dimanche 16 mars 2014

MON HAOUSSA, GRILLEUR DE POISSONS !

Un garbadrome au plateau par http://civ2011.france24.com
Hier tu m’as demandée si je t’aimais et j’ai répondu « non ». Désolée d’avoir été si brutale dans ma réponse mais je n’aime pas tourner autour du pot. Ta question permet moi de la reformuler était « est-ce que tu m’aimais ». En fait tu n’as jamais été un as en conjugaison et cela je l’ai remarqué depuis notre première conversation. Alors la vraie question selon moi aurait dû être « est ce que tu m’aimes ? » et j’aurais répondu « Non ». Seulement avec un peu plus de douceur dans la voix et un sourire malicieux.

Te souviens-tu de notre première rencontre ? Il parait que les gens amoureux se souviennent toujours de la première fois qu’ils ont aperçu l’être aimé. Je ne doute pas de ton amour mais tes lacunes en conjugaison n’égalent pas tes trous de mémoire alors je vais tout de même te faire un petit rappel. C’était un soir d’été alors que le soleil achevait sa longue course de la journée…Pause. Tu ne pensais tout de même pas que j’allais être fleur bleue ? Si ? Ah tu devrais me connaitre mieux que ça.

Je t’ai aperçu la première fois à la sortie d’un garbadrome. Tu portais un jean délavé et un T-shirt de publicité. Cela faisait une éternité que j’avais vu un T-shirt avec marqué en grand OMO-Multi-action. Quelle ironie ! Tes vêtements semblaient ne pas avoir connu de lessive depuis un bon moment. Tu venais de terminer ton travail et moi j’étais triste de ne pas être arrivée à temps car, il n’y avait plus de poisson thon. En me voyant, mon assiette vide à la main, tu as prononcé cette phrase dont j’aurais pu me passer. «Ma chérie poisson est fini. »

Primo, je n’étais pas ta chérie, nous ne nous connaissions pas. Deuxio, j’avais deux yeux pour me rendre compte, par moi-même, qu’il n’y avait plus de poisson. Je n’avais certainement pas besoin que l’on me rappelle que je n’aurais pas droit à mon garba du vendredi. Comme tu as pu le deviner à ma mine serrée ce jour-là, je ne te portais pas dans mon cœur. Et pourtant deux années plus tard, tout le quartier nous appelait les amoureux du garbadrome.

Chaque soir après mes cours, je venais te tenir compagnie pendant que tu grillais les poissons pour ton grand frère. J’aimais bien discuter avec toi et j’avais découvert en toi des qualités que les autres ne voyaient pas. Ces autres qui ne comprenaient pas que moi Lucia l’intello, je sois amoureuse d’un haoussa grilleur de poisson thon. Ces autres qui de toi, ne voyaient que les tenues délavées. Ces autres qui plusieurs fois, ont dit que tu m’avais envoutée. Ces autres qui seront encore plus surpris demain d’apprendre que nous allons nous marier.

Que ne ferait-on par amour ? Je t’ai aidé à prendre des cours du soir parce que tu voulais toi aussi aller à l’école. Tu étais un élève forcené et c’est grâce à ton acharnement que tu as fini par obtenir le BEPC. Ton amour pour les nouvelles technologies a fait de toi un développeur d’application connu et apprécié par les plus grandes structures du pays. J’ai encore du mal à croire que c’est ta photo à la une du magazine « Plus de Tics, moins de tares » du mois dernier. Tu as su devenir « quelqu’un » comme tu le rêvais. Et je suis fière d’avoir contribué à ton succès d’une manière aussi minime qu’elle soit.


Enfin, si tu me reposais la question et me demandais si je t’aime, je te répondrais sans doute « Non ». Juste parce que c’est avril, et que tu mérites un gros poisson d’avril en souvenir du bon vieux temps. 


* Haoussa: Peuple du Sahel que l'on retrouve en Côte d'Ivoire et que l'on assimile la plupart du temps aux vendeurs de garba. 

*Garba:  Plat populaire ivoirien à base de semoule de manioc et accompagné de morceaux de thon frits.

*Garbadrome: Endroit où l'on vend du garba. 

dimanche 23 février 2014

LAISSE-MOI TE DIRE...


