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samedi 5 décembre 2015

Sandy la catastrophe...3


Illustration par Tatou Dembele

La douceur de la voix le surprit, autant que ce qu’il avait sous les yeux. Il voyait un superbe corps qui n’avait rien à envier aux pom pom girls du campus. Il s’attendait à revoir un sexe masculin en lieu et place de l’appareil génital féminin comme il y avait de cela trois années. Mais au lieu de ça, ce qu’il aperçut eut le don d’éveiller en lui un sentiment de désir inapproprié compte tenu de la situation. Que s’était-il passé ? Comment cela se faisait-il qu’elle était devenue « normale » ? Évidemment il n’y avait rien de normal au fait qu’elle soit en train de préparer sa mort, mais physiquement, elle n’aurait pas du être ainsi constituée.

- Tu t’es fait opérer ? Demanda-t-il avec un mélange de surprise, de peur et de désir dans la voix.
- Oui. Je me suis fait enlever ce sexe qui faisait de moi la risée du campus. J’ai enlevé ce truc qui m’a empêché d’avoir une vie normale pendant de nombreuses années. Et à présent j’ai l’intention de te débarrasser du tien également.

Ryan ne sut plus quoi répondre. Son sort avait l’air d’être déjà scellé. Pourquoi n’avait-il pas quitté la ville quand cette folie meurtrière avait débuté ? Il avait refusé de croire au début, lorsque Brice avait été retrouvé mort et émasculé, que cela avait quelque chose à voir avec cet incident trois années en arrière. Mais en voyant chacun de ses compagnons disparaitre au fur et à mesure, il avait pris conscience du danger qui planait sur sa vie. Et pourtant il ne s’était pas résolu à s’enfuir. Il s’en était voulu aussitôt qu’il avait commis sa bêtise et avait passé les dernières années à chercher un moyen de se faire pardonner. Il savait que rien n’aurait pu effacer ce qu’ils avaient fait. Mais lorsque Sandy s’était enfuie de l’université, il avait arrêté de trainer avec ses pseudos amis. Il avait compris qu’il ne servait à rien de chercher à leur plaire s’il fallait pour cela blesser des gens sur le chemin. C’était vrai que le manque d’un cocon familial le poussait à chercher sans cesse la compagnie des autres et à se faire accepter. Orphelin et balancé de familles d’accueil en orphelinats, il pensait que réussir à intégrer un groupe d’étudiants branchés lui aurait apporté l’amour dont sa famille biologique et les autres ayant suivi avaient refusé de le gratifier. Mais en voyant l’horreur dans les yeux de Sandy quand il lui arrachait ses vêtements, en voyant les larmes ruisseler sur son visage en découvrant ses photos placardées sur les murs du campus, il avait compris qu’il avait emprunté un mauvais chemin. Il repensait encore au passé lorsqu’il sentit une douleur fulgurante lui traverser la poitrine.

Sandy avait enfoncé à nouveau la lame de son couteau dans l’incision qu’elle avait déjà faite. Elle avait préparé un véritable plan de torture mais à présent elle se demandait si elle irait jusqu’au bout. Que ferait-elle après ce dernier meurtre ? Elle se dit qu’elle aurait peut-être dû faire durer son supplice en le laissant errer dans la ville se demandant quand elle se déciderait à agir. Mais elle se rappela qu’elle aurait pu perdre ses traces si elle avait attendu trop longtemps. Elle s’était préparée pour accomplir sa vengeance durant les derniers mois et elle se rendit compte qu’elle n’avait aucune idée de ce que serait sa vie lorsqu’elle en aurait fini avec Ryan. Grâce à son opération elle aurait pu avoir une vie « normale » dans un autre endroit. Quitter cette ville qui ne lui avait rien apporté de bon lui aurait fait beaucoup de bien. Mais les enquêtes faisaient d’elle le suspect numéro un. Les policiers avaient réussi à établir un rapport entre cette étudiante hermaphrodite qui avait été humiliée quelques années plus tôt et les meurtres qui avaient eu lieu dernièrement. On la surveillait comme du lait sur le feu et elle s’étonna encore qu’elle ait pu échapper aux inspecteurs qui lui collaient aux fesses pour s’occuper de Ryan. Elle avait interdiction de quitter le territoire et une tentative de quitter l’Etat par les airs se solderait forcement en un échec. Elle soupira et se demanda pourquoi est-ce qu’elle était envahie par toutes ces pensées alors que se trouvait devant elle un homme qui ne demandait qu’à se voir arracher le souffle de vie.

