vendredi 6 septembre 2013

UN ALLER SANS RETOUR






<< Chérie assieds-toi que je te raconte quelque chose que j’aurais dû te dire depuis bien longtemps. Je me rappelle de mon huitième anniversaire comme la pire journée de mon existence et pourtant presque tout était réuni pour faire de ce jour un moment inoubliable. La cour arrière de la maison avait été décorée avec soin par une experte et tous mes camarades étaient présents pour célébrer cette nouvelle année qui s’offrait à moi. Pour l’occasion papa avait fait venir Billy le clown le plus célèbre du pays afin de rendre la fête encore plus mémorable. Des crèmes glacées de tous les parfums, des pizzas aussi savoureuses les unes que les autres, du poulet, du bœuf, des fruits de mer…tous les plats dont le petit garçon que j’étais pouvait rêver étaient au rendez-vous. J’avais également reçu plusieurs cadeaux mais immense fut ma joie de recevoir un présent que j’attendais depuis plusieurs années. Je venais de couper mon gâteau d’anniversaire lorsque la sonnerie du portail retentit. Ahou ma nounou alla ouvrir et revint la mine déconfite en regardant papa. Une belle femme élancée, les cheveux coupés à la garçonne et vêtue d’une mini robe s’avança un paquet cadeau dans les bras.

- Que fais-tu ici Sonia ? cria papa à l’adresse de la visiteuse.

-          Comment ça, qu’est-ce que je fais ici ? N’est-ce pas l’anniversaire de notre fils ?

-          Notre fils ? Voyons depuis quand avons-nous un enfant en commun ?

-          Depuis que j’ai mis au monde ce magnifique gamin que voici.

Du haut de mes huit ans je venais de comprendre que le vœu que je faisais à chaque anniversaire s’était enfin réalisé.

J’en avais marre de rester muet chaque fois que mes amis me demandaient des nouvelles de ma maman. La première fois que j’avais osé demander à papa pourquoi est-ce que ma nounou était la seule femme de la maison il entra dans une colère si grande que cela m’enleva toute envie de retenter l’expérience.

-          Maman ?

J’avais prononcé ce mot sans m’en rendre compte mais surtout sans mesurer l’importance que renfermaient ces deux syllabes.

-          Habib rentres dans ta chambre, la fête est terminée.

-          Mais je veux parler à maman.

-          Je t’ai demander de rentrer dans ta chambre. Ahou s’il vous plait faites rentrer les enfants au salon.

-          Tu ne peux pas m’empêcher de voir mon fils Aziz !

-          Sonia, reprit papa sur un ton plus calme qui se voulait toutefois menaçant. Tu as perdu tes droits sur mon fils le jour où tu as claqué la porte de ma maison. Le jour où faisant fi de toutes mes supplications tu t’es envolée pour les caraïbes avec ton ambassadeur, tu as décidé qu’Habib n’avait plus de mère. Le jour où tu me jugeas trop pauvre pour mériter ta présence à mes cotes tu as décidé par la même occasion de mourir aussi bien pour moi que pour mon fils. A présent retournes d’où tu viens avant que je perde ce qu’il me reste de sang-froid.

Ces paroles restèrent à jamais gravées dans ma mémoire. Pendant longtemps j’en ai voulu à papa de m’avoir éloigné de ma mère. Du haut de mes huit ans je ne comprenais pas qu’il refuse d’accepter à nouveau dans sa vie une femme avec qui il a eu un enfant, et qu’il prétendait avoir aimé. Je me demandais si papa m’en voulait pour une quelconque raison au point de refuser que je reprenne contact avec ma génitrice ou s’il agissait tout simplement par égoïsme. J’étais sûr que même une dizaine d’années ne pouvait effacer un amour qui se voulait vrai, beau et sincère. »

-          Pourquoi me racontes-tu tout ceci mon amour?

-           Pourquoi Tendresse? Eh bien j’ai vu ton passeport récemment et j’ai remarqué le visa pour les Etats Unis. Je sais que ton amour de jeunesse Francis est de retour au pays et qu’il envisage de retourner bientôt chez l’oncle Sam. Je sais que tu l’as vu fréquemment pendant tout son séjour et je tiens juste à te mettre en garde. Une fois que tu partiras ce sera pour de bon. Avec beaucoup de recul et surtout en grandissant et en apprenant moi aussi à aimer, j’ai fini par comprendre l’acte de mon père. Contrairement à lui toutefois, si un jour tu revenais, je ne serai pas aussi tendre. Si un jour tu revenais à l’instar de mon irresponsable de mère, je te tuerai de mes propres mains afin que tu sois aussi morte dans l’esprit de notre fille que dans la réalité. J’éviterai à ma fille de vivre la même douleur que moi à mon huitième anniversaire. Voilà Tendresse la raison pour laquelle je t’ai raconté cette histoire. Bonne nuit chérie et n’oublie pas que ton vol pour Atlanta est prévu pour 22h.