Model: Fatima Soro
Photographe: HSTUDIO'S


La vie est un mystère.
Un mystère qui est l'expression même de l'inconnu.
Un inconnu que d'autres assimilent au hasard.
Mais pour moi le hasard n'existe pas, je n'y crois pas.
Tout arrive pour une raison, tout est mektoub *.
Je ne me rappelle pas de la première fois que nous avons commencé à parler, ni de la première fois que j'ai eu à poser les yeux sur toi.
Mais je me souviens très bien la première rencontre de nos lèvres.
Tu es rentrée dans ma vie comme l’on rentre dans une église ou dans une mosquée, avec calme et tranquillité.
Tu es venue et mon cœur a recommencé à sourire.
Ma vie avait changé, tu étais là, et tout allait bien.

Laisse-moi te dire que tu es celle qui m'a donné la force, tu étais mon pilier.
Tu étais celle qui me donnait envie, envie de rire, envie de vivre.
Tu étais de celles qui savent comment parler à un homme, comment rendre un homme heureux.
Souvent, je levais les yeux vers le ciel pour remercier le Seigneur de t'avoir mise sur mon chemin et de t’avoir pour femme.
Laisse-moi te dire que tu étais une personne plus que formidable.
Je ne t'oublierai jamais car à chaque fois que je regarde notre fille, je pense à toi.
Elle te ressemble tellement, elle est aussi belle que toi, elle a ton sourire, elle a tes yeux.
Parfois elle demande après toi et j’ai souvent du mal à lui répondre, je ne trouve pas les mots pour lui dire que sa maman est allée pour ne plus revenir.
Bien souvent mon cœur pleure ton absence.
Je n’étais rien sans toi, grâce à toi, j’étais mais maintenant je ne suis plus que l’ombre de ma personne.
Tu me manques, tu manques à ma vie, tu manques à notre fille.
J'espère que tu es heureuse depuis là-haut et que tu veilles sur nous.
Laisse-moi te dire que jusqu’à ce que l'ange de la mort vienne me chercher je t'aimerai plus fort chaque jour...

YD.

* Formule exclamative arabe, que l'on traduit par «C'était écrit»

Le texte n'est pas de moi mais d'un ami qui a accepté que je le publie sur mon blog. 

samedi 15 février 2014

PRENONS LE TEMPS D'ARROSER NOS JARDINS !




Il y a ces évènements, ces personnes, ces choses qui une fois sur notre chemin remettent tout en question. Bien souvent on prend des résolutions sur le coup, on décide de changer, de devenir meilleur…malheureusement ce sont parfois des décisions du moment. Quelques instants plus tard nous reprenons nos mauvaises habitudes et recommençons à nous plaindre…

Hier j’ai regardé une expérience consistant à relooker des femmes, à les prendre en photos et ensuite à retoucher ces photos afin qu’elles ressemblent aux mannequins sur les couvertures de magazine. (Vous pouvez en voir plus ici) Les réactions de ces femmes m’ont fait repenser à cette phrase « Pourquoi ressembler à quelqu’un d’autre quand je peux être moi ? » On ne s’en rend pas souvent compte mais nos vies sont des bénédictions. Il nous arrive de souhaiter changer telle ou telle partie de notre corps, pourtant il y en a qui rêvent juste d’avoir leurs cinq sens au complet.

Il arrive que je fasse des critiques en voyant des personnes se plaindre de leur vie, ou d’autres personnes sur les réseaux sociaux. Oh pas la peine de se jouer aux saints! Cela vous ait sans doute déjà arrivé à vous aussi.  Pourtant tous, nous nous plaignons presque tout le temps. Que ce soit à des proches, à Dieu ou même intérieurement. De notre physique, de nos moyens financiers, de notre santé, de nos notes en classe, de nos parents, de nos amis, de nos amours… On pourrait prendre des jours entiers rien que pour dénombrer nos moments d’ingratitude.

Bien souvent nous en sommes à envier les « uns » tandis que d’autres prient pour avoir un dixième de ce que nous possédons. La vie n’est pas faite pour être toujours belle. Elle a son lot de coups bas mais est-ce une raison pour oublier tout ce pourquoi on devrait être reconnaissant ? En ouvrant les yeux un peu plus on verrait qu’il y a ces petites choses insignifiantes que nous prenons pour acquises mais qui pour certains demeurent des miracles. Si nous prenions le temps d’arroser nos jardins, notre herbe serait sans doute aussi verte que celle du voisin que nous passons notre temps à reluquer.

