grosse paire de lunettes. Mais elle a l’impression d’y lire une histoire qu’il n’a pas encore écrite. Elle déglutit, ramène une mèche rebelle derrière son oreille et sourit.

- Il parait qu’on est tous des poussières d’étoiles… Mais moi, je vois plus souvent la poussière que les étoiles. Alors je les cherche, systématiquement, obstinément, désespérément… dans les yeux, ceux qu’on dit être le miroir de l’âme.

Elle lâche les mots sans s’en rendre compte. Elle n’avait pas prévu de se dévoiler. Elle voulait juste le voir. Lui parler en vrai, briser l’écran. Elle se dit qu’elle n’aurait jamais dû le surprendre ainsi. Elle se lève. Il la regarde. Il la reconnait. Ou plutôt, il reconnait ses propres mots. Ceux qu’il a partagés avec une inconnue, un soir sur Facebook. C’était bien avant d’être célèbre. Bien avant que son compte disparaisse, et elle avec. Sans laisser de traces. Il l’avait cherchée en vain alors il avait écrit. Comment avait-il pu oublier son visage ? Oh c’est vrai qu’avant elle avait les cheveux courts. Et son teint était noir. Il la regarde se lever. Il se demande ce qui lui est arrivée. Mais il ne la retient pas. Et elle s’en va. Le suivant s’assoit et lui présente tout sourire, un livre à dédicacer.

jeudi 24 mars 2016

Addict and Proud!


J’avoue que j’ai toujours voulu répondre à un tag sur mon blog. Alors merci à Ayyahh pour la nomination au prix de l’addict lecture. C’est surement une bonne addiction…

Quel auteur aimerais-tu faire revenir à la vie ?
J’aimerais bien deux tête à tête avec Amadou Hampâté Bâ et Chinua Achebe. Avoir des ateliers d’écriture, de vie, d’histoire…

Une couverture de livre que tu ne te lasseras jamais de regarder ?
Franchement, aucune ne me vient à l’esprit. Je suis plus attirée par les titres que les couvertures. Par contre je reconnaitrais la couverture de « Les erreurs de Maman » de Jocellin Kalla entre mille. Vu que c’est mon first love, on va dire que c’est ça…

Quelle héroïne (préciser le livre) aimerais-tu incarner et pourquoi ?
Une combinaison de Kainene dans Half of a yellow sun, et Elizabeth Bennet dans Pride and Prejudice. J’aurais une mixture de sarcasme, repartie, pudeur, défiance, intelligence, culture, caractère…. Surtout au cas où vous ne l’auriez pas noté sarcasme...

De quel livre ne pourras-tu jamais te séparer, même pour un prêt ?
Aucun. La plupart du temps une fois que j’ai fini de lire un livre j’y retourne rarement. Et encore, des années plus tard. Le problème c’est le prêter et ne jamais le revoir, ce qui m’est arrivée je ne sais plus combien de fois. Mais depuis quelque temps j’ai décidé de prêter quand même, histoire de permettre à tout le monde de vivre la magie. Mais je doute pouvoir prêter mes livres de Chimamanda Ngozi Adichie même si actuellement ils se trouvent loin et sans ma surveillance... :(

Le genre de romans que tu ne liras jamais ?
"Il ne faut jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau." Mais je pense que j’éviterai des œuvres comme 50 Shades of Grey et je ne lirai surement pas Revenge Porn.


Alors pour continuer ce jeu que j’aime bien, je demanderai à ces passionnés de lecture de me faire le plaisir de répondre à ces questions :)

Missivory Bams https://serialfoodie.wordpress.com/
Ndèye Fatou Kane https://cequejaidanslatete.wordpress.com/
Manuella Wonseu https://leblogdewonseu.wordpress.com/
Stephane Agnini http://mcagnini.com/
Sakina Traoré http://knoham.blogspot.com/2016/03/choisissez-bien-les-membres-de-votre.html

lundi 21 mars 2016

Voyage dans l'antiquité avec Séléné




J'aime voyager. J'aurais aimé étudier la médecine. Je suis férue de lecture et j'affectionne les belles histoires d'amour. Le coefficient permettant de connecter ces "variables" ? Une belle plume trempée dans du suspense. Et c'est là qu'intervient Barbara Wood.