Credit Photo: HSTUDIO'S
Models :        KAFANA KEVIN
                     SARAI D'HOLOGNE



lundi 2 septembre 2013

CA AURAIT PU ETRE TOI...




J’avais envie de regarder des films pour et sur des adolescents et je suis donc allée sur Youtube où j’en ai trouvé plusieurs. Je ne me souviens plus de ce que j’avais entré dans le champ de recherche mais en voyant Emily Osment comme actrice principale je me suis dit que j’aimerais le film intitulé Cyberbully. Je n’en avais pas le résumé et par conséquent je ne savais pas à quoi m’attendre. Je me disais tout de même qu’il s’agissait sans doute d’une histoire d’ados avec une gentille et une méchante et que comme à l’accoutumée la gentille finirait avec le gentil beau gosse du lycée. Grande fut ma surprise de découvrir un film qui parlait des dangers liés aux réseaux sociaux principalement pour les jeunes. En effet il s’agissait de l’histoire d’une fille qui ayant rencontré  « un gentil garçon » sur le net lui confia certains secrets. A la suite de plusieurs incidents malheureux, cette jeune fille vierge se retrouva affublée des caractéristiques d’une véritable catin. Trahie par ses proches et rejetée par tous elle envisagea le suicide…


Je ne vais pas rentrer dans les détails de ce film mais je dois reconnaitre que par moments je n’ai pu empêcher mes larmes de couler. J’ai la larme facile doivent se dire certains mais la vérité est que j’ai pensé à toutes ces fois ou comme cette fille je me suis exposée sur les réseaux sociaux. J’ai certes eu la chance de rencontrer des personnes merveilleuses sur Facebook et twitter mais  j’aurais aussi bien pu me retrouver à la place d'Emily Osment. Combien de fois a-t-on entendu qu’un tel ou une telle s’est fait assassiner par des personnes qu’ils avaient connues par le biais d’internet ?

On pourrait se dire que cela n’arrive qu’aux autres, que nous sommes trop prudents pour tomber dans des pièges aussi sordides mais croyez-le ou non les victimes précédentes pensaient surement comme nous et nous ne sommes pas plus intelligents qu’elles. Loin de vouloir faire peur ou de dénigrer les amitiés conçues sur les réseaux sociaux je voudrais tout simplement attirer l’attention sur ce phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur.

Quelques astuces pour éviter certains drames seraient :

-          S’assurer que nous avons des amis communs dans la réalité avec ces personnes auxquelles nous parlons fréquemment sur le net ;

-          Ne jamais aller seul à la rencontre d’une personne rencontrée sur un réseau social et surtout exiger que le lieu soit public ;

-          Enfin éviter de divulguer des informations trop personnelles a des inconnus car si on ne peut pas faire confiance à des gens que l’on connait dans la réalité c’est encore pire dans le virtuel.


Internet est certes un outil de communication mais nous devons faire attention à ce que nous communiquons et avec qui nous communiquons car derrière un écran d’ordi il peut se trouver un véritable malade mental. 

samedi 31 août 2013

EN QUETE DE GUERISON

Je suis malade enfin, d’autres ne qualifieraient pas ce dont je souffre de maladie. Pour eux il pourrait s’agir d’un problème psychologique ou encore d’un souci passager mais pour moi c’est bien plus grave et je n’ai toujours pas trouvé le remède.

Je ne suis surement pas la seule à en souffrir, des milliers de personnes dans le monde ont peut être le même mal que moi. J’en ai déjà parlé a des amis et connaissances et à chaque fois j’ai reçu la même réponse “Ne t’inquiète pas ça va passer.”

Dire à quelqu’un qui souffre que son mal est provisoire a sans doute pour objectif de l’apaiser mais dans mon cas cela ne change rien à ma peine. Cela fait bientôt quelques semaines que je n’ai rien à me mettre sous la dent ou plutôt sous les doigts. Des jours et des nuits que je n’arrive pas à noircir ma feuille blanche.

En cette journée mondiale des blogueurs je veux partager ma souffrance avec vous en espérant que quelque part dans le monde un lecteur aura trouvé la solution à mon problème. Dans tous les cas j’espère que pour tous ceux qui connaissent cette période de page blanche on en ressortira à chaque fois plus inspiré.




