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samedi 24 octobre 2015

Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas




J’avais entendu tellement d’éloges sur ce roman que je me suis finalement décidée à le lire. Tout le monde doit et peut lire ce chef d’œuvre puisqu'il est écrit dans un registre familier. Mieux, pour faciliter la compréhension à tous et ainsi élargir son audience, le narrateur explique certains mots et expressions à l’aide de ses quatre dictionnaires.

« Pour raconter ma vie de merde, de bordel de vie dans un parler approximatif, un français passable, pour ne pas mélanger les pédales dans les gros mots, je possède quatre dictionnaires. Primo le dictionnaire Larousse et le Petit Robert, secundo l’inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire et tertio le dictionnaire Harrap’s. Ces dictionnaires me servent à chercher les gros mots, à vérifier les gros mots et surtout à les expliquer. Il faut expliquer parce que mon blablabla est à lire par toute sorte de gens : des toubabs (toubab signifie blanc) colons, des noirs indigènes sauvages d’Afrique et des francophones de tout gabarit (gabarit signifie genre). Le Larousse et le Petit Robert me permettent de chercher, de vérifier et d’expliquer les gros mots du français de France aux noirs nègres indigènes d’Afrique. L’Inventaire des particularités lexicales du français d’Afrique explique les gros mots africains aux toubabs français de France. Le dictionnaire Harrap’s explique les gros mots pidgin à tout francophone qui ne comprend rien de rien au pidgin. »

Dix ou douze ans ? L’âge du personnage principal n’est surement pas ce qui est le plus important, et encore moins son niveau d’étude. Dans ce récit simple, accentué de jurons lancés à tout-va, nous sommes introduits dans un monde de violence ; une violence tellement absurde qu’on la croirait inventée. Et pourtant…



Birahima n’a pas sa langue dans la poche et ça dès le début de l’histoire on le remarque. C’est « un enfant insolent, sans peur ni reproche » mais surtout c’est un enfant-soldat. Orphelin de père et de mère, Birahima voit son éducation confiée à sa tante Mahan. Seulement voilà, un incident conduit cette dernière à s’enfuir au Liberia en laissant son neveu dans son village Togobala. Appâté par des histories mirobolantes sur les enfants soldats du Liberia, Birahima s’embarque dans un voyage périlleux aux côtés de Yacouba, un marabout multiplicateur de billets de banque. Dans son parcours de small-soldier, Birahima découvre, vit, et nous raconte par la même occasion les différentes guerres tribales au Liberia et en Sierra Leone.

« Quand on dit qu’il y a guerre tribale dans un pays, ça signifie que des bandits de grand chemin se sont partagés le pays. Ils se sont partagés la richesse ; ils se sont partagés le territoire ; ils se sont partagés les hommes. Ils se sont partagés tout et tout et le monde entier les laisse faire. Tout le monde les laisse tuer librement les innocents, les enfants et les femmes. Et ce n’est pas tout ! Le plus marrant, chacun défend avec l’énergie du désespoir son gain et, en même temps, chacun veut agrandir son domaine. »




C’est un véritable cours d’histoire que Kourouma nous administre avec Allah n’est pas obligé. J’ai beaucoup appris sur les crises chez les pays voisins, ainsi que le rôle des presqu’inutiles communautés internationale et régionale. On se rend compte dans cette histoire qu’il en faut peut pour que des vies soient gâchées. La soif de pouvoir, la cupidité…pour un trône on sacrifie des milliers de vies humaines en toute impunité. Mais malgré la gravité de la situation, il y a toujours ces anecdotes, ces expressions qui vous font sourire…

Kourouma est sans nul doute un maitre de la parole. Avec la version électronique, je pouvais suivre les aventures de Birahima partout - tant que mon ordinateur ou mon téléphone me le permettait-. Résultat, en 4 jours j’ai traversé la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone en faisant quelques haltes en C
ôte d’Ivoire. À travers l’histoire de Birahima, c’est l’attitude et la responsabilité de tout le monde qui est remise en question. Bien que les faits se déroulent en Afrique occidentale, cela rappelle que chaque jour des innocents sont tués dans le monde sous le silence coupable de la «communauté internationale». L’Afrique pullule et a de tout temps été infestée par les dictateurs, mais à quand le changement ? Kourouma n’est malheureusement plus de ce monde mais les crises qui ont secoué le continent dernièrement auraient surement fait tressaillir sa plume. 

Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas. Et je ne suis pas obligée de vous raconter tout ce qui se passe dans ce livre :p Je vous invite juste à vous dépêcher de le lire !

samedi 28 février 2015

Ma Leçon du Vendredi 27/02/2015

Illustration par Sarai d'Hologne


Le jeudi dernier je plaisantais avec une amie et je lui ai dit que j’avais hâte qu’elle fasse son enfant. Elle a répondu : « je vais faire enfant et puis demain il va prendre sa large bouche pour me désobéir ? » On en a rigolé puis changé de sujet.

Étrangement le vendredi suivant, le sermon de l’imam a porté sur le devoir des enfants envers leurs parents. J’avoue que l’enseignement m’a fait l’effet d’une gifle. Ce n’était pas des choses que j’apprenais pour la première fois mais c’était surtout que je me rendais compte à quel point j’ai du chemin à faire dans l’application de ma religion.

C’est connu que c’est plus facile de condamner les actes des autres plutôt que de voir ses propres erreurs. Aussi, je suis souvent outrée de voir des jeunes mais surtout des Africains tweeter « mon papa m’agace, ma maman m’énerve… » Les valeurs africaines exigent le respect envers les ainés alors que dire du respect envers nos parents. Malheureusement nos valeurs sont aujourd’hui délaissées au profit de ce que nous voyons dans les nombreuses téléréalités occidentales. Moi aussi comme beaucoup, je me plains souvent de mes parents. Alors imaginez comment je me suis sentie ce vendredi lorsque l’imam disait que nous n’avons pas le droit d’élever la voix sur nos parents. Nous ne devons même pas marmonner dans notre barbe en signe de désapprobation de ce que nous disent nos géniteurs. Bien sûr nous le savons tous, mais combien d’entre nous le mette en pratique ? 

Chaque fois que je demande quelque chose à mon père ou que je le taquine il me dit « Quand je serai vieux et que je viendrai te rendre visite, c’est pour dire le vieux croûton là est arrivé ici encore. » À chaque fois je lui réponds que je ne pourrai jamais agir ainsi. Et pourtant nous manquons tellement de patience envers nos parents. D’ailleurs pendant le sermon, je me suis souvenue avec tristesse que j’étais irritée de devoir à plusieurs reprises expliquer à maman comment utiliser les fonctions de son nouveau téléphone. J’étais vraiment très loin de la gratitude envers les parents qu’Allah exige de ses serviteurs.

Il y a un nombre important de sourates et de hadiths dans lesquels nous sommes exhortés à être respectueux et bons envers nos parents et je me propose d’en partager quelques-uns tout en vous invitant à découvrir les autres.

« Et ton Seigneur a décrété : « N’adorez que lui ; et (marquez) de la bonté envers les  père et mère : si l’un d’eux ou tous les deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point : « Fi !» et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. Et par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité, et dis : Ô mon Seigneur, fais leur à tous deux, miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit. » »  (Coran. Sourate 17 – Le Voyage Nocturne, verset 23)

Combien d’histoires d’avortements et d’enfants abandonnés entendons-nous chaque jour ? Et pourtant nous avons la grâce d’avoir été chéris dans des foyers malgré les difficultés qui survenaient parfois. Il arrive que nos parents nous crient dessus, nous imposent certaines restrictions mais existe-t-il une personne qui souhaite notre bonheur autant que nos pères et mère ? La religion, le statut social, l’apparence…de nos parents ne doivent en aucun cas affecter notre comportement vis-à-vis d’eux.