En regardant bien autour de nous, plutôt que d’observer uniquement ce qu’on aimerait avoir ; en essayant de lever les yeux de notre zone de confort, on se rendrait surement compte que nous avons tout pour être heureux si seulement on se donnait la peine de l’être. Il ne s’agit pas de se complaire dans la médiocrité. Ce n’est pas un crime de vouloir obtenir plus de confort. Le crime est de négliger l’appréciation de ce qu’on a déjà en rêvant de ce que les autres possèdent. J’ai écrit cet article en espérant pouvoir le relire chaque fois que je me plaindrai afin de me rendre compte à quel point Dieu m’a bénie.

Récemment j’ai regardé des vidéos de motivation de personnes ayant des handicaps mais qui malgré tout ont choisi de vivre heureux. Plusieurs personnes les ont déjà visionné mais j’espère qu’en les regardant à nouveau, nous serons plus reconnaissants car rien de ce que nous possédons actuellement n’est entièrement acquis.  







dimanche 9 février 2014

NE ME MAUDIS PAS !



Model: Sarai D'Hologne
Photographe: Nadege Cakpo
Je me demandais ce que j’aurais pu dire pour me justifier mais en fait rien ne pourrait justifier ce que j’ai fait. En t’écrivant cette lettre j’espère juste que tu me pardonneras l’impardonnable. Je comprendrai que tu ne veuilles plus me parler mais prends au moins le temps de me lire jusqu’au bout.

J’ai rencontré Alain il y a quatre mois alors que je faisais des courses au supermarché du quartier. Il s’est gentiment proposé de m’aider à transporter mes courses jusqu’à la maison et il me parlait comme s’il me connaissait depuis longtemps. Je ne comprenais pas son comportement jusqu’à ce qu’il m’appelle Marie-Jeanne. Il m’avait donc confondu avec toi. 


Tu sais, les gens disent très souvent que nous nous ressemblons mais j'ignorais que c’était jusqu’à ce point. Il y a quand même trois années de différence entre nous mais certains de mes amis refusent de me croire lorsque je dis que nous ne sommes pas des jumelles. Bref il m’est arrivé de revoir Alain plusieurs fois après notre rencontre et je ne sais pas comment cela s’est produit mais, jamais il ne s’est rendu compte que je ne fusse pas toi. Je suis allée jusqu’à lui dire que j’avais changé de numéro de téléphone afin qu’il efface le tien. C’est le cœur à la foi plein d’amour mais aussi de remords que je t’écris cette missive. Je sais que je ne mérite pas ton pardon mais l’amour tu le sais mieux que personne rend aveugle.

Rappelle-toi lorsque tu as quitté ton fiancé le jour de vos noces parce que tu venais à peine de rencontrer un jeune homme que personne d’autre ne connaissait. Tu criais sur tous les toits que tu avais rencontré l’amour de ta vie et personne, ni ton fiancé d’alors, ni même nos parents n’ont réussi à te convaincre que tu faisais une bêtise. Souviens-toi combien tu t’es battue corps et âme pour cet inconnu rencontré au détour d’une ruelle. Grande sœur je sais que je te fais de la peine et que tu as envie de me maudire mais je t’en supplie ne le fais pas. Sous le coup de la colère on peut dire certaines choses que nous regretterons toute notre vie. Jean ton ex fiancé t’a peut-être lui aussi maudit lorsque tu l’as abandonné devant l’autel. Pourtant tu conviendras avec moi que ta seule erreur fut d’en aimer un autre que lui. Voilà pourquoi je te demande de ne pas proférer de malédiction à mon encontre car tout comme tu le fus grande sœur je suis moi aussi la victime de ce maudit Cupidon.