Nous sommes des siècles en arrière. Des soldats romains sont à la poursuite d'un jeune homme et de sa femme à terme. A peine donne t'elle naissance au deuxième jumeau que les soldats font irruption dans leur cachette et s'emparent d'elle et de son premier-né, laissant son époux agonisant dans une mare de sang. Méra, l'accoucheuse-guérisseuse entre-temps réussi à s'abriter loin des regards avec Séléné, le deuxième bébé. L'enfant devient sa chair et sa raison de vivre. Elle lui enseigne tout ce qu'elle sait de la médecine et fait d'elle son assistante, sa compagne, sa fille. Séléné n’a d'autre ambition que de suivre les traces de sa mère jusqu’à ce qu’elle s’éprenne d'un éphèbe Romain. Son monde ne tourne plus qu'autour de lui, et de ses aptitudes médicales et chirurgicales exceptionnelles. Séléné envisage de fusionner le savoir traditionnel de sa mère à celui plus moderne d'Andréas diplômé de l'école de Médecine Romaine. Ses plans sont avortés lorsque sa mère réalise l'ampleur de son attachement à ce "hérétique"; mais surtout lorsque vient le temps pour Séléné d'accomplir sa destinée…

Le père biologique de Séléné, un descendant de Jules-César, dans son dernier souffle laissa à Méra une rose d'ivoire qui contenait les indices pouvant aider Séléné à retrouver ses origines et à accomplir son destin. L'oracle a été clair, il faut partir avant la tombée de la nuit. Se dressant durement contre les pleurs et les supplications de sa fille, Méra l'entraîne aux abords de la ville où une caravane doit les amener à Palmyre. La jeune fille s'échappe un instant afin d'aviser Andréas et le supplier de la rejoindre. Misère et calamité ! Andréas serait absent, et le mot qu'elle lui écrit ne lui parviendra jamais. Un cœur jaloux et amoureux s'est chargé de le mettre en morceaux.


Dans le désert qui doit les mener à Palmyre, Méra se confie enfin à Séléné. Elle lui raconte la terrible nuit de sa naissance, son frère jumeau disparu, et la mission encore inconnue qu'elle doit accomplir. Les indices sont dans le pendentif en rose d'ivoire. Méra s'essouffle, agonise, et comble du malheur, apprend que Séléné a échangé son pendentif contre l'œil D'Horus d'Andréas dans la caverne de Daphné. Sous la pleine lune, après maintes recommandations et surtout l'ordre pour Séléné de retourner à Antioche récupérer le fameux pendentif, Méra rend son dernier souffle dans les bras et les gémissements de son enfant.


Retourner à Antioche ? Revoir Andréas et lui expliquer le but de cette disparition soudaine ? Séléné n'en aura pas le temps. Aux aurores, la caravane est attaquée par les soldats de Magna, à la recherche de jeunes vierges pour la guérison du Roi. Sans mère, sans repères, Séléné est capturée et emmenée avec une centaine de jeunes filles dans les cachots du Palais. Sa pharmacie est retrouvée par Kazlah, le médecin en chef du Palais qui use et abuse de son pouvoir pour en déceler les secrets. Son savoir prodigieux lui permet de sauver l'œil de la Reine et la vie du Prince. Elle passe alors de prisonnière et potentiel remède à la maladie du Roi à guérisseuse personnelle de la Reine et sa cour, au grand désarroi du médecin présomptueux.

La jeune femme sauve in-extremis la vie de Wulf, prisonnier germain lors d'une opération chirurgicale barbare initiée par Kazlah afin de le rendre muet à l'instar de centaines d'esclaves. S'engage alors une amitié intense entre les deux captifs. C'est ensemble qu'ils s'enfuient de Magna laissant la reine dans une colère démesurée.

Sur les routes contrôlées de Magna, dans le désert brûlant de Babylone, les deux fugitifs se soutiennent et prennent soin l'un de l'autre. A bout de force sur les montagnes de la Perse, sous la lumière de la lune et dans un abri de fortune, ils cèdent calmement à la passion qu'ils ont l'un pour l'autre depuis les années que dure leur périple. Mais il est temps de se séparer. Wulf et Séléné le savent, ils doivent désormais faire cavaliers solitaires. Elle, afin d'accomplir sa destinée et retrouver Andréas. Lui, pour venger son peuple du massacre perpétré par les romains et enfin retrouver sa femme et son fils. Séléné le laisse partir en gardant secret le fait qu'elle attend un enfant de lui.