« Nous avons commandé à l’homme [la bienfaisance envers] ses père et mère; sa mère l’a porté [subissant pour lui] peine sur peine : son sevrage a lieu a deux ans. « Sois reconnaissant envers Moi, ainsi qu’envers tes parents. Vers moi est la destination. Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas ; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable. Et suis le sentier de celui qui se tourne vers Moi. Vers Moi ensuite est votre retour, et alors je vous informerai de ce que vous faisiez ».  (Coran, Sourate 31- Luqman, verset 14-15)

On entend souvent dire que le paradis se trouve sous les pieds de nos mamans. Cela a juste titre parce que le sacrifice consenti par ces dernières est incommensurable.

Un homme vint chez le messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d'Allah ! Quel est celui qui mérite le plus que je lui tienne compagnie ? ”.
Il dit: “ Ta mère ”.
Il dit: “ Et qui encore? ” -
Il dit: “ Ta mère ”.
Il répéta : “ Et qui encore? ”
Il dit: “ Ta mère ”.
Il répéta de nouveau: “Et qui encore?”,
Il dit: “ Ton père ”."

[Rapporté par Al Boukhari et Mouslim]

À la fin du sermon l’imam a fait cette recommandation : « Que vous ayez été irrespectueux ou non, si vous rentrez ce soir, embrasser votre mère et dites-lui que vous êtes désolés si vous lui avez fait un quelconque tort. » Car en effet, chaque fois que nous mettons nos parents en colère, nous mettons également Dieu en colère. 

Je vous laisse sur cette vidéo qui est une belle leçon pour les enfants que nous sommes.






mercredi 21 janvier 2015

Cauchemars En Série !

Illustration par Tatou Dembele

Je me souvenais encore des alertes que lançait le curé de la paroisse Saint Marc cinq ans auparavant. « Faites attention à vos enfants et à vous-même. Ne passez pas par des endroits obscurs tous seuls, surtout les jeunes filles. Avec les fréquents enlèvements qu’il y a eu dernièrement, mieux vaut être prudent. » Et pourtant je me retrouvais à cette heure indue de la nuit dans une ruelle réputée pour avoir été le lieu de bon nombre de kidnappings. Je venais de terminer la messe anticipée du Samedi et c’est ce raccourci que j’avais décidé d’emprunter comme je le faisais depuis plus de trois ans. Maintes fois, mes amies m’avaient déconseillée ce chemin, mais à chacune de leurs plaintes, répondait un haussement d’épaules désinvolte. « Ne vous déplacez qu’en groupe lorsque vous devez rentrer chez vous les soirs, ne laissez pas vos enfants partir tous seuls à la boutique, même si elle se trouve à cinq mètres de la maison. » Tous ces conseils bien qu’utiles n’avaient pas empêché le drame de se produire…

L’homélie du prêtre avait porté sur l’amour du prochain et le pardon. Comme il y a de cela quelques années il nous a aussi invités à la prudence, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Lorsque j’empruntai une énième fois ce couloir, je ne m’attendais pas à tomber nez à nez avec cet homme qui tirait par la force Kitana, la fille de ma voisine. Une lueur macabre brillait dans ses yeux, perceptible malgré le mauvais éclairage du couloir. Il se fit de plus en plus menaçant à mon approche et resserra son étau autour du poignet de Kitana. Je me demandais ce qu’elle faisait dehors à cette heure, mais cette question laissa rapidement place à l’imminence du danger. Ce n’était même plus Kitana que j’apercevais. À travers cette scène, je voyais mon propre enfant luttant pour rester auprès des siens. Tout à coup les images se firent plus claires dans mon esprit. L’homme devant moi circulait beaucoup dans le quartier bien que n’y habitant pas. Il avait l’habitude de s’asseoir à l’aire de jeux où les enfants jouaient au football…

Je trainais depuis longtemps une sourde colère tenant compagnie à une tristesse sans nom. Cette tristesse qui me suivait telle mon ombre depuis le jour que j’ai perdu Donikan. Chaque nuit je revoyais son sourire, les fossettes qui creusaient joliment ce tendre visage trop tôt enlevé au cocon familial. Son petit corps frêle m’apparaissait, gesticulant dans le quartier, tapant dans un ballon de foot avec ses petits camarades. Puis comme un cauchemar surgissaient tous ces petits corps dénués du moindre souffle de vie, mutilés pour servir des desseins malsains. Pendant longtemps je me suis demandée si c’était des êtres humains qui commettaient de telles atrocités. Pour le pouvoir, la richesse, ils étaient nombreux à endeuiller des familles en leur arrachant ce qu’ils ont de plus précieux.