Je sais qu’Alain était l’homme de ta vie mais vois-tu, si tu me l’avais présenté plus tôt jamais je ne m’en serais approchée. Après l’échec de tes fiançailles, les parents ne voulaient plus te parler. Bien que tu fusses toujours à la maison, personne ne t’adressait la parole, du moins personne d’autre que moi. Bien des fois je t’ai demandé de me faire découvrir cet homme qui en une semaine avait réussi à mettre un terme à une relation - que tu lui avais caché soit dit en passant - de plusieurs années. Cela nous aurait sans doute évité ce qui arrive aujourd’hui mais il est trop tard à présent. Lorsque ce jour-là je l’ai rencontré au supermarché, j’ai tout de suite compris pourquoi tu avais bravé la colère de tous pour son amour. Alain est un dieu de la beauté, le Narcisse contemporain - sans le coté narcissique - je dirais. Comment un homme peut- il allier aussi parfaitement la beauté à l’intelligence, sans parler de son respect pour la femme. Je suis sure que tu me comprends ; que tu sais mieux que quiconque combien il est facile de succomber à son charme.

Si je te demande pardon aujourd’hui ma sœur c’est parce qu’à cause de moi tu as tenté de mettre fin à tes jours. Alain a déménagé du quartier et tu ne pouvais pas le savoir étant donné que c’est avec moi qu’il communiquait désormais. Tu te languissais de son absence et bien que tu ne te confies pas à moi je savais pourquoi tu passais désormais tes nuits à gémir. Ah oui ! C’est aussi moi qui avais effacé son numéro de ton portable et par chance tu ne le connaissais pas encore par cœur.

Quelle bonne idée ont eu nos parents de nous appeler respectivement Marie Jeanne et Marie Anne ! Ça n’a pas été difficile plus tard de convaincre Alain que mon vrai prénom - ou le tien, peu importe - était Marie Anne plutôt que Marie Jeanne comme il le pensait. Nous filions donc le parfait amour pendant ces quatre mois au cours desquels je te voyais dépérir et pleurer toutes les larmes de ton corps parce que sans nouvelle de lui. J’ai bien failli te dire la vérité mais encore une fois grande sœur, tu connais Alain et tu sais qu’aucune femme ne se résoudrait à le perdre ainsi.

En fait grande sœur, tu avais abandonné Jean que tu connaissais depuis l’enfance au profit d’Alain que tu avais rencontré une semaine avant ton mariage. De lui tu ne savais pas grand-chose, tu ignorais donc que son père était décédé un mois avant votre rencontre et qu’il devait aller en France pour gérer ses affaires et s’occuper de sa famille y résidant. Je suis désolée de te l’apprendre sur ton lit d’hôpital mais au moment où tu lis cette lettre je suis dans l’avion aux cotés de celui qui nous rend folles toutes les deux. Nos parents ont accepté que je parte avec lui. Tu ne l’as pas rencontré lorsqu’il est venu déposer ma dot tout simplement parce que tu ne sortais plus de ta chambre. Ta tentative de suicide a bien failli me faire chanceler mais j’aime trop Alain pour le laisser partir à Paris sans moi.


Je sais que tu me pardonneras difficilement mais grande sœur, pense à Jean qui a dû souffrir comme tu souffres actuellement. Il m’a d’ailleurs dit qu’il t’aime toujours et qu’il t’attendra à ta sortie de l’hôpital. N’oublie pas également que j’aimais Jean avant toi mais que tu as quand même accepté ses avances. Ce n’était pas une vengeance grande sœur mais je veux juste que tu y repenses avant d’envisager de me maudire. J’avais fini par accepter de perdre Jean car tu m’as dit que j’étais jeune et que ce que je ressentais était plus de l’admiration que de l’amour. Tu me l’as pris pour ensuite l’abandonné ainsi. Je n’avais pas prévu de te rendre la monnaie de ta pièce mais je suis sure qu’Alain était juste un fantasme pour toi ; tu ne l’aimais pas vraiment… Grande sœur je t’en prie retourne aimer ce que j’admirais et moi je me contenterai de ce dont tu rêvais. Ne m’en veux surtout pas, ne me maudit pas, l’amour est le seul coupable.