HAPPY BLOGDAY les copains !!!

mercredi 21 août 2013

LES GRIOTS DES TEMPS MODERNES

« Romy 8500 euros ehh empereur l’argentier toujours très très fort c’est toi le meilleur de ta génération. Tantie tantie Rachou la malienne, aussi belle que puissante ah ma tantie voilà ton bon petit. Ah ca va tuer ce soir, les vrais boutiquiers, eehi boucantiers sont dans la place… »

Non vous ne rêvez pas; cela pourrait bien être les paroles d’une chanson qui serait même très appréciée par les ivoiriens. Les Dj, les artistes du coupé décalé ou encore selon moi les griots des temps modernes ne savent plus que crier chanter. Quand ils ne nous déversent pas un flot de paroles incompréhensibles, ils font l’attalaku interminable des boucantiers d’Abidjan qui se sont affublés de sobriquets tous aussi déroutants les uns que les autres.

Comment peut-on écouter une chanson de 5 min dans laquelle le griot , l’artiste ne fait que citer le nom de ses bailleurs de fonds ? Encore si comme chez les vrais griots ils nous relataient des exploits censés de ces guerriers de la nuit, j'aurais pu comprendre le sens de tout ceci. Dans tous les cas ce genre de chanson est très prisé de nos jours dans les boîtes de nuit et maquis, et d’ailleurs même certains clips vidéos de ces litanies de boucantiers passent à la télévision nationale. J'ai remarqué à plusieurs occasions que bon nombre de personnes en connaissent même les paroles par cœur.

Ce serait faire preuve de mauvaise foi de ne pas reconnaître que l’on a au moins une fois dansé sur l’une de ces chansons. Je l’avoue, quand il faut dégammer, s’amuser, danser, le coupé décalé est aujourd’hui notre première source de divertissement. Toutefois doit on continuer à aimer et propager ce  genre de musique sans chercher à l’améliorer? Ne peut-on pas l’utiliser pour sensibiliser la jeunesse sur des sujets plus importants ? C’est la musique de chez nous me diront certains mais le zouglou est aussi un genre musical bien de chez nous néanmoins cela n’empêche pas les artistes de ce genre d’éduquer la jeunesse.

Cela est bien beau de parler des riches (dont on ne connait pas la provenance des biens), de chanter que seul le travail paie, ou encore de divertir le public mais ce serait tellement plus utile si tout cela pouvait s’accompagner de certains conseils utiles pour la jeunesse africaine. Le coupé décalé serait encore plus beau si l'on ne l'assimilait pas à l'abus de l’alcool (le zouglou n'y est pas étranger non plus), à des modes vestimentaires ridicules ou encore à un gaspillage de sous qui pourrait bien servir à développer des activités saines pour la jeunesse.

Le but de cet article n’est pas de créer un débat sur lequel des deux genres (le coupé décalé et le zouglou) est le meilleur. J’espère juste que les choses changent et que le coupé décalé ne fasse pas la fierté d’un seul groupe de gens, ne soit pas prisé par une seule tranche d’âge mais soit plutôt la musique ivoirienne que l’on serait, que je serais fière de défendre partout tant pour ses rythmes endiablés que pour ses paroles et concepts censés.


*Atalaku : Louanges intéressées de personnes par un artiste chanteur.

*Boucantiers: Personnes aimant afficher leur "aisance matérielle" au public en déversant des billets de banque sur un artiste ou dans la foule. 

*Dégammer : s'amuser

*Zouglou: Genre musical ivoirien inspiré des réalités sociales diverses vécues par la jeunesse ivoirienne et portant tantôt des messages humoristiques, tantôt des messages politiques, ou bien plus souvent délivrant des conseils sur la vie. 

lundi 8 juillet 2013

RAMADAN MUBARAK !



C’est officiel, le Ramadan a débuté aujourd’hui et j’espère que pour tous la journée s’est bien déroulée. Pour ceux qui l’ignorent, le Ramadan est l’un des cinq piliers de l’islam. Il s’agit d’un mois pendant lequel l’on s’abstient de manger et de boire (de l’aube au coucher de soleil) mais surtout un mois censé nous rapprocher de notre créateur.

Je vous propose quelques rappels que j’ai eu plaisir à lire sur twitter tout en y apportant de légers ajouts. Pour ce mois de Ramadan qui débute, les musulmans sont appelés à changer de comportement. On aimerait pouvoir être irréprochables tout le long de notre vie mais l’homme étant ce qu’il est, essayons au moins d’être en communion avec Allah pendant 30 jours.

1- Purifier son intention. Il est important de se rappeler constamment la raison du jeûne : on jeûne pour rechercher la satisfaction de Dieu.

2- Ne pas oublier de faire des duas pendant la journée et particulièrement avant de rompre son jeûne: Ramadan est le mois des invocations.