Il fut surpris de la voir se rhabiller, mais encore plus lorsqu’il sentit ses lèvres sur les siennes.

- Tu sais avant ce jour-là, j’avais le béguin pour toi. Ce que tu m’as fait m’a profondément blessée, d’autant plus que je te croyais mon ami.
- Je le sais, répondit-il. J’ai commis une erreur. J’ai voulu être cool et accepté par les autres mais je sais que je n’aurais jamais dû faire ça.
- J’espère que tu ne penses pas que cela effacera ce que tu as fait.
- Non. Je sais déjà que tu as décidé de mon sort. Je sais que tu me tueras peu importe ce que je pourrai dire. Mais je tenais juste à te dire encore une fois que pas une nuit ne s’est passée sans que je n’en fasse des cauchemars.

Sandy laissa éclater un rire cynique qui contrastait avec sa beauté et la douceur de sa voix.

- C’est moi qui suis agressée et c’est toi qui en fais des cauchemars. Elle est bien bonne celle-là. As-tu une idée de ce que j’ai l’intention de te faire ?
- Me tuer je devine, comme avec les autres.
- Oui, mais pas d’une mort douce. J’ai l’intention de prendre mon temps pour te faire sentir la douleur que tu m’as infligée.

Illustration par Saraï D'Hologne

Tandis qu’elle parlait, Sandy s’était éloignée de lui. Mais à présent elle avançait d’une démarche féline, telle une prédatrice à l’affut de sa proie. Elle lui empoigna les testicules de façon violente et y appliqua la lame mal aiguisée de son deuxième couteau. Ryan hurla de douleur tandis que ses appareils reproducteurs le quittaient progressivement. A-t-on idée de faire souffrir ainsi un être humain ? Il n’y avait que dans les films que ce genre de choses arrivait. Sandy se rendit compte que la tache devenait difficile et qu’elle perdrait trop de temps. Les cris de Ryan la touchaient au plus profond d’elle. Elle se sentait affectée et s’en voulut d’avoir pitié de lui. Il ne méritait en aucun cas sa pitié étant donné qu’il ne l’avait pas épargnée elle. Elle lâcha le couteau qu’elle utilisait et pris l’autre à la lame plus tranchante. De façon abrupte elle coupa les morceaux de chair qu’elle tenait entre les mains. Ryan perdait beaucoup de sang et pour éviter qu’il ne tombe en syncope, elle lui administra rapidement un coagulant pour stopper l’hémorragie et la morphine qu’elle avait préparé pour atténuer la douleur. Pourtant, il perdit quand même connaissance avant qu’elle commence à lui perfuser une poche de sang. Elle n’avait aucune envie qu’il meurt maintenant. Il était sa dernière victime et elle comptait bien en profiter longtemps avant que la police ne l’arrête, qu’elle ne se tue, ou qu’elle réussisse à s’enfuir hors du pays… Fin

jeudi 26 novembre 2015

Sandy la catastrophe...


Tel un somnambule il arpentait les rues d’Atlanta à la recherche de l’on ne savait quoi. Il disait à qui voulait bien l’écouter qu’il regrettait son acte mais justement personne ne voulait l’écouter…en tout cas pas la personne qu’il aurait souhaité voir lui pardonner. Il était jeune et à 17 ans on est insouciant. Il ne voulait pas la blesser, bien sûr que non. Qui aurait voulu faire du mal à une « fille » aussi belle, innocente, et gentille comme elle ? Seulement il n’avait pas de bons amis, il trainait avec ceux que l’on qualifiait de voyous. Ils étaient adolescents et à 17 ans on n’ignore…non on n’oublie parfois que certains actes sont irréparables. Elle l’avait supplié de ne pas le faire, d’avoir pitié, et il avait eu pitié, seulement pas assez pour arrêter ses conneries. Ses amis le regardaient faire, cachés derrière ce maudit buisson ils attendaient de voir s’il finirait par se défiler ou s’il irait jusqu’au bout afin de gagner son pari. Ils étaient quatre, tous aussi cons les uns que les autres, ignorant encore que tout acte a une conséquence et que bien souvent il faut payer le prix de ses erreurs… 

