mardi 1 octobre 2013

MÉLANCOLIQUE ANONYME


Cher Gnanm,

Bonsoir j’ai 21 ans et je suis mélancolique. Je sais que tu connais déjà toute l’histoire mais j’aimerais bien revenir sur certains souvenirs que j’ai ressassés alors que j’étais censé suivre mon cours de droit.

A 16 ans, j’ai souffert d’une maladie assez grave qui m’a fait sombrer dans le coma une semaine durant. D’après ce que j’ai appris à mon réveil, maman à dû prendre des congés pour rester à mes côtés tout le temps. Nous avons toujours été très proches car je suis le dernier de ses trois enfants aussi, je pense qu’elle souffrait beaucoup de me voir dans cet état. Lorsque je suis revenu à moi elle m’a aidé à récupérer, s’assurant que je prenais tout le temps mes médicaments. Un mois plus tard grâce au suivi et aux attentions de maman je reprenais ma vie normale d’ado.

Septembre 2008 alors que je suis en voyage avec mes frères, papa nous demande de rentrer d’urgence parce que maman est hospitalisée. Nous sommes rentrés sur le champ et le lendemain nous sommes allés la visiter à la polyclinique des 2 plateaux. De toute ma vie, je n’ai jamais autant prié qu’en cette période. 
Depuis plus de dix ans que maman était diabétique, c’était la première fois que son cas était alarmant; je ne savais plus à quel saint me vouer.

Papa ne me laissait pas la voir dans son état craignant que je n’arrive pas à le supporter. J’avais pourtant tellement envie de la voir, de lui dire que je l’aime. Je n’avais jamais autant eu peur, je repensais à la dernière fois que je l’ai vu en bonne santé, la dernière fois qu’on s’est parlé et je maudissais cette dispute qu’on avait eue. J’aurais dû baisser le ton ce jour là, j’aurais dû lui dire que j’étais désolé avant d’effectuer ce voyage, j’aurais dû, j’aurais dû, malheureusement je n’ai pas pu. Elle a passé un mois dans le coma, un mois pendant lequel je me disais qu’elle avait pris ma place sur ce lit d’hôpital, un mois pendant lequel je demandais à Dieu de me laisser la chance de profiter à nouveau de ma maman.

Samedi 04 Octobre 2008, je suis rentré du parc pour découvrir une atmosphère lourde à la maison. Ma grande sœur s’enfermait dans la chambre, mon frère aux Etats Unis appelait mais refusait de me parler, ma cousine était venue passer la nuit avec ma sœur, bref je sentais que quelque chose clochait. Le dimanche alors qu’on se rendait à l’Eglise en famille comme d’habitude, papa me parla sur un ton qui se voulait serein.

- Aimar, tu es grand maintenant, je sais que c’est difficile mais tu dois faire avec…
Je devais faire avec ? J’étais confus, je refusais de croire qu’il parlait de ma maman, il ne pouvait pas s’agir de l’être que j’aimais le plus au monde, elle ne pouvait pas être partie.

- Qu’est ce qui se passe ?

Ma sœur éclata en sanglots à l’arrière de la voiture, papa m’a dit cette phrase qui résonne encore dans ma tête chaque fois que je pense à elle « Maman nous a quitté »

C’était donc vrai, elle était partie là d’où personne ne revient, ce lieu dont tout le monde parle mais dont on envoie jamais de carte postale. Sur le coup on ne réalise pas ce qui se passe, je n’admettais pas que je ne la reverrais plus jamais, que mon dernier souvenir avec elle serait une stupide dispute. Il m’a fallut 5 min, le temps de passer en revue toutes les images d’elle que j’avais, et l’adage un garçon ne pleure pas a été démenti. Le plus courageux du monde n’aurait pu refouler ses larmes qui coulaient le long de mes joues, je venais de perdre un trésor inestimable.

Avec du recul, on comprend que la présence d’une mère est la chose la plus importante qui soit, et son absence crée un fossé quasiment impossible à combler. La douleur d’un orphelin est toujours grande, mais de savoir que nous nous sommes disputés la dernière fois que je l’ai vue en vie, amplifie la mienne de douleur. Avec des si on refait le monde, malgré des si ma maman ne serait surement toujours plus là, pourtant avec des si j’aurais pu lui dire que je ne pensais pas ce que j’ai dis ce jour là. La mort est certes un passage obligé pour tout le monde mais lorsque celle qui nous a donné la vie la perd sans qu’on ait le temps de lui dire qu’on l’aime on se demande à quoi cela sert de vivre.

Cinq années sont passées, j’ai eu le temps de comprendre que maman ne reviendrait plus mais de tout là haut j’espère qu’elle sait combien je regrette et que je l’aime. Bon Dieu, par cette missive que tu as surement déjà lu avant que je ne la conçoive, je te demande de prendre soin de ma maman chérie là où elle se trouve et de la protéger comme j’aurais tant voulu le faire.

Aimar un mélancolique anonyme sur une page blanche en ce 28 février 2013.

Dessiné par Saraï d'Hologne

























*Gnanm : Dieu en Adjoukrou