lundi 25 novembre 2013

JE T'ATTENDAIS

Dessin par Saraï D'Hologne

Le regard perdu dans le néant, j’attendais ton retour. Au début, je regardais l’horloge du grand salon mais j’ai fini par croire que le temps s’était figé. Il était temps que tu rentres car de bonnes choses t’attendaient. Pendant ta longue absence j’avais eu le temps de faire une myriade choses. J’ai confectionné tes plats favoris et mis au frais ta cannette de coca light. Je savais que tu l’aimais bien glacée et j’avais hâte de t’admirer en train de manger tes pommes de terre frites devant la télévision. Apres la cuisine, je me suis assise dans le canapé et j’ai encore attendu. 30 minutes ? Une heure ? Peut-être une heure trente minutes, je ne m’en souviens plus exactement mais je sais que j’en ai eu marre de ne rien faire alors je me suis mise au ménage. A ton retour tu aurais pu voir ton reflet dans le carrelage tant je me suis appliquée à le faire briller. Tu aurais sans doute compris pourquoi je ne cessais de te répéter que tu étais beau, bien plus beau que moi. 
J’attendais avec impatience que tu passes le pas de la porte et que tu embellisses la maison de ton rire contagieux. J’aurais sans doute ri moi aussi mais seulement parce que je trouvais cela mignon quand tu bégayais animé par un enthousiasme trop grand pour ton petit corps. 

Lasse d’attendre à l’intérieur, je me suis assise sur le perron de la porte et j’ai regardé certains voisins passer avec leurs enfants. Ils riaient a gorge déployée pendant que moi je t’attendais. Ils riaient alors que moi j’étais à la fois anxieuse et excitée. J’étais aussi excitée qu’à chaque fois que je t’attendais. Excitée à l’idée de revoir ta petite frimousse, ton visage angélique et cet air innocent que tu transportais tout le temps avec toi. Pourtant j’étais aussi anxieuse parce que je craignais le pire; tout était trop beau, trop frais pour être vrai. Je n’avais connu que des orages et des éclairs et tu étais le premier mais oh combien éclatant rayon de soleil que je recevais dans ma vie.

En repensant à toutes ces années pendant lesquelles j’étais le sujet principal des commères du quartier, je ne me suis pas aperçue de la présence du vieil autobus jaune de ton école devant la maison. Ton ami Malick en descendit et je t’aperçus juste derrière lui. Tu avais l’uniforme taché d’encre de toutes les couleurs et tu portais fièrement ton sac à dos à l’effigie de Mickey; le sac que tu m’avais presque forcé à acheter. Tu descendis et couru te jeter dans mes bras. Comme chaque jour de la semaine tu crias « Maman » et mon cœur rata un battement. Oui j’étais heureuse car je n’étais plus cette femme que les autres pointaient du doigt. Je t’avais certes adopté mais tu étais mien, tu étais mon fils, j’étais ta mère et il n’y a que cela qui comptait.


20 Novembre 2013, Journée internationale des Droits de l’Enfant. J’ai une pensée spéciale pour tous ces enfants qui n’ont pas la chance d’avoir un toit, des bras chaleureux dans lesquels se blottir, des parents sur qui compter… Mais je pense également à ces femmes qui attendent impatiemment de pouvoir vivre ce qu’il y a de plus beau. Qui sait ? Il y a peut-être un enfant quelque part qui lui n’attend que vous…

vendredi 22 novembre 2013

JULIE ET JULES


J'ai écrit ce texte avec Mélissa et c'était amusant d'essayer quelque chose de nouveau, une histoire née de la spontanéité de chacune. 

Illustre par SARAI D'HOLOGNE

C'était un garçon à l'air misérable, aux cheveux trop longs et aux yeux trop grands, très marrons, toujours étonnés. Il avait un charme triste. Du haut de ses vingt ans, on pouvait remarquer que c’était un drogué déjà fatigué. On avait envie de lui chuchoter dans l'oreille quand il dormait qu'on était là, qu'on allait le faire vivre un peu plus longtemps; qu'il allait revoir le soleil et qu'il n'en croirait pas ses yeux. Mais vite, on se rappelait qu'il ne voulait plus de ça. Alors, on se ravisait tristement.

C’était une fille à l’air innocent, élancée, raffinée aux yeux rieurs, qui sentait et respirait la joie de vivre. Du haut de ses 18 ans on pouvait voir qu’elle n’avait connu que le miel et que des années de vaches grasses l’attendaient encore. Elle avait la beauté de ces princesses décrites dans les contes des frères Grimm que Maman me racontait au temps jadis. Son rire était contagieux mais moi j’étais majeur et vacciné contre le bonheur alors le virus de sa joie ne m’atteignait pas.