Depuis quelque temps la police d’Atlanta était débordée, les étudiants ne sortaient plus que pour aller en cours. On aurait dit qu’un ouragan s’était abattu sur la ville et que les habitants avaient encore du mal à s’en remettre. Elle s’appelait Sandy comme la catastrophe qui s’était abattue sur New York. Seulement la Sandy d’Atlanta était une jeune fille de 20 ans à qui la vie n’avait pas fait de cadeau. En quittant son Afrique Natale pour le pays de l’oncle Sam, elle avait espéré une vie nouvelle car on lui avait dit que chez ce vieil oncle Sam on ne jugeait pas les autres. On lui avait dit qu’à Atlanta personne ne connaitrait son passé et qu’elle pourrait vivre comme bon lui semblait. Seulement on lui avait menti et à présent ils devaient payer. Il n’y avait plus de fête organisée sur le campus. Même les sonorités les plus branchées avaient mis des points de suspensions à leurs différentes fiestas qui en faisaient baver plus d’un sur le campus. Elle était là, Sandy, trônant en maitresse sur le campus et attendant tapie dans l’ombre que sa prochaine victime passe…

Les journalistes les plus téméraires avaient du mal à décrire les scènes d’horreur découvertes par la police la semaine précédente. La première victime avait été retrouvée à l’entrée de la résidence universitaire « Patton Hall ». Il s’agissait d’un jeune homme qui avait été sauvagement émasculé, les testicules cousus à la place des tétons et le troisième membre enfoncé dans la bouche. La deuxième victime était un étudiant du même âge retrouvé dans les mêmes conditions mais devant la résidence « Piedmont North ». Jamais pareille atrocité n’avait été commise dans la ville d’Atlanta et la police bien qu’ayant une suspecte n’avait pas assez de preuves pour l’arrêter. Les habitants avaient encore du mal à se remettre des évènements lorsque l’on retrouva un troisième corps. Nathan lui portait une perruque, un rouge à lèvres et on aurait dit que l’assassin avait pris tout son temps pour le martyriser. Des incisions parfaites avaient été opérées sur ses gonades et son scrotum avait été dépouillé de ses habitants…

Illustration par Tatou Dembele

Elle était là, assise sur la vieille chaise à bascule et unique meuble de ce salon devenu subitement trop grand. Elle repensait à tout ce qui s’était passé depuis sa naissance. Elle n’avait plus rien à perdre quand on lui avait déjà tout arraché. Elle en avait marre de devoir accepter l’humeur lunatique du destin. Elle en avait marre qu’on lui dise que « tout ce que Dieu fait est bon ». Finalement elle en avait marre de pardonner alors qu’à elle on avait refusé le droit d’être prise en pitié. Elle voulait qu’ils paient peu importe ce que cela lui couterait. D’ailleurs que pouvait-elle encore perdre quand ils lui avaient brutalement volé ce qu’elle avait de plus cher ? Elle n’avait plus la force de courir à chaque fois que cela se produisait. Elle avait ruminé sa vengeance, changé de nom, de couleur de cheveux et cette fois-ci elle allait leur donner une leçon, la leçon ultime…

Assise sur le seuil de sa maison elle regardait passer l’unique rescapé de sa vengeance qui risquait bientôt de rejoindre ses défunts amis. On disait d’elle qu’elle était folle, qu’elle était une psychopathe mais seulement personne ne pouvait prouver qu’elle était la responsable de la folie meurtrière qui s’était abattue sur la ville. En quittant son Afrique natale elle pensait fuir ces histoires d’incompréhension, d’intolérance. Nenni, les américains n’étaient pas aussi ouverts qu’on le prétendait et surtout pas avec ce qu’ils ne connaissaient pas. Toute sa vie elle avait dû faire face au regard des gens dans son village puis plus tard dans la ville parce qu’un imbécile ayant découvert son secret avait eu la langue trop pendue. Elle avait pardonné parce qu’elle pensait ne pas avoir le choix. Elle avait fui, travaillé d’arrache-pied pour obtenir cette bourse pour les Etats Unis mais voilà que ces quatre jeunes gens avaient réveillé cette blessure encore trop fraiche.