3- Apprendre à gérer son temps. Un des buts de la privation de nourriture est de libérer le temps que l’on passe à manger. Cependant il faut se demander ce que nous faisons de ce temps libre : surement la télé, les films, l’internet, la musique, les balades…pour faire passer le temps. A toi de voir si ton Ramadan ne se fait pas que dans les apparences car il s’agit en réalité de se détacher de certaines activités qui ne nous apporterons pas grand-chose dans notre quête de foi. Si ton jeûne ne te fait pas changer de comportement alors tu as raté le but fixé. Il faut donc se libérer de certaines dépendances.

4- Lire le Coran et l’étudier. N’oublie jamais que le mois de Ramadan est d’abord le mois de la descente du Noble Livre de l’islam. Il faut se rapprocher de ce livre si l’on veut se rapprocher d’Allah. Même si tu ne comprends pas l’arabe ou même si tu ne sais pas le lire, il faut écouter la lecture du Coran en arabe pour la beauté de sa récitation et lire le sens en français ou en arabe pour en comprendre l’interprétation.

5- Faire des veillées spirituelles. Le mois de Ramadan doit nous permettre d’adorer Allah...surtout la nuit.

6- Maîtriser sa colère et/ou sa paresse. Jeûner ne se limite pas à se priver de nourriture et de boissons mais tous nos sens doivent nous accompagner.

7- Tenir sa langue. Tout(e) musulman(e) doit faire attention à ce qui sort de sa bouche lorsqu’il/elle est en jeûne car il y a des choses qui ne sont pas bonnes à dire pendant le Ramadan.

8- Faire preuve de patience et d’effort pour les prières de Tarâwih. Elles sont une miséricorde, elles participent dans l’effort d’endurance.

9- Manger ce qu’il faut, ni trop beaucoup, ni trop peu. Malheureusement le Ramadan donne l’occasion à certaines familles d’organiser de véritables festins à la coupure, comme si l’on voulait se venger pour la nourriture dont on s’était privé pendant la journée. Sache qu’il est préférable de manger peu car récupérer tous les repas de la journée le soir n’est pas le but du Ramadan.

10- Penser aux plus démunis. Le mois de Ramadan au-delà des privations est aussi un mois de partage alors pensons à donner à ces personnes pour qui tous les jours sont des jours de jeûne forcé.

J’espère que ces rappels serviront à quelque chose. Ils ne sont certes pas faciles à appliquer mais avec le soutien d’Allah on arrivera In Shaa Allah à quelque chose. Je souhaite à tous un excellent Ramadan et que Dieu agrée nos prières et notre jeûne. Amine.