Accumulant et bonifiant ses connaissances médicales au cours de ses voyages, rencontrant joies et malheurs, fatigues et harassement, la jeune femme n'a nullement l'intention de se sédentariser en un lieu précis tant que la mission reste inaccomplie. Sa fille Ulrica dans les bras, Séléné continue son périple sillonnant villes et pays, traversant mers et montagnes, dans des sentiers tortueux dont elle ignore totalement l'issue.

Quelle est cette destinée si particulière qu'elle doit accomplir ? Dans quelle contrée connaîtra-t-elle enfin le repos ? Résistera t'elle aux machinations des Hommes et aux intrigues de la société Romaine ? Retrouvera t'elle Hélios le jumeau disparu ? Et par-dessus tout, retrouvera t'elle celui qui habite continument ses pensées ?

Ces questions m'ont triturée tout au long de la lecture. Je voyageais avec Séléné. Je découvrais les vertus de la potion d'Hécate, les traitements de la cataracte à l'aide d'une aiguille, les premières salles d'hospitalisation. La médecine d'aujourd'hui est un mélange savant de connaissances d'horizons divers, et je me suis mordue les lèvres de ne pas faire partie de ces chanceux étudiants en médecine. Dans les yeux de Séléné, j'ai lu la force d'un amour patient et résigné ; et les mots de l'auteur m'ont tenue en haleine jusqu'à la dernière ligne.

Envie d'une aventure romantique au temps des gladiateurs tous frais payés ? Prenez immédiatement votre ticket !

M.Z.

Maeva et moi échangeons régulièrement les comptes rendus des œuvres que nous lisons. J’ai décidé de vous en faire profiter également :)

mardi 15 mars 2016

Au rythme des vagues




Elle ne s’y attendait pas. Comme tous les lâches de son espèce il l’a prise par derrière. Ni ses cris de désespoirs, ni ses larmes ne l’ont empêché d’assouvir son dessein malsain. Elle ne lui avait rien fait. Il s’en foutait. Elle ne voulait que s’échapper du train-train du quotidien. Il a décidé de lui imposer un jour de deuil. Son objectif était d’implanter sa marque dans ses souvenirs. Laisser une empreinte sanglante afin que demeure à jamais la terreur de le voir apparaitre à nouveau. Elle a saigné et continue de pleurer. Pourtant derrière le voile de ses larmes, elle sait que son sourire luira. Il l’a faite s’agenouiller dans la douleur mais c’est resplendissante qu’elle se lèvera. Elle n’a pas fini de chanter ses hymnes de gloire. Sa joie de vivre n’est pas de celle que l’on éteint d’un coup de feu. Elle a connu pire et a toujours su se relever. Certes les cicatrices demeureront. Mais les marques qu’il a laissées lui rappelleront que sa valeur ne saurait être assombrie par quelques assoiffés de sang. Pour ceux-là, il aurait mieux valu qu’ils ne soient pas nés. Pour elle, demain sera plus beau et elle continuera de danser au rythme des vagues.


Sacha Light 

En pensant à Bassam 13 Mars 2016...

lundi 7 mars 2016

De l'air !