Jules était un gars particulier. Le genre de garçon que tu n'espérais jamais rencontrer. J'étais secrètement amoureuse de lui mais pas de son passé; de son futur, peut-être; s'il acceptait de l'envisager, moins ténébreux.

Julie était une fille particulière. Le genre de fille dont je n’oserais rêver même après une overdose de ma drogue préférée. J’étais secrètement amoureux d’elle mais je savais que je n’en avais pas le droit. Je l’aimais pour sa beauté, pour sa pureté, pour ses mimiques, pour son parfum; mais je savais qu’elle ne méritait pas qu’un déchet ambulant s’intéresse à elle.

J'étais persuadée qu'il méritait mieux qu'une mort précoce due à un bad trip. Je voulais être avec lui, l'aider à aller de l'avant et espérer qu'un jour, il tombe amoureux de moi.

Lorsqu’elle m’a parlé pour la première fois, je me suis retourné croyant qu’elle s’adressait à une quelconque personne derrière moi. Et pourtant, elle me parlait à moi, aussi invraisemblable que cela pouvait paraître. Elle me parlait de mon futur, de ce que je pourrais être si jamais je voulais me donner la chance de changer. Je me demandais ce qu’elle avait à se prendre pour une pêcheuse d’âmes perdues. Elle savait surement que j’avais ces maudits sentiments à son égard alors cela l’amusait bien d’enfoncer la flèche de Cupidon dans ce qui me restait de pompe de sang.

Jules était tout ce que j'aimais. Mystérieux, ténébreux, charmant, intelligent. Non, en fait Jules était tout. Tout ce qu'on espère d'un homme.

Julie n’était pas mon idéal féminin, elle était l’idéal féminin. Aucun homme sur terre ne pourrait résister à son charme car elle alliait parfaitement la beauté et la douceur à l’intelligence et la pudeur.

J'aurais bien voulu le présenter à maman. Mais elle s'imaginerait tout un tas de trucs notamment que je sortais avec un drogué. Maman était championne des conclusions hâtives. Cette hypothèse était donc annulée. Jules m'a dit qu'il a arrêté les études après la licence. Il étudiait la physique aérodynamique. Il a arrêté juste comme ça. Je ne comprenais pas pourquoi il se donnait autant de mal pour gâcher sa vie.

C’était cela aussi son défaut, elle aimait fouiner partout. Aucune question ne devait rester sans réponse avec elle tandis que moi j’avais un univers entier d’équations sans solution. Elle pensait que je n’avais pas de rêves, que je m’évertuais à me détruire par pur masochisme alors que la vérité était toute autre bien plus noire que ce qu’elle paraissait.

Je ne pensais plus arriver à le comprendre un jour. On n’avait vraiment pas la même façon de voir le monde. J'étais trop dans les normes et lui, il détestait les normes. Je ne sais pas pourquoi je l'aimais finalement; encore moins pourquoi je m'efforçais à vouloir à tout prix le mettre sur le droit chemin: il détestait le droit chemin

Elle semblait avoir enfin compris que j’étais irréparable. Je la voyais s’éloigner et avec elle les fragments restants de mon cœur. J’avais envie qu’elle reste, qu’elle m’aide à changer mais en y repensant je n’avais pas tellement envie du changement. Pourquoi aurais-je voulu ressembler aux autres quand je pouvais être moi ?

J'avais décidé de le laisser seul avec ses théories farfelues. Il pouvait mourir, ce n'était plus mon problème. De toutes les façons, les sourds ne peuvent pas entendre. Encore moins quand leur surdité est confortable.

Tout était dit, elle en avait marre. J’ai essayé de crier pour la retenir mais à quoi bon quand je savais que jamais nous ne nous accorderions ? Nous étions comme l’eau et le feu, l’ange et le démon, destinés à nous regarder mais seulement de loin de crainte que l’un ne corrode l’autre. Je l’aimais mais s’il fallait pour cela devenir normal, alors je préférais la regarder s’en aller.