jeudi 27 juin 2013

IL ETAIT MIEN ET J'ETAIS SIENNE





  • Aristide est rentré à la maison aux environs de 22h. Franck notre fils a couru dans ses bras comme à son habitude. J'aimais voir les deux hommes de ma vie réunis. La flamme qui brillait dans les yeux d'Aristide chaque fois qu'il prenait Franck dans ses bras me donnait envie de lui donner un second fils. Malheureusement nous avions tout essayé mais les anglais débarquaient chaque mois comme s'ils se préparaient à reconquérir l'Amérique. Je désespérais de voir un jour un nouveau né qui meublerait mes nuits de ses cris. Les médecins m'avaient déclarée saine et apte à porter une seconde grossesse sans le moindre risque. Les féticheurs et autres charlatans n'avaient pas trouvé de solution à mon problème alors j'ai fini par me décourager.
    - Ca va chérie? Me demanda t-il après avoir déposé notre fils.
    - Oui oui et toi mon amour?
    -Oh tu sais quand ca va chez toi alors ça va chez moi.
    - Assieds-toi que je t'apporte à manger.
    Cela faisait trois ans que Franck était né et j'avais perdu mes habitudes avec Aristide; je n'étais plus la femme aimante qu'il avait connu à nos débuts. Il ne s'en plaignait pas mais je savais bien que j'avais changé, peut être par lassitude. Autrefois, je l'aurais débarrassé de sa chemise avant de lui faire un délicieux massage afin qu'il se détende. Autrefois quand il était vraiment mien et que j'étais vraiment sienne...
    A présent la monotonie s'était installée dans notre couple et le romantisme avait claqué la porte. Toutefois je savais que j'étais quand même sienne et qu'il était quand même mien.
    Aristide et moi nous sommes rencontrés à une édition du salon du livre à Abidjan et c'est notre passion commune qui nous a réunis. J'avais rarement vu un Africain aimer la lecture comme celui qui devînt plus tard mon homme. Il avait cette soif de connaissance qui caractérise les grands philosophes et je pouvais affirmer sans crainte de mentir qu'il était très intelligent. Aristide faisait partie de ce genre de personnes qui remettait tout en cause sans pour autant être paranoïaque. Tu lui parlais de franc maçonnerie et d'illuminatis, ils te disaient que des hommes avaient travaillé dur pour en arriver où ils étaient. Tu essayais de discuter d'un quelconque conflit à l'autre bout de la terre et il arrivait a te faire voir au delà de ce que servaient les medias. Il ne prenait jamais parti pour une cause en se basant sur les apparences mais toujours après avoir cherché le pourquoi du comment .Il avait cette envie folle selon moi de changer le monde. Il voulait faire l'histoire, être un exemple, un modèle pour les générations futures. Par dessus tout il était un grand croyant faisant de moi la femme la plus comblée qui soit. Il était mien et j'étais sienne.
    - C'était comment le boulot aujourd'hui?
    -Comme d'habitude, répondit Aristide. Des chiffres et toujours des chiffres à calculer, c'est d'un ennui...
    C'était toujours ainsi que se terminaient nos conversations depuis un certain temps. Aristide ne me parlait plus de ces journées au travail. Il avait perdu cet enthousiaste qu'il avait jadis chaque fois qu'il défendait ses idées révolutionnaires pour développer l'Afrique. Il s'était résolu à travailler derrière un bureau joliment décoré avec pour seuls compagnons des chiffres, toujours des chiffres. Je me sentais un peu coupable de ce changement. J'avais l'impression que mon apparition dans sa vie avait bouleversé tous ses projets. Que dis-je! Ce n'était pas une impression c'était la réalité. Depuis quelques années j'étais sienne et il était mien alors ses rêves étaient loin.
    Après le dîner Aristide alla border Franck et vînt me rejoindre dans notre chambre à coucher. Je lisais à ce moment la "l'étranger" d'Albert Camus. Mon bien aimé sourit en me regardant et alla prendre sa douche. Je savais que j'aurais à ranger mon roman dans quelques instants. Aristide après sa douche serait venu me serrer dans ses bras et il m'aurait demandé pourquoi je lisais ce roman que j'avais déjà lu plus d'une dizaine de fois. Je lui répondrais par un baiser et nous aurions passé la nuit à froisser les draps car dans ce lit il aurait été mien et j'aurais été sienne.
    J'étais encore dans mes pensées quant à la nuit d'amour qui m’attendait lorsque son téléphone portable signala un message. Ce n'était pas dans mes habitudes de fouiner mais ce jour là, je me suis risquée à lire ce qui ne m'était pas autorisée.
    "Mon amour tu me manques déjà. J'espère que tu as fais un bon voyage. Passe une bonne nuit."
    Mon cœur fit un bond dans ma poitrine après avoir lu ce message. J'avais mal certes mais je ne pouvais crier ma douleur et cela me faisait encore plus souffrir. Aristide avait renoncé à ses rêves parce qu'il avait en horreur le scandale. Il avait toujours été un modèle de vie jusqu'à ce que j'entre dans sa vie. Entre l'amour et une Afrique meilleure, il avait choisi d'être égoïste. Il m'avait choisi moi alors je ne pouvais pas me plaindre. J'étais sienne et il était mien mais personne ne devait le savoir. J'étais sienne et il était mien mais elle était l'épouse légitime stérile et j'étais la maîtresse qui lui avait donné un fils.
    Aristide sortit de la douche et m'embrassa une fois installé dans le lit. Il n'était là que pour une semaine pendant laquelle elle le croyait à l'extérieur du pays. Il était là à mes côtés me donnant tout ce que je désirais. Il était la me faisant sienne et se faisant mien. Il m'aimait; peut être pas avec la même intensité qu'au début mais pour moi il avait bafoué les règles de sa religion. Il était là me couvrant de cadeaux et de mots doux. Il était mien et j'étais sienne mais jamais nous ne formerions qu’un.

mardi 30 avril 2013

JUSTE UNE LEGENDE

Dessiné par Saraï d'Hologne


Yves venait de raccompagner son énième conquête lorsque son père demanda à le voir. 

-          Yves, chaque fois je te parle de ta vie de débauche mais tu sembles faire fi de mes conseils. C’est la dernière fois que je te mets en garde sur tes relations intimes avec des femmes mariées. Assieds-toi que je te raconte une histoire qui s’est passée dans notre village.

Yves s’assit sur le vélo de course de son père et l’écouta religieusement.

« Samuel était un bel homme, charmant, soigné qui venait d’être muté à Napiélédougou comme enseignant à la nouvelle école primaire du village. Le vieux Koné un ami à son père avait consenti à l’héberger le temps que l’Etat construise les logements des instituteurs, les précédents établissements ayant faits les frais de la crise sociopolitique. Samuel débarqua la veille de la rentrée des classes et on l’installa dans l’une des indépendances de la maison du vieux Koné. Après avoir pris sa douche, il fut invité à partager le repas de ses hôtes.
-     Bonne arrivée mon fils, le salua Koné. J’espère que tu as fait bon voyage.