Il repensait à ce jour-là; déjà trois ans. Il se rappela des encouragements de ses amis tapis derrière ce maudit buisson. Ils lui avaient dit qu’il n’avait pas besoin de la violer mais qu’il devait juste lui faire peur. Il devait juste la violenter et la dénuder. C’était la seule manière pour lui d’être un membre à part de la bande. Il les avait écoutés et il l’avait fait; seulement il ne s’attendait pas à ce qu’elle soit ainsi constituée. Il n’avait jamais vu un être humain avec deux sexes et ses amis non plus n’en avait jamais vu. Ces derniers animés par leur stupidité sans pareille ou une nouvelle passion de scientifiques étaient sortis de leur cachette, l’avaient prise en photo avaient propagé sur le campus des images de Sandy le monstre mi-femme-mi-homme.

Trois années étaient passées mais elle n’avait rien oublié. Ils avaient volé son secret, révélé une identité qu’elle avait encore du mal à accepter. Ils avaient balayé du revers de la main son droit à la vie privée alors ils devaient payer. Les trois spectateurs avaient déjà leur ticket pour le grand voyage. Il ne restait plus que lui, et elle semblait vouloir faire durer son supplice. Il en avait perdu l’appétit et avait même commencé à délirer. Elle refusait de l’écouter mais il voyait bien que son tour arrivait et que bientôt il paierait pour avoir révélé contre son gré qu’elle était atteinte d’un pseudohermaphrodisme féminin. Les fêtes de noël approchaient et elle lui réservait un cadeau spécial…

Tel un somnambule il arpentait les rues d’Atlanta à la recherche de l’on ne savait quoi. Il disait à qui voulait bien l’écouter qu’il regrettait son acte mais justement personne ne voulait l’écouter…en tout cas pas la personne qu’il aurait souhaité voir lui pardonner….

mercredi 21 janvier 2015

Cauchemars En Série !

Illustration par Tatou Dembele

Je me souvenais encore des alertes que lançait le curé de la paroisse Saint Marc cinq ans auparavant. « Faites attention à vos enfants et à vous-même. Ne passez pas par des endroits obscurs tous seuls, surtout les jeunes filles. Avec les fréquents enlèvements qu’il y a eu dernièrement, mieux vaut être prudent. » Et pourtant je me retrouvais à cette heure indue de la nuit dans une ruelle réputée pour avoir été le lieu de bon nombre de kidnappings. Je venais de terminer la messe anticipée du Samedi et c’est ce raccourci que j’avais décidé d’emprunter comme je le faisais depuis plus de trois ans. Maintes fois, mes amies m’avaient déconseillée ce chemin, mais à chacune de leurs plaintes, répondait un haussement d’épaules désinvolte. « Ne vous déplacez qu’en groupe lorsque vous devez rentrer chez vous les soirs, ne laissez pas vos enfants partir tous seuls à la boutique, même si elle se trouve à cinq mètres de la maison. » Tous ces conseils bien qu’utiles n’avaient pas empêché le drame de se produire…

L’homélie du prêtre avait porté sur l’amour du prochain et le pardon. Comme il y a de cela quelques années il nous a aussi invités à la prudence, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Lorsque j’empruntai une énième fois ce couloir, je ne m’attendais pas à tomber nez à nez avec cet homme qui tirait par la force Kitana, la fille de ma voisine. Une lueur macabre brillait dans ses yeux, perceptible malgré le mauvais éclairage du couloir. Il se fit de plus en plus menaçant à mon approche et resserra son étau autour du poignet de Kitana. Je me demandais ce qu’elle faisait dehors à cette heure, mais cette question laissa rapidement place à l’imminence du danger. Ce n’était même plus Kitana que j’apercevais. À travers cette scène, je voyais mon propre enfant luttant pour rester auprès des siens. Tout à coup les images se firent plus claires dans mon esprit. L’homme devant moi circulait beaucoup dans le quartier bien que n’y habitant pas. Il avait l’habitude de s’asseoir à l’aire de jeux où les enfants jouaient au football…

Je trainais depuis longtemps une sourde colère tenant compagnie à une tristesse sans nom. Cette tristesse qui me suivait telle mon ombre depuis le jour que j’ai perdu Donikan. Chaque nuit je revoyais son sourire, les fossettes qui creusaient joliment ce tendre visage trop tôt enlevé au cocon familial. Son petit corps frêle m’apparaissait, gesticulant dans le quartier, tapant dans un ballon de foot avec ses petits camarades. Puis comme un cauchemar surgissaient tous ces petits corps dénués du moindre souffle de vie, mutilés pour servir des desseins malsains. Pendant longtemps je me suis demandée si c’était des êtres humains qui commettaient de telles atrocités. Pour le pouvoir, la richesse, ils étaient nombreux à endeuiller des familles en leur arrachant ce qu’ils ont de plus précieux.