En fait, j'avais compris qu'il ne m'aimait pas. C'est comme ça dans la vie: on aime toujours ceux qui se passeraient aisément de nous. Je ne devais plus l'aimer. Et puis, c'est tout.







mardi 19 novembre 2013

THE TEACHER SAYS IT'S UNREALISTIC


C’est l’histoire d’un petit garçon dans les années 60 à qui la maitresse avait donné un exercice à rendre sur ce qu’il voudrait avoir ou être dans le futur. « I want to be on TV » telle était la seule phrase que Steve rendit à la maitresse. L’enseignante informa la mère de Steve qui à son tour après avoir grondé son fils rendit compte à son époux. Le père demanda à son épouse à quel niveau se trouvait le problème. « The teacher says it’s unrealistic» répondit-elle. « How the hell does she know that? » renchérit monsieur Harvey.

Désolé pour ces parties en anglais, j’aimais juste le dialogue dans sa version originale. Pour revenir au sujet d’aujourd’hui, c’est l’histoire d’un personnage fascinant, auteur, acteur, animateur de radio, producteur exécutif…Steve Harvey a plus d’une corde à son arc. L’auteur de Act Like a Lady, Think Like a Man était présent dans les locaux de notre université pour nous raconter son histoire d’amour avec le succès. Il a énuméré certains points qui je pense pourrait aider toute personne ayant des rêves.

1)      God gave me what I have.

Un homme qui possède la gloire, la richesse, la renommée, des choses pour lesquelles certaines personnes seraient prêtes à tuer de nos jours mais qui plutôt que de s’enorgueillir reconnait le rôle de Dieu dans sa vie. Dieu est celui qui l’a gratifié de son don de « beau parleur », de son humour, de son talent d’acteur, de tout ce qui fait de lui ce qu’il est. Bien qu’arrivé au sommet, il continue de lui rendre gloire car il se sait créature du créateur.

2)      Successful people know the secret of how to condition your mind…How do you handle when you fail? If you want to accomplish something, prepare yourself, get into your mind that it’s gonna be difficult

A l’école nous apprenons à « lire et à écrire », nous sommes en quête de diplômes. Toutefois l’école ne nous enseigne en aucun cas comment faire face à la vie réelle. Nous n’y apprenons que des théories alors que la route du succès nécessite la pratique, beaucoup de pratique. Le chemin qui mène au succès, à la réalisation de nos rêves est parsemé d’embuches et il va falloir à un moment ou à un autre que nous trébuchions. Toutefois la chute ne fait pas de nous des perdants bien au contraire, il s’agit d’un test pour savoir si nous avons l’âme de gagnants. Les vainqueurs ne baissent pas les bras et malheureusement l’école ne nous apprendra pas à nous relever. Il faut que nous fassions un travail personnel afin de conditionner nos esprits.

3)      If you quit you will never see the end.

Dans le 2e point, il s’agissait de préparer son esprit à des moments sombres, des périodes de doute car pour vaincre il faut d’abord lutter. Combien de fois certaines personnes ont-elles abandonné en cours de route ? On pleure pour de mauvaises notes en classe, on pleure parce que l’on pense s’éloigner de nos objectifs. Il est bon de pleurer si cela peut nous aider à nous libérer. Pleurons si le cœur nous en dit, mais n’abandonnons pas, car le meilleur moyen de s’avouer vaincu est d’abandonner ses ambitions.

4)      Your dream is the most important...Dream big

Comme je l’avais dit au début l’enseignante comme si elle possédait une baguette magique lui permettant de décider de l’avenir avait déclaré irréaliste le rêve de Steve. Tout comme Steve, nous rencontrerons dans notre vie des personnes, des évènements qui nous laisseront penser que nos rêves sont hors d’atteintes mais Steve Harvey à travers son experience nous dit que le plus important n’est pas ce que disent les autres. Le plus important est ce dont nous rêvons et nous avons pleinement le droit de rêver de manière grandiose.