-          Merci le vieux, oui oui malgré l’état de la route le voyage s’est quand même bien déroulé. 

-          Dieu merci donc, comme je te l’ai déjà dis tu es ici chez toi. Ton défunt père était un grand ami à moi et 
c’est avec plaisir que je te reçois; j’espère que tu t’y plairas.

-          Merci papa Koné. 

-          Avant tout j’aimerais attirer ton attention sur l’un de tes défauts que nous connaissons tous les deux. Tu es frivole mon enfant et ton charme et ton titre de citadin n’aideront pas à freiner tes ardeurs dans ce village. Je ne te demande qu’une seule chose, évite les femmes mariées. Jamais, au grand jamais tu ne dois approcher une femme déjà en couple avec un homme car le Senoufo ne pardonne pas l’adultère.

-          Eh papa Koné j’ai changé hein, je ne suis plus le jeune irresponsable et coureur de jupons que tu as connu pendant ton séjour à Abidjan. Je saurai me tenir tranquille.

-          Tant mieux mon fils.

La deuxième épouse du vieux Koné apporta la sauce arachide qui devait accompagner le plat de riz déjà disposé sur la table et les hommes entamèrent le repas.

Deux mois étaient passés depuis l’arrivée de Samuel au village et malgré son soi disant changement, il avait collectionné les jeunes filles comme un gamin collectionnait des billes. Aucune ne lui résistait car même si il n’était pas très grand de taille comme la majorité des acteurs de films à l’eau de rose, il dégageait un charme irrésistible du haut de ses 1m65 et n’avait rien en commun avec ces hommes qui s’usaient dans les champs de Napiélédougou. Presque toutes les belles jeunes filles avaient partagé sa couche mais son cœur ne battait que pour Inès l’épouse du vieux Yéo.

Inès avait tout pour plaire à un homme, de sa forme awoulaba à son teint clair naturel en passant par son ventre plat tel un tapis marocain, et par-dessus tout elle maniait très bien la langue de Molière contrairement à la plupart des filles du village. Inès était très joviale à l’extérieur mais enfouissait une grande colère à cause son mariage forcé avec le vieux Yéo dû à une dette impayée contractée par ses parents pour payer sa scolarité.

Lorsque Samuel avait commencé à lui tourner autour, Inès lui avait dit qu’elle était mariée et que son mari ne supporterait pas d’être cocu. Samuel n’en avait que faire des menaces d’un vieux Senoufo et face à son insistance la jeune fille lui céda l’accès à son intimité. Tout s’était passé dans la plus totale discrétion et Inès était rentrée chez elle lorsque Samuel ressentit le besoin d’uriner. 

Il s’apprêtait à se libérer, lorsqu’une petite fourmi rouge sorti de son orifice. Une, puis deux, puis trois puis une multitude d'insectes sortirent de son sexe lui infligeant par la même occasion une terrible douleur. Samuel ne comprenait pas ce qui lui arrivait, son pantalon grouillait de fourmis qui le gratifiaient de douloureuses morsures le long de ses jambes. Le jeune homme sortit en courant et alla expliquer la situation au vieux Koné qui lui demanda ce qu’il avait fait de répréhensible récemment. Après quelques minutes de silence, il raconta qu’il avait eu des relations coupables avec la femme du vieux Yéo.

-          Samuel ? Dans tout ce village c’est avec Inès que tu as eu envie de t’amuser ? Mon fils la dernière personne que tu aurais dû défier est ce vieux sorcier. On ira le voir dès demain matin en espérant qu’il sera assez indulgent pour annuler le sort. 

Malheureusement le lendemain matin, on apprit que le vieil homme avait été assassiné par sa jeune épouse Inès qui tombée follement amoureuse de Samuel avait décidé de se débarrasser de ce vieil homme qui profitait de sa jeunesse. Samuel fut ainsi condamné ; le supplice des fourmis le conduisit à se donner lui-même la mort. »

-          Papa je suis sûr que tu as inventé toute cette histoire pour me faire peur, dit Yves après l’histoire de son père. Ce n’est qu’une vieille légende du village.

-          Crois ce que tu veux mon fils je t’aurais prévenu.

Yves souhaita bonne nuit à son père (qui n’était autre que le vieux Koné) et retourna dans sa chambre à coucher. Il se rendit aux toilettes et étant sur le point d’uriner, il aperçut une fourmi rouge sur son indexe sans savoir d’où celle-ci venait.

vendredi 26 avril 2013

CINQ HOMMES, UN LOGICIEL


J’ai décidé d’écrire chaque semaine sur des personnes dont la vie ou les actions ont une place importante dans l’histoire du monde ou dans la mienne tout simplement. 