Les portes s’apprêtent à se refermer et cinq boutons sont illuminés. 7e, 8e, 13e, 17e et 20e. J’habite au 17e étage d’un immeuble dont la renommée n’a d’égale que le prix exorbitant du loyer. Juste avant la fermeture, un homme a le temps de s’incruster. Nous sommes 6 dans l’ascenseur. De l’air ! De l’air ! Il ne m’a pas fallu plus d’une minute pour sentir la crise pointer à l’horizon. Je ne suis pas claustrophobe. Je n’ai pas peur du noir non plus. Ni du chinois ou du blanc. Du moins plus depuis une bonne dizaine d’années. A part l’envie de me faire vomir mon déjeuner, les ascenseurs ne représentent pas une menace pour moi. Pourtant c’est bien dans l’un de ces engins que je me trouve tandis que mes poumons ont du mal à s’emplir d’oxygène. Je suffoque. Mes narines s’ouvrent grandement pour jouer leur rôle, mais mon cerveau transmet un message contraire. Intérieurement je hurle, mais je n’ai pas envie de me faire remarquer. Sans les voir, je sens que mes yeux rétrécissent et virent progressivement au rouge. J’ai l’impression que la chinoise du 8e s’est aperçue de ma souffrance. Elle me fixe, fronce les sourcils, remue la tête, puis ramène ses yeux sur son smartphone. Oh bien sûr ! J’ai envie de lui hurler que ma vie est plus importante que la dernière apparition de Lady Gaga sur le tapis rouge. Mais je n’arrive même pas à ouvrir la bouche. C’est comme si mon être tout entier s’est mis sur pause. Je n’ai pas mon bronchodilatateur sur moi. Je pique si rarement des crises que je n’ai pas le réflexe de l’emporter partout. Je sens les larmes monter. Une violente nausée s’ajoute à mes malheurs. J’ai intérêt à ne pas vomir sur le beau costume du banquier du 20e. C’est la deuxième fois que je le rencontre. Il ne doit pas être méchant, malgré sa mine serrée. Cheveux impeccablement peignés, imbibés du gel le plus cher qu’il a pu trouver au supermarché. Déjà que je ne lui ai pas dit bonsoir, je ferais mieux de ne pas déverser mon sandwich au thon de ce midi sur lui. Il a l’air si sérieux, il devrait sortir des chiffres de temps en temps. Mais j’ai d’autres choses plus importantes à gérer… Comme ma crise d’asthme dont l’alerte est désormais maximale. La crise ! La crise ! Maman m’a dit de ne pas utiliser de pronom possessif comme si la maladie était mienne. Cling ! L’ascenseur s’ouvre sur le 7e et le dernier à être monté est le premier à en descendre. Dieu merci ! Deux étages de plus à passer avec lui et on m’aurait transportée aux urgences. Impossible de déterminer s’il est plus accro à la nicotine, à la marijuana ou aux alcools bon marché. Ça devrait être interdit de puer autant !

mercredi 2 mars 2016

Gauz et ses trois livres préférés...



« Bon troisième question, c’est quoi tes trois livres préférés ?

Il se cale plus confortablement sur son matelas. Et sans me regarder lance. « C’est débile comme question. C’est quoi l’intérêt ? » *tchia un coup comme ça*

« Je vais te dire tout simplement. Ça vient du fait qu’on est dans une société, où on a besoin d’hiérarchiser les choses. Et ça c’est horrible. On n’est pas obligé de classifier par hiérarchie en disant celui-là est le plus fort. Celui-là, c’est le 2e plus fort. Et l’autre là, c’est le 3e plus fort. Ça n’a aucun sens en réalité. Parce que ce qui est important, c’est le groupe. Ce qui est important, c’est le fait que je trouve des livres qui me plaisent. Pas le livre qui me plait le plus. Tu vois ? Ce qui serait dramatique, c’est que je ne trouve pas de livres qui me plaisent. Dans notre société d’aujourd’hui, il faut absolument qu’il y ait un premier de classe… Par contre imagine ce que la vie serait si on disait « écoutez les amis, vous êtes au cp1 A, cp1 B de EPP de Kounayiri. L’objectif à la fin de l’année c’est que tout le monde passe au cp2. Il n’y a pas de premier, il n’y a pas de dernier. À la fin de l’année le plus important est ce que vous avez appris, solidairement, tous ensemble. » Tu verras qu’avec un tel esprit, le maitre ne fera que la moitié du boulot. Tout le monde va se sentir responsable.

Dans ma tête je me dis « Ahi ! A cause de livres préférés ? » Mais il n’en a pas fini.


 « Non mais regarde, jusqu’à aujourd’hui encore, il y a des vieux à la fonction publique, hum…Quand tu vois comment les gens leur parlent au nom du titre de « chef »… Tu sais, ils font des bêtises hein les vieux là, mais parce qu’on n’a pas eu l’habitude de les mettre dans des responsabilités collectives. Tu vois ? La dernière fois je suis parti voir un de mes gars et il était en train de punir un vieux chef magasinier. Il m’explique que le vieux est payé 3 fois plus que les autres à cause de son ancienneté mais chaque fois c’est lui qui fout la merde et tout ça. Je lui ai dit mais, c’est que jamais il ne s’est senti valorisé en tant que membre d’une communauté.»

Toujours dans ma tête « Tchiii, affaire de livres là est arrivée là-bas ? » Puisqu’il n’entend pas ma voix dans ma tête, et que de toutes les façons ça ne compterait pas, il continue.



