vendredi 6 septembre 2013

UN ALLER SANS RETOUR






<< Chérie assieds-toi que je te raconte quelque chose que j’aurais dû te dire depuis bien longtemps. Je me rappelle de mon huitième anniversaire comme la pire journée de mon existence et pourtant presque tout était réuni pour faire de ce jour un moment inoubliable. La cour arrière de la maison avait été décorée avec soin par une experte et tous mes camarades étaient présents pour célébrer cette nouvelle année qui s’offrait à moi. Pour l’occasion papa avait fait venir Billy le clown le plus célèbre du pays afin de rendre la fête encore plus mémorable. Des crèmes glacées de tous les parfums, des pizzas aussi savoureuses les unes que les autres, du poulet, du bœuf, des fruits de mer…tous les plats dont le petit garçon que j’étais pouvait rêver étaient au rendez-vous. J’avais également reçu plusieurs cadeaux mais immense fut ma joie de recevoir un présent que j’attendais depuis plusieurs années. Je venais de couper mon gâteau d’anniversaire lorsque la sonnerie du portail retentit. Ahou ma nounou alla ouvrir et revint la mine déconfite en regardant papa. Une belle femme élancée, les cheveux coupés à la garçonne et vêtue d’une mini robe s’avança un paquet cadeau dans les bras.

- Que fais-tu ici Sonia ? cria papa à l’adresse de la visiteuse.

-          Comment ça, qu’est-ce que je fais ici ? N’est-ce pas l’anniversaire de notre fils ?

-          Notre fils ? Voyons depuis quand avons-nous un enfant en commun ?

-          Depuis que j’ai mis au monde ce magnifique gamin que voici.

Du haut de mes huit ans je venais de comprendre que le vœu que je faisais à chaque anniversaire s’était enfin réalisé.

J’en avais marre de rester muet chaque fois que mes amis me demandaient des nouvelles de ma maman. La première fois que j’avais osé demander à papa pourquoi est-ce que ma nounou était la seule femme de la maison il entra dans une colère si grande que cela m’enleva toute envie de retenter l’expérience.

-          Maman ?

J’avais prononcé ce mot sans m’en rendre compte mais surtout sans mesurer l’importance que renfermaient ces deux syllabes.

-          Habib rentres dans ta chambre, la fête est terminée.

-          Mais je veux parler à maman.

-          Je t’ai demander de rentrer dans ta chambre. Ahou s’il vous plait faites rentrer les enfants au salon.

-          Tu ne peux pas m’empêcher de voir mon fils Aziz !

-          Sonia, reprit papa sur un ton plus calme qui se voulait toutefois menaçant. Tu as perdu tes droits sur mon fils le jour où tu as claqué la porte de ma maison. Le jour où faisant fi de toutes mes supplications tu t’es envolée pour les caraïbes avec ton ambassadeur, tu as décidé qu’Habib n’avait plus de mère. Le jour où tu me jugeas trop pauvre pour mériter ta présence à mes cotes tu as décidé par la même occasion de mourir aussi bien pour moi que pour mon fils. A présent retournes d’où tu viens avant que je perde ce qu’il me reste de sang-froid.

Ces paroles restèrent à jamais gravées dans ma mémoire. Pendant longtemps j’en ai voulu à papa de m’avoir éloigné de ma mère. Du haut de mes huit ans je ne comprenais pas qu’il refuse d’accepter à nouveau dans sa vie une femme avec qui il a eu un enfant, et qu’il prétendait avoir aimé. Je me demandais si papa m’en voulait pour une quelconque raison au point de refuser que je reprenne contact avec ma génitrice ou s’il agissait tout simplement par égoïsme. J’étais sûr que même une dizaine d’années ne pouvait effacer un amour qui se voulait vrai, beau et sincère. »

-          Pourquoi me racontes-tu tout ceci mon amour?

-           Pourquoi Tendresse? Eh bien j’ai vu ton passeport récemment et j’ai remarqué le visa pour les Etats Unis. Je sais que ton amour de jeunesse Francis est de retour au pays et qu’il envisage de retourner bientôt chez l’oncle Sam. Je sais que tu l’as vu fréquemment pendant tout son séjour et je tiens juste à te mettre en garde. Une fois que tu partiras ce sera pour de bon. Avec beaucoup de recul et surtout en grandissant et en apprenant moi aussi à aimer, j’ai fini par comprendre l’acte de mon père. Contrairement à lui toutefois, si un jour tu revenais, je ne serai pas aussi tendre. Si un jour tu revenais à l’instar de mon irresponsable de mère, je te tuerai de mes propres mains afin que tu sois aussi morte dans l’esprit de notre fille que dans la réalité. J’éviterai à ma fille de vivre la même douleur que moi à mon huitième anniversaire. Voilà Tendresse la raison pour laquelle je t’ai raconté cette histoire. Bonne nuit chérie et n’oublie pas que ton vol pour Atlanta est prévu pour 22h.



Credit Photo: HSTUDIO'S
Models :        KAFANA KEVIN
                     SARAI D'HOLOGNE