Lorsqu’on dit Mark Zuckerberg, presque tout le monde sait qu’il s’agit du fondateur de Facebook. Lorsqu’on parle de feu Steve Jobs on pense immédiatement à la pomme fruit préféré de bon nombre d’accros aux TICS. Lorsqu’on dit Bill Gates, au-delà des millions on pense au concepteur de Microsoft. Pourtant si je vous parle de Niklas Zennström et Janus Friis ou encore Ahti Heinla, Priit Kasesalu et Jaan Tallin personne ou presque personne ne saurait me dire de qui il s’agit.

Ce soir j’ai envie de vous parler de ces cinq hommes qui nous ont rendu un grand service bien que presque personne ne semble s'en rendre compte. Combien de fois avons-nous eu envie de voir notre famille, nos amis alors que nous nous trouvions à des kilomètres ? Combien de fois nous sommes nous rués sur nos ordinateurs afin de parler à ces personnes qui nous sont chères mais qui pour raisons diverses vivent loin de nous ?

 Depuis un moment je me demandais qui a donc créé ce logiciel qui nous permet de voyager assis devant un simple écran d’ordinateur ? A qui devons nous ce magnifique logiciel qui nous aide à moins ressentir l’absence de nos proches ?

Toi oui toi qui te trouves derrière ton ordinateur. N’es-tu pas content lorsque tes parents t’appellent et que toute ta famille te chante joyeux anniversaire alors que vous êtes séparés par des étendues d’eau salée ? Toi ma copine qui me lit, la dernière fois ton sourire ne t’offrait-il pas un chignon gratuit quand tu conversais avec ton Jules grâce à Skype ? 

Pourtant tu ne savais même pas que Skype avait été fondé par Niklas Zennström et Janus Friis et développé par Ahti Heinla, Priit Kasesalu et Jaan Tallinn. Moi je ne fais que te donner les noms mais voilà tout ce que j’ai pu trouver sur ces hommes pour qui nous devons avoir une pensée chaque fois que nous utilisons skype.  




mercredi 17 avril 2013

Une Vie, Un Modèle, Jésus et Issa


J’ai décidé d’écrire chaque semaine sur une personne dont la vie ou les actions ont une place importante dans l’histoire du monde ou de la mienne tout simplement. 

Pour commencer j’ai choisi de vous parler de Jésus (paix et bénédiction sur lui) dans la Bible et Issa (paix et bénédiction sur lui) dans le Coran. Il y a bien sûr plusieurs histoires sur Jésus (pbs) mais je ne veux parler que de ce  dont les livres saints peuvent attester de la véracité et qui résument un peu les croyances islamiques et chrétiennes sur sa vie.  Je préfère ne pas citer des Hadiths ou des textes qui ne font pas partis de la bible car il est difficile de savoir lequel est vrai et lequel est inventé alors je me contenterai de vous donner des informations dont les références sont faciles à vérifier.

Jésus (pbs) a son histoire en islam et dans le christianisme. Les deux histoires diffèrent en certains points mais ont un grand nombre de similitudes que j’aimerais partager avec vous. Je précise avant tout que je n’ai pas la science nécessaire pour prétendre détenir une vérité absolue aussi toute rectification serait la bienvenue.

Les divergences entre les deux religions au sujet de la vie de Jésus (pbs) se situent principalement sur son caractère divin. En Islam, Jésus (pbs) est le messie (Coran 3 : 45) mais pas le fils de Dieu. Il est un prophète tout comme Noé (pbs) , Abraham (pbs), Muhammad  (pbs) et d’autres encore l’étaient. (Coran 4 : 171). Enfin pour ce que je sais, Jésus (pbs) selon le Coran n’a pas été crucifié mais plutôt élevé directement vers Allah (Coran 4 : 157-158).

Dans la religion chrétienne, Jésus (pbs) est considéré comme le fils de Dieu (Marc 1: verset 1). Dans le catholicisme on parle de la sainte Trinité mais je ne vais pas m’attarder sur ce sujet au risque d’aller vers certains débats que je ne maîtrise pas. Selon la Bible, Jésus (pbs) a été crucifié (Luc23 : 32-33), puis est ressuscité le 3e jour (Luc24: verset 7) avant d’être élevé plus tard au ciel (Luc24 verset 51).

Certaines personnes volontairement ou non semblent oublier qu’il y a des similitudes dans le Coran et la Bible. Tout d’abord le Coran tout comme la Bible soutient que Jésus (pbs) est né d’une mère vierge qu’on appelle Maryam (Coran 19 : 16-22) chez les musulmans et Marie chez les chrétiens (Luc 1 : 26-38). Les deux livres évoquent le fait que Jésus (pbs) réalisait des miracles au nom du Dieu suprême. Ils soutiennent également que Jésus (pbs) était un homme pur, parfait (Coran 19: 19 et Hébreux 4: 15).  On admet dans les deux religions qu’on ne pourrait trouver les ossements de Jésus (pbs) dans un quelconque tombeau car il a été élevé au ciel. Enfin, l’islam et le christianisme s’accordent aussi sur le fait que Jésus (pbs) était le messie.