« Moi je suis pour la responsabilité collective. Ce qui doit être bien, c’est qu’il existe une bonne littérature collectivement. On est tout le temps en train de classer, hiérarchiser... Si le gars a acheté une Toyota Corolla, il n’est pas content d’avoir une Toyota Corolla parce que son voisin a une Land Cruiser. Alors qu’au fond, tu es bien avec ta Toyota Corolla, si tu dois aller à Bouaké avec tu y vas. Imagine comment le monde serait, si on ne cherchait pas à toujours hiérarchiser. Quelle que soit la taille de ton cul, tu ne peux jamais conduire deux Mercedes à la fois. À un moment donné il faut apprendre à se contenter de ce qu’on a…»

« Hum ça c’est vrai deh ! » me dis-je à moi-même pour ne pas changer. Et il enchaine.

 « C’est ça qui pousse les gens à aller toujours dans l’inflation. Avoir encore plus et toujours plus parce que justement on a besoin d’un premier, d’un 2e, d’un 3e… Sur Facebook ils sont nombreux à prôner qu’il faut être des vainqueurs. Tu sais ce que ça veut dire « soyez des vainqueurs » ? Ça veut dire qu’il faut marcher sur la gueule des autres. Si tu n’y arrives pas c’est parce que tu n’es pas suffisamment déterminé. Moi je peux vous dire avec certitude qu’un enfant de Bramacoté n’a pas les mêmes chances que mon fils. Zéro chance. C’est comme si on le mettait sur un peloton d’exécution. Il n’a pas accès à l’eau potable, il n’a pas accès à la culture, il n’a pas accès à l’école…donc qu’est-ce qu’il va faire ? Et lorsqu’un réussit dans le lot on dit « regardez ! Vous autres, vous les deux cent mille gars de Bramacoté là vous n’avez pas réussi alors que lui il a réussi ! » Les gens qui réussissent sont de mauvais exemples parce qu’ils dégagent le reste de la société de la responsabilité collective, du fait qu’il y a des injustices criardes. Et ça c’est lié au fait que l’on classe les choses. On dit « Vous êtes dans le ghetto là-bas ! Lui il a sorti son doigt du cul et il a réussi ! Vous, ça implique que vous êtes des paresseux, que vous ne comprenez rien. » Alors qu’en vrai les gars n’ont aucune chance quoi !»

Je me dis toujours qu’il a raison. Son discours est même très intéressant, même si j’attends toujours des titres de livres. Et finalement je pense qu’il m’a entendu.


« C’est typiquement le modèle américain que les gens sont en train de nous proposer. Henri Ford pour moi, c’est le type même du mauvais exemple. On dit non il est parti d’en bas et il a réussi. Donc pour un seul Henri Ford, combien de millions de personnes qui restent sur le côté ? Je ne vais donc pas te dire quels sont mes trois meilleurs livres. Mais je t’ai parlé de Allah n’est pas obligé, La vie devant soi, Peaux noires et masques blancs, Les soleils des indépendances… Ce sont des chefs d’œuvres, il y en a plein chaque jour, il y a des gens qui pondent des chefs d’œuvre mais le problème c’est ceux qui hiérarchisent. Je peux te citer des dizaines de chefs d’œuvres mais je ne peux pas faire de hiérarchie. Je me refuse à faire des hiérarchies. D’accord ?

- D’accord.

Je ne suis pas d’accord hein mais je vais faire comment ? Bon vu que découragement n’est pas ivoirien, j’ai ramené le sujet quelques semaines plus tard. « Je dis oh ! J’ai retranscrit une partie de l’interview mais je veux revenir sur la question des livres préférés. Je t’ai demandé de citer trois livres préférés mais tu as répondu comme si je t’ai demandé les trois meilleurs livres au monde. Au final, il ne s’agissait pas de classement mais de préférence. Tu ne penses pas qu’il y a une différence entre les deux ? »

Et enfin Gauz m’a répondu :


Hum ça n’a pas été facile deh !