Malgré les cinq longues années qui s’étaient écoulées, j’avais l’impression de tout revivre à nouveau. Et pour cause, les élections approchaient, et des enfants ainsi que de nombreuses jeunes filles disparaissaient. - Il faut croire que la jeunesse et la gent féminine est beaucoup appréciée par les esprits malins qui se cachent derrière tous ces sacrifices humains.- À nouveau tout le monde était aux aguets, surtout chez le petit peuple. Les rumeurs disaient que c’étaient des autorités, des « grands types », qui étaient à l’origine de cette macabre chasse à l’homme car ils devaient consolider leurs positions après les élections. Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle race de prédateurs avait vu le jour depuis quelques années. 

Ils avaient commencé par arnaquer les Européens sur internet - soit disant pour se faire rembourser la dette coloniale-. Sans tenir compte de la mauvaise propagande qu’ils faisaient de leur pays, ils se sont ensuite attaqués à tout le monde y compris aux Africains - surement cette fois pour venger les esclaves vendus par leurs propres frères pendant la traite négrière- … Ceux que l’on appelle brouteurs faisaient donc partie de ceux dont on devait se méfier au risque de perdre un proche ou sa propre vie. Lorsque les pigeons se faisaient rares, ces bovidés amateurs de chair humaine détruisaient des vies sur les recommandations de leurs charlatans. Pour être riche dans certaines sphères, il fallait offrir des organes humains aux génies…

Lorsque je vis la lame du couteau briller dans le noir, ma main avait déjà saisi mon revolver et s’en était suivi un bruit sourd. L’homme était à terre, touché à l’épaule et avait lâché l’arme blanche. La petite avait crié avant de courir se mettre derrière moi. Il me regardait, se trainait, gémissait de douleur et me suppliait de le laisser vivre.

-          Je vous en prie, c’est la misère qui m’a conduit sur ce chemin. Je t’en prie je ne recommencerai plus. 

-          Écoutais-tu les supplications de cette fillette il y a de cela quelques minutes ? M’aurais tu épargnée la vie si tu en avais eu l’occasion ? Vous êtes tous pareils, des monstres qui ne méritez pas de vivre.

Je m’apprêtais à tirer lorsque j’aperçu au loin surplombant les habitations, un panneau publicitaire affichant « Alerte enfants en détresse appelez le 116. » À quelques encablures de là se trouvait également la gendarmerie d’un côté et le commissariat de police de l’autre. Le coup de feu aurait dû alerter quelques curieux dans les minutes suivantes. J’aurais pu attendre que la justice fasse son travail. Mais devant moi, se succédaient les différents cadavres d’enfants que j’avais du identifier à la recherche de mon fils. 

Face à ce criminel sous mes yeux, se superposait l’image du lit vide de Donikan. Le rêverais-je un jour ? Finirais-je par savoir ce qu’il est advenu de mon bien aimé ? Pourquoi ne devrais-je pas me faire justice ? Pourquoi ne pas lui faire payer pour les crimes qu’il a commis et qu’il commettra surement si jamais les forces de l’ordre ne font pas correctement leur travail ? Tandis que j’ajustais mon arme pour faire feu, des gouttes de pluie me tombèrent sur le visage…ou plutôt des perles de sueur après avoir encore fait le même cauchemar. Je me réveillai en sursaut. À mes côtés, dormait ce petit être fragile qui illumine mes journées. Je le serai dans mes bras en ayant une pensée pour ces familles endeuillées par des êtres sans vergogne...