Malgré les cinq longues années qui s’étaient écoulées, j’avais l’impression de tout revivre à nouveau. Et pour cause, les élections approchaient, et des enfants ainsi que de nombreuses jeunes filles disparaissaient. - Il faut croire que la jeunesse et la gent féminine est beaucoup appréciée par les esprits malins qui se cachent derrière tous ces sacrifices humains.- À nouveau tout le monde était aux aguets, surtout chez le petit peuple. Les rumeurs disaient que c’étaient des autorités, des « grands types », qui étaient à l’origine de cette macabre chasse à l’homme car ils devaient consolider leurs positions après les élections. Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle race de prédateurs avait vu le jour depuis quelques années. 

Ils avaient commencé par arnaquer les Européens sur internet - soit disant pour se faire rembourser la dette coloniale-. Sans tenir compte de la mauvaise propagande qu’ils faisaient de leur pays, ils se sont ensuite attaqués à tout le monde y compris aux Africains - surement cette fois pour venger les esclaves vendus par leurs propres frères pendant la traite négrière- … Ceux que l’on appelle brouteurs faisaient donc partie de ceux dont on devait se méfier au risque de perdre un proche ou sa propre vie. Lorsque les pigeons se faisaient rares, ces bovidés amateurs de chair humaine détruisaient des vies sur les recommandations de leurs charlatans. Pour être riche dans certaines sphères, il fallait offrir des organes humains aux génies…

Lorsque je vis la lame du couteau briller dans le noir, ma main avait déjà saisi mon revolver et s’en était suivi un bruit sourd. L’homme était à terre, touché à l’épaule et avait lâché l’arme blanche. La petite avait crié avant de courir se mettre derrière moi. Il me regardait, se trainait, gémissait de douleur et me suppliait de le laisser vivre.

-          Je vous en prie, c’est la misère qui m’a conduit sur ce chemin. Je t’en prie je ne recommencerai plus. 

-          Écoutais-tu les supplications de cette fillette il y a de cela quelques minutes ? M’aurais tu épargnée la vie si tu en avais eu l’occasion ? Vous êtes tous pareils, des monstres qui ne méritez pas de vivre.

Je m’apprêtais à tirer lorsque j’aperçu au loin surplombant les habitations, un panneau publicitaire affichant « Alerte enfants en détresse appelez le 116. » À quelques encablures de là se trouvait également la gendarmerie d’un côté et le commissariat de police de l’autre. Le coup de feu aurait dû alerter quelques curieux dans les minutes suivantes. J’aurais pu attendre que la justice fasse son travail. Mais devant moi, se succédaient les différents cadavres d’enfants que j’avais du identifier à la recherche de mon fils. 

Face à ce criminel sous mes yeux, se superposait l’image du lit vide de Donikan. Le rêverais-je un jour ? Finirais-je par savoir ce qu’il est advenu de mon bien aimé ? Pourquoi ne devrais-je pas me faire justice ? Pourquoi ne pas lui faire payer pour les crimes qu’il a commis et qu’il commettra surement si jamais les forces de l’ordre ne font pas correctement leur travail ? Tandis que j’ajustais mon arme pour faire feu, des gouttes de pluie me tombèrent sur le visage…ou plutôt des perles de sueur après avoir encore fait le même cauchemar. Je me réveillai en sursaut. À mes côtés, dormait ce petit être fragile qui illumine mes journées. Je le serai dans mes bras en ayant une pensée pour ces familles endeuillées par des êtres sans vergogne...



lundi 18 mars 2013

CA VA RECOMMENCER


Dessiné par Saraï D'Hologne


Je lisais ses écrits, que dis-je je buvais ses mots avec le même rictus qu'un enfant avalant difficilement une cuillérée de nivaquine. Je n’entendais rien, je ne sentais rien, je ne voyais que ces pages inondées d’encre noire.