Kounayiri : un village dans la sous-préfecture de Mankono, Cote d’Ivoire
Bramacoté : bidonville à Abidjan

lundi 15 février 2016

Me before you, Lire avant le film

J’ai joyeusement pleuré en lisant ce roman. Je ne l’ai pas encore mentionné, mais j’aime les livres et films qui me font chialer. J’ai découvert Me before You en voyant le trailer du film qui sortira en février. C’est connu qu’un livre est toujours meilleur que sa version cinématographique. Je me suis donc dit que si le trailer arrivait autant à m’émouvoir, le livre devait être magnifique. Je ne me suis pas trompée.


Me Before You (Avant toi) est une romance dramatique (ou un drame romantique). Jojo Moyes met en scène des personnages avec différents challenges physiques et émotionnels. Louisa Clark est issue d’une famille de classe moyenne. Elle vit avec ses parents, son grand père, sa sœur et son neveu, dans une petite ville de l’Angleterre. Elle mène une vie presque banale jusqu’à ce qu’elle perde son travail de serveuse dans un café de la ville. Elle a besoin de trouver rapidement un emploi parce que sa famille dépend énormément de son salaire. Après plusieurs recherches, elle décroche un contrat de 6 mois pour prendre soin de William Traynor, un beau jeune homme devenu tétraplégique deux ans plutôt. Avant son accident, William était un amoureux de la vie, des voyages, des aventures et un homme d’affaires redoutable. Paralysé et souffrant de douleurs quotidiennes, il n’a plus envie de vivre et se ferme à tout le monde. L’arrivée de Louisa, maladroite et sans grande ambition, apporte un rayon de soleil dans sa vie. Et alors qu’elle arrive enfin à se rapprocher de Will, Louisa apprend qu’il mettra fin à sa vie au terme des six mois de son contrat. Il avait déjà tenté de se suicider auparavant et sa mère craint qu’il essaie à nouveau. Louisa découvre donc que son travail consiste à éviter qu’il tente quoi que ce soit avant le jour prévu. Dans quelques mois, les Traynor conduiront leur fils à Dignitas, un institut suisse spécialisé en suicide assisté. Louisa rend sa démission et n’accepte de retourner travailler qu’à une seule condition. Elle obtient carte libre de la part de Madame Traynor pour organiser toutes sortes d’activités pour influencer la décision de William. Semaines après semaines, William et Louisa partagent quelque chose d’incroyable. Il l’aide à affronter ses peurs et souvenirs et l’encourage à élargir ses horizons. De son côté, Louisa permet à William d’aimer à nouveau et d’être aimé en retour. Seulement les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre seront-ils suffisants pour que William accepte de vivre ? 



Jojo Moyes soulève le débat du droit à la mort. On a beau être respectueux de la vie, religieux et anti-suicide, ce livre génère beaucoup de doutes. Après La vie devant soi, Me before You remet en question – encore une fois - ma position sur l’euthanasie ou le suicide assisté. On a beau critiquer, seul celui qui vit son mal sait ce qu’il ressent. Dans le cas de William j’ai compris à quel point ça pouvait être difficile pour un homme de nature indépendant et ambitieux, d’être prisonnier dans un corps invalide et incapable de faire ses propres choix. Evidemment dans d’autres conditions j’aurais été catégorique dans ma prise de position. Seulement, les histoires ne sont pas les mêmes, et les raisons qui poussent certains à mettre un terme à leur vie doivent être prises en compte. Je n’imagine même pas ce que doit être la souffrance des proches d’une personne qui souffre sans qu’ils puissent l’apaiser. Encore moins combien cela est difficile pour des parents ou un amoureux d’accompagner l’être aimé à Dignitas. Est-ce que j’aurais fait pareil à la place de William ou de ses proches ? Je préfère ne même pas y penser… J’espère sincèrement que vous lirai Me before you et en serez autant ému que moi.

lundi 8 février 2016

L’élégance du hérisson ou l'intelligence et le raffinement sous couverture


J’ai eu du mal à lâcher ce livre avant la fin alors que bien des passages m’ennuyaient. En repensant aux droits des lecteurs, j’ai sauté quelques paragraphes sans le moindre remord, tout en continuant d’apprécier le délice servit par Muriel Barbery. Quel est donc ce livre qui ennuie et excite à la fois celle qui le parcoure ? Eh bien, il s’agit de L’élégance du hérisson. 