Au-delà des polémiques sur la religion je pense qu’on pourrait s’asseoir et parler de ce qui nous rassemble. Il y a certes des divergences mais Allah, Dieu est le seul à savoir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Je parle de Jésus (pbs) parce qu’il est une personne importante dans ma vie et dans celle de plusieurs autres personnes bien que je sois musulmane. Il y a tellement de débats stupides sur la religion que parfois je me demande si on ne les crée pas juste à la recherche de tensions. Quoi qu’il en soit Jésus (pbs) fut un personnage important en islam et dans le christianisme et sa vie (bien que je ne l’ai que survolée) est un exemple pour tous.


NB: Pbs: Paix et bénédiction sur lui est une formule que l'on rajoute à chaque fois que l'on énonce un prophète en islam.

samedi 6 avril 2013

SOS MELI,


Mélissa Guéï ou encore Méli pour les intimes est une jeune file très impolie mais quand même bonne conseillère. Moi je l'appelle "Vanou 8500 volts" mais pour cette rubrique elle essaiera de diminuer la dose de bêtises et de "gbès" qui l'anime. Je me charge de recruter des histoires (fictives) que rencontrent souvent des jeunes (bizarres ou pas) de notre âge. J'espère que vous aimerez ce duo de M².










Chère Méli, 

J’ai longtemps hésité avant de te faire parvenir ce courrier mais si je le fais c’est que je suis désespéré. J’ai connu ta rubrique par le biais d’une amie à moi qui n'en ratait jamais un numéro. Je sais que tu parles sans prendre de gants et c’est la raison pour laquelle je t’écris. Je m’appelle Didier et je suis amoureux de la meilleure amie de ma maman. 

J’ai 18 ans et elle en a 40, je suis conscient de la différence d’âge mais Méli essaies de me comprendre. Tantie Huguette malgré son âge mûr n’a rien à envier aux jeunes filles de ma génération. Elle a un « moutou » à faire baver Meiway, des lolos à faire frémir de jalousie Nastou. Eh Méli si tu voyais la forme «guitaresque» de la tantie, tu serais tentée de devenir lélé. 

Méli je sais que tu vas m’insulter mais j’ai besoin d’entendre des vérités crues de la part de quelqu’un. J’attends patiemment ta réponse et pourquoi pas une invitation dans ton cabinet ? Oui oui je sais que tu as ouvert un cabinet de psychologue et j’aimerais beaucoup avoir une séance avec toi. Merci Méli de me donner l’occasion de m’exprimer dans ta rubrique.

Didier l’amoureux transi. 



Réponse :

Sacré Didier! A mon avis, tu as plus besoin d'un psychiatre que d'un psychologue. Amoureux de la meilleure amie de ta mère? Et puis quoi encore? Amoureux de ta mère? Tu sais Didier, nous sommes en Afrique et ici, les cousine, amie, sœur  camarade et même collègue de ta mère sont un peu comme tes tantes. Tu as essayé d'imaginer? Tu sortirais avec ta tante? 

Imagine une seule seconde ton cousin qui sort avec ta maman. Tu verras que cette idée n'est qu'un cocktail de péché et de folie. C'est de l'inceste. C'est juste inconcevable. Et puis, c'est lolo que tu n'as jamais vu à Abidjan ici ou bien c'est un postérieur quarantenaire qui te parait venu du ciel? Ressaisis-toi. Je sais. Tu vas me dire que c'est l'amour, que c'est plus fort que toi, que ce genre de sentiment ne s'oublie pas en une seconde et nanani et nanana. Je te propose de l'éviter au maximum et de t’intéresser aux choses et personnes de ton âge surtout.

Chaque chose doit être faite en son temps. Tu n'as que 18 ans, intéresse toi donc aux filles de ta génération. Et puis, tu comptes sur quoi même? Si tu commets la triste erreur de t'hasarder à lui avouer tes ignobles sentiments, il n y aura pas deux cas: dans tous les cas, tu ne seras pas sauvé. Si elle ne se charge pas elle même de te faire entendre raison, c'est ta mère qui le fera; et avec toutes les conséquences que cela comporte. J'ai de l'espoir car tu sais déjà que tu n'es pas sur le bon chemin. La balle est dans ton camp: reviens sur le chemin de la normalité. Si ça t'intéresse, je serais très heureuse de t'aider.