« (…) Entre le marteau et l’enclume j’ai dû aiguiser ma plume. Pardonne-moi de ne t’avoir rien dit, tu aurais sûrement pu m’aider mais voilà je n’ai pas appris à me dévoiler à autre chose qu’à ce carnet. Tu m’as toujours reproché ma solitude mais comment aurais-je pu être sociable lorsque tout le monde autour de moi ne respirait qu’hypocrisie? Ce journal tu n’aurais jamais pu le découvrir de mon vivant parce que je t’ai fait croire que c’était mon cahier de maths. On le sait tous les deux combien tu maudissais Pythagore, Thalès et leurs confrères d’avoir inventé des théorèmes et des propriétés qui te semblaient être du chinois. Je me suis toujours assurée que jamais tu ne saurais ce qui me hantais car je refusais moi-même d’y croire. T’en parler reviendrais à te demander des explications et je n’étais pas prête à l’accepter mais en te voyant hier à l’œuvre une énième fois, j’ai craqué. Te rappelles-tu de nos moments passés sous la pluie ? Ces fois où profitant de l’inattention de maman, nous batifolions dans la boue ? Je pense que ces instants là malgré le méchant rhume qui suivait ont été les seuls beaux souvenirs de ma vie. »

Je venais de lire le journal de Litsié ma meilleure amie, ma jumelle et j’en tremblais encore. Ma sœur était morte par ma faute; elle n’avait pas supporté la terrible vérité et plutôt que de l’affronter elle avait préféré se donner la mort. Depuis combien d’années savait-elle mon secret ? Je ne le saurai jamais car elle ne l’avait pas mentionné dans son journal et elle n’était plus là pour répondre aux nombreuses questions qui se bousculaient dans ma tête. Je me sentais coupable de ce qui lui était arrivé et je n’avais qu’une seule envie, me donner la mort à mon tour. J’ai pensé à ma mère qui avait perdu son mari et qui venait maintenant de perdre sa fille unique et finalement je n’ai pas voulu lui infliger un troisième deuil.

C’était vrai que donner la mort était devenu une routine pour moi mais cela ne m’avait ôté ni mon cœur, ni mon âme, et encore moins mes émotions. C'étaient d'ailleurs ces émotions qui avaient fait de moi ce que j’étais devenu. Si j’avais été condamné à cette nature de psychopathe, c’était juste parce que je ne supportais plus de voir papa soulever la main sur ma mère. Elle avait supporté pendant neuf mois mes combats de catch avec Litsié dans son intérieur. Elle avait passé des nuits blanches à nous veiller, des années à nous éduquer dans l’espoir qu’on devienne des gens bien. Malheureusement dès 8 ans, j’avais commencé à remarquer les bleus sur son corps, j’ai découvert que derrière son sourire ma génitrice pleurait intérieurement. Lorsqu’il y avait de l’orage dans l’air, chez nous papa semblait aussi déchaîné que la tempête et sur ma mère les coups pleuvaient. Litsié et moi préférions dans ces moments là nous amusez sous la pluie mais au fond chacun de nous espérait que cette pluie cacherait ses larmes à l’autre.

A 15 ans je n’ai plus supporté de voir ma mère crouler sous les coups sans broncher et lorsque papa leva la main sur ma sœur jumelle, le vase déborda. Oui c’était mon père mais c’était un monstre alors je l’ai tué sans le moindre remord. Lorsque j’ai abandonné son corps dans le Bandama, je me suis sentis libéré à la fois de son poids dans ma brouette mais aussi d’un poids dans mon cœur et ma vie. Par la suite je me suis trouvé une vocation, celle d’éliminer tous ces pères et maris indignes qui osaient lever la main sur leurs épouses et leurs enfants. Je ne savais pas ce qui m’avait poussé sur cette voie mais jusqu’au suicide de ma sœur je n’avais jamais regretté mes meurtres. 

Litsié avait découvert que son frère jumeau que j’étais était aussi un monstre comme tous ces bourreaux que je faisais disparaître. J’avais fini par prendre plaisir à cette condition de pseudo héros que je m’étais auto-attribué, c’était devenue ma subsistance.

Cela fait trois ans que ma sœur n’est plus, trois ans que j’ai lu ce journal et que je n’ai plus jamais ôté la vie à quiconque. Pourtant depuis quelques temps mes mains tremblent, je ne supporte plus de voir Kouassi, notre ivrogne de voisin cogner sa femme. Je ne supporte plus de voir sa fille se réfugier chez nous en larmes chaque fois que son père rentre du cabaret. J’ai essayé de résister mais comme on le dit chasse le naturel, et il reviendra au galop. Cette nuit c’est la bonne et ça va recommencer.

