mardi 1 octobre 2013

ANITA


Dessiné par Saraï D'Hologne
 Anita ne comprenait pas ce qui lui arrivait ses derniers temps et ne savait plus à quel saint se vouer. Les seuls confidents qu’elle avait étaient sa mère et Jessy sa meilleure amie, mais elle ne se sentait pas capable de leur expliquer ce qui la tracassait depuis un moment. Qui pourrait comprendre ses angoisses lorsque ce qu’elle ressentait était sujet aux critiques de la société ? Elle avait pourtant essayé de refouler ses sentiments mais rien n’y fit car elle demeurait éperdument amoureuse de Charles. Charles cet Apollon aussi sexy que dangereux tel Daemon Salvatore avait su trouver le chemin qui menait à son cœur pourtant fermé à toute tentative masculine avant lui. Depuis plus de 5 ans que son ex fiancé lui avait brisé le cœur, aucun homme jusque là n’avait réussit à la faire tomber sous son charme mais Charles avait quelque chose de mystérieux et ce petit côté énigmatique qu’on n’arrivait pas à capturer la fascinait.

*****

Le jour de l’anniversaire d’Anita était enfin arrivé mais loin d’être ravie elle craignait de se retrouver encore une fois face aux yeux perçants de Charles. Ah ses yeux ! Lorsqu’ils vous fixaient vous aviez l’impression qu’ils pourraient découvrir vos secrets les plus enfouis, du premier coup d’œil sur la copie d’un voisin jusqu’à la tâche de naissance au bas du dos que personne ne pouvait voir. Peut être avait-il compris qu’il envoûtait les gens du regard car en général il vous fixait toujours droit dans les yeux lorsqu’il voulait obtenir quelque chose de vous.

-          Allo ! bonjour ma chérie et joyeux anniversaire.

-          Bonjour Jessy merci beaucoup.

-          J’espère que je suis la première à t’appeler.

-          Regarde ta montre, il est 00h01 qui d’autre aurait pu m’appeler avant cette heure ?

-          Ah oui oui c’est vrai bon je te laisse te rendormir ma puce, on se retrouve dans quelques heures pour les courses de la fête.

Anita avait eu du mal à se rendormir après l’appel de son amie, et entreprit de lire un roman de la collection Adoras « La Sirène Africaine ». Plus elle parcourait ce roman, et plus sa peine croissait. On aurait dit que l’auteur avait été inspiré par son histoire tant les similitudes étaient nombreuses entre l’histoire de l’héroïne et la sienne. Elle ne jouait cependant pas le rôle de la gentille mais plutôt celle à qui l'on attribue les adjectifs les plus péjoratifs. Pendant trois heures de temps elle dévora littéralement l’œuvre avant de se rendormir le cœur plein de tristesse.

*****

Les emplettes terminées, Anita et Jessy se rendirent dans un salon de coiffure pour l’occasion. Les salons de coiffures sont considérés comme le bistrot des femmes. Deux inconnues y partagent leurs joies, peines, succès et échecs sans même savoir si leur interlocutrice est journaliste pour un magazine de potins. On s’y livre sans tabous ou presque et encore plus facilement que chez un prêtre. Comme à l’accoutumée les deux amies s’installèrent sur des sièges voisins et écoutèrent la discussion du jour avant d’y ajouter leur grain de sel. Ariane l’une des apprenties du salon racontait le « taper dos » que venait de lui faire l’une de ses amies.

-          Hum femme ? Femme ? Femme est mauvaise deh ! s’écria Jessy à la fin de l’histoire.

-          Ma sœur faut dire ça fort encore, renchérit Ariane.

-          Elle riait avec toi hein, te consolait quand tu avais des problèmes avec ton gars, djaaa elle le guettait mal  mal.

-         C’est ça oh, aujourd’hui elle et lui ne peuvent plus me regarder dans les yeux tellement qu’ils ont honte; mais moi je laisse pour moi à Dieu, un jour ils le paieront très cher.

La conversation était intéressante pour tout le monde sauf Anita car le sentiment de culpabilité qu’elle avait depuis peu venait de grimper. Elle aussi pourrait faire un « taper dos » à sa meilleure amie alors qu’elle ne l’a jamais souhaité. Si elle avait rencontré Charles avant Jessy elle serait sûrement en couple avec lui mais le destin en a voulu autrement. Ces filles sont en train de critiquer une jeune fille qui n’a pas demandé à tomber amoureuse, mais qui est juste victime du satané Cupidon et de ses flèches empoisonnées. C’est vrai que le bon sens exige qu’on ne tombe pas amoureuse de l’homme de sa meilleure amie mais pourquoi est ce que ce bon sens ne le rend pas laid à nos yeux ? Pourquoi est ce que le bon sens n’agit que sur notre conscience au lieu de tuer nos sentiments dès la racine? Anita n’a jamais été une mauvaise fille, elle n’avait jamais envisagé ne serait-ce qu’une seule fois de sortir avec le fiancé de Jessy mais la réalité était qu’elle ne pouvait s’empêcher de l’aimer.

-          Annie qu’est ce qu’il y a ? D’habitude tu es la première à insulter les voleuses de gars mais aujourd’hui tu n’as pas émis le moindre son depuis notre arrivée.

-          De récents évènements m’ont permis de comprendre qu’il ne faut pas juger les gens sans savoir ce qu’ils ressentent.

-          De quoi parles-tu ? Quelque soit les sentiments d’une personne elle n’a en aucun cas le droit de sortir avec l’ex de son amie a plus forte raison son copain du moment. J’appelle cela de la sorcellerie.

-          Que dirais-tu si la personne luttait contre ses sentiments, souffrait en silence sans jamais déclarer sa flamme à l’être aimé mais qu’elle continuait à rire avec son amie?

-          C’est aussi de la sorcellerie, elle ne devrait même pas poser son regard sur l’homme de son amie, elle devrait l’éviter comme la peste. Les sentiments n’ont pas lieu d’être dès l’instant où il est engagé avec sa meilleure amie.

    
Dessiné par Saraï D'Hologne
-          Jessy suis-je donc une sorcière parce que j’aime ton fiancé depuis plus de six mois? Suis-je mauvaise parce que je te conseille à chaque fois de lui pardonner ses erreurs alors qu’intérieurement j’aimerais que tu le laisses tomber ? Dis moi donc ma chère amie si j’ai fais exprès de tomber amoureuse de l’homme de ma meilleure amie.