Barbery donne voix à deux personnages séparés aussi bien par leur âge que leur statut social. Toutefois, les deux heroines ont plusieurs points communs dont l’intelligence. Renée a 54 ans, et est concierge dans l’immeuble où vit Paloma qui elle, est âgée de 12 ans. Renée est pauvre et se d
écrit comme étant petite, laide et grassouillette. Elle met de l’ardeur à entretenir auprès des autres, l’image de la concierge ignare qui passe son temps devant la télé. Pourtant dans sa loge de concierge, le loisir favori de Renée est de lire des ouvrages d’histoire, de philosophie, de psychanalyse, de sociologie, de littérature, d’économie politique, etc. – Ce sont d’ailleurs ses réflexions d’intello sur certains ouvrages qui m’ont ennuyée. – Renée est plus intelligente que la plupart de ses employeurs alors que tous ne voient d’elle qu’une vieille veuve, juste bonne à faire les commissions. Paloma quant à elle, est une surdouée qui se contente de passer pour une jeune fille douée. Elle va même jusqu’à étudier l’attitude de la 2e de sa classe, pour savoir comment se comporter en jeune fille assez intelligente pour rafler le premier rang sans toutefois être un génie. Selon Paloma, contrairement à ce que l’on veut faire croire aux plus jeunes, la vie d’adulte est dénuée de sens. Elle a donc décidé de se suicider le jour de ses 13 ans après avoir mis le feu à l’appartement de ses riches parents. En attendant le jour fatal, elle tient deux journaux : l’un contient des réflexions profondes qui lui traversent l’esprit, tandis que l’autre décrit des mouvements spéciaux qu’elle observe dans le monde. Elle espère découvrir dans l’observation de son environnement, quelque chose qui lui prouvera que la vie vaut la peine d’être vécue. 

La vie suit son cours normal, jusqu’à ce que Kakuro Ozu, un riche japonais, emménage au 4e étage du 7 rue de Grenelle où vivent Paloma et Renée. Les deux femmes sont fans de la culture japonaise et se lient d’amitié avec le nouvel habitant. Outre sa seule et meilleure amie Manuela, Kakuro Ozu est la première personne à découvrir que Renée n’est pas la concierge ordinaire qu’elle prétend être. Sans grande peine, il arrive à la faire sortir de cette couverture sous laquelle elle a passé toute sa vie. Dans le même temps, Paloma et Renée se rendent compte qu’elles sont des âmes sœurs...Toutes les deux sont des êtres intelligents et cultivés qui se cachent de leur entourage… Et alors qu’elle trouve en Kakuro et Paloma de nouvelles amitiés, Renée découvre presqu’en même temps ce que signifie vivre et mourir...





En lisant ce livre, j’ai eu envie de découvrir la culture japonaise, de lire des mangas et de regarder des films de Yasujiro Ozu… Ce livre vous fera passer du bon temps parce que les personnages nous font voir des choses qui nous entourent sans qu’on ne les remarque. C’est un livre qui critique notre société qui juge les hommes selon des classes sociales sans prendre la peine de les connaitre. Grâce à  Paloma et Renée, on se rend compte de certaines habitudes - pas forcement bonnes - qui nous collent à la peau. Ce besoin de toujours avoir plus qu’il n’en faut, la peur du manque, le désir de nous reconnaitre en l’autre et de rejeter ceux que l’on trouve différents, notre manie de juger l’autre par son apparence… Renée et Paloma, ont le genre d’intelligence qui donne envie d’écouter son détenteur. Alors pourquoi se cachent-elles au lieu de permettre au monde de les voir telles qu’elles sont ? Paloma mettra-t-elle son suicide à exécution pour fuir le bocal à poissons que représente pour elle la vie des adultes? Le monde verra-t-il enfin que Renée a l’élégance du hérisson, bardée de piquants à l’extérieur, mais raffinée à l’intérieur ? C’est ce que vous découvrirez en lisant L’élégance du hérisson.

mardi 2 février 2016

Le collier de paille ou les amours interdites d'une citadine


Je crois bien que j’ai un faible pour la plume des Sénégalais. Après La grève des battu, L’appel des arènes, Le malheur de vivre, Maimouna, et Le ventre de l’atlantique, j’en remets une couche avec Le collier de paille que j’ai pratiquement dévoré. Si vous aimez les romances, mais pas forcément dans le genre Harlequin ou Adoras, c’est encore un livre que je vous recommande à l’instar de La porte étroite et de Orgueil et préjugés. Découvrez mon compte-rendu sur la page Rythmes d’Afrique, Racines.