*Inspiré de la série Dexter

vendredi 26 octobre 2012

BEAUTE ILLUSOIRE

Je me suis toujours vanté d’avoir épousé la plus belle femme au monde. La beauté est relative mais celle de Rigo met tout le monde d’accord. D’ailleurs, comment ses parents ont pu donner Rigobertine comme prénom à une aussi belle princesse. La première fois qu’elle m'a dit comment elle s'appelait, j’ai cru à une farce ; mais non c'est bien son unique prénom. En même temps, ses parents villageois n’ont pas vraiment de goût hormis pour la procréation. Tous leurs 5 enfants, filles comme garçons sont des pures merveilles, toutefois, Rigo demeure la plus belle de la famille.

Trêve de bavardages, j’ai rencontré Rigo il y a cinq ans lors de funérailles dans mon village. J’ai longtemps hésité avant d’assister à l’enterrement de cet oncle plus avare qu’Harpagon lui-même.  Cependant, mon voyage a été récompensé par la découverte de cette perle rare. Cadre, élégant, mais surtout citadin, je n’ai pas eu de mal à la conquérir. Je me considère chanceux qu’un autre énergumène ne soit passé avant moi et n’ait volé le cœur de ma dulcinée. Quoi qu’il en soit, Rigo m’appartient et je n’aime pas qu’on pose le regard sur elle.

Pour épouser mon amour je n’ai pas eu à faire de grandes dépenses car sa famille a voulu quelque chose de simple. Je n’ai plus aucun proche parent après mon avare d’oncle et sa famille a tenu à ce que le mariage coutumier se fasse dans la stricte intimité. Cela faisait des années que je n’avais pas été au village alors j’ai bien aimé l’idée d’une cérémonie sans tapage. Seul mon meilleur ami Kévin m’a accompagné pour me servir de témoin. Un adjoint au maire a effectué le déplacement  à mon domicile en ville pour la cérémonie civile et j’étais officiellement l’homme le plus heureux de la planète.

En plus d’être belle, Rigo est gentille, douce, aimante, soumise, accueillante. Je ne lui ai trouvé aucun défaut durant toutes ces cinq années passées ensemble. La seule chose qui me tracassait était l’absence de rires d’enfants dans notre grande villa. Cinq ans, sans la moindre grossesse, le moindre retard dans les menstrues, rien, absolument rien. Pourtant nos examens ne révèlent aucune anormalité chez l’un comme chez l’autre.

Hier Kévin m’a appelé au milieu de nuit, disant qu’il a quelque chose de très important à me raconter. J’étais tellement exténué par ma journée de boulot que je n’ai rien compris à ce qu’il racontait. Ce matin j’ai découvert une lettre de Rigo à mon chevet.
« Roger je t’abandonne parce que Kévin va détruire ce que j’ai mis cinq ans à construire. Je t’ai aimé et je t’aimerai surement encore mais il est mieux pour moi que je parte. Je savais que cela arriverait un jour car ma beauté est une malédiction pour moi. Adieu »

Kévin a donc osé faire ça, courtiser ma femme ? Ma femme ? Il était pourtant plus qu’un ami, un frère. Il entra dans le salon, son journal à la main comme d’habitude. « Roger je n’arrive toujours pas à croire à ce qui nous ai t’arrivé.

           -    Moi non plus mais bon, qui ne serait pas tenté par cette beauté ? Je suis déçu mais je surmonterai ma douleur. Toi par contre tu n’auras pas le temps de sentir la tienne.
PAN ! le révolver que j’ai acheté avec Kévin il y a de cela quelques années a servi a tué son ancien propriétaire. Il eut juste le temps de me montrer l’une des pages du journal où figurait la photo de Rigobertine et de toute sa famille. 

En commentaire j’ai pu lire : « Morts il y a plus de dix ans, les membres de la famille Tapé continuent de charmer les vivants grâce à leurs beautés légendaires. Ils se marient, ne font pas d’enfants puis disparaissent  quand leur secret est découvert, faisant sombrer leurs conjoints dans la folie. Ils se vengent ainsi, de plusieurs trahisons amoureuses. Leur beauté leur aurait joué un sale tour ».