5)      It isn’t what you are, it’s what you think…Change your transmitting frequency

L’auteur prend un exemple banal pour nous parler du pouvoir de nos pensées. Une femme qui se met en tête que tous les hommes sont mauvais ne rencontrera sur son chemin que de mauvaises graines. Je dirai même qu’elle pourrait en rencontrer de bonnes mais n’aura pas assez de discernement pour les reconnaitre. Lorsque nous voulons quelque chose, conditionnons nos pensées afin d’obtenir l’objet de nos désirs. Penser négativement ne nous apportera rien de positif. Nous ne sommes pas nés pour souffrir, notre créateur a en sa possession le menu de notre vie et c’est à nous de lui demander ce que nous voulons afin de voir les choses changer, afin d’obtenir les meilleurs plats.

6)      The Key to success is faith

Steve termine son speech en nous invitant à croire, à nourrir notre foi. La clé du succès repose sur cette foi que chacun de nous place en son créateur, peu importe qui il considère comme étant l’être suprême. Il partage enfin avec nous cette phrase qu’il a retenu de sa mère:

« Don’t forget to pray, don’t be ashamed to pray, don’t be too proud to pray because prayers change things. »















lundi 18 novembre 2013

ALERTE AUX "ECRIVEURS" !!!



Ça ne va plus du tout alors là PLUS DU TOUT. Je ne suis pas la seule à m’en plaindre mais moi j’ai envie de crier un tout petit peu d'écrire mon ras le bol. Les concernés se reconnaitront  et vont sans doute critiquer mon point de vue mais c’est ma manière de voir et l'on n’y peut rien; dans tous les cas ce qui est écrit est écrit. La majeur partie des personnes présentes sur les réseaux sociaux et Facebook en particulier a déjà mis les pieds à l’école et j’ose croire, a déjà suivi au moins un cours de français. Pourquoi diantre certaines personnes nous abiment-elles donc les yeux avec des « xuxu » ou des phrases dont on peine à découvrir le sens ?

« Asso xest vre h1 dem1 la parti non vers et pui les ga meme ca oui. » « penx a ns ox6 o » «  kwkw fam mm dja u è ariv a bas u oubli. » « xest kmenx ndk dep8 laa » «lamou xes tro cmplik. U m fe soufri dep8 la mes 1 jr u va reget tt c k u me fe»

Nous ne sommes pas dans une salle de classe c’est un fait. Facebook n’est pas fait pour reprendre les cours de français et encore moins pour se voir corriger à la moindre erreur grammaticale par des pseudos professeurs je suis d’accord. Mais prenez vos amis en pitié quand vous écrivez. De nos jours les utilisateurs de Facebook utilisent soit un ordinateur, soit un Smartphone pour se connecter. Les inventeurs de ces différents outils ont pris tout leur temps pour mettre à notre disposition  TOUTES les lettres de l’alphabet et nous avons en plus des correcteurs à notre service. Ce n’est pas obligé d’écrire un statut sur Facebook, on se passerait bien également de vos grandes phrases à chacune de vos publications de photos. Non seulement certains vont évoquer un éternel "goumin" mais en plus en lisant leur orthographe tu as envie de commenter, pas etonnant qu’on t’est largué yako mais il faut revoir tes cours de français après avoir appelé Carglass pour réparer ce cœur brisé.  

Quand vous correspondez par message que ce soit sur internet ou ailleurs, prenez la peine d’écrire 
convenablement. Je comprends que certains soient pressés parce que le temps c’est de l’argent, toutefois votre interlocuteur perdra encore plus de temps à essayer de comprendre vos messages codés que vous n’en prendriez à écrire chaque mot correctement.

Je suis "kpakpato" je le sais mais je viens de lire un statut qui m’a tellement traumatisée qu’il fallait que j’en parle. Nous ne sommes certes pas des « Molière » mais il y a un minimum à respecter. Je reconnais et j’avoue avec beaucoup de honte que j’ai moi aussi eu ma periode « xuxu » et il m’arrive également de faire des fautes d’orthographe en l’occurrence sur Twitter, mais à un certain moment il faut évoluer et aussi anodin que cela puisse paraitre chez certaines personnes, cette évolution, l’acquisition de maturité, inclut notre manière de nous exprimer à l’écrit sur les réseaux sociaux et ailleurs. Non seulement ces textes outrageusement abrégés (si on peut appeler cela de l’abréviation) sont difficiles à comprendre, mais en plus cela laisse entrevoir une image peu glorieuse de son auteur.

Pour ma part si tu m’envoies « XLT KMEN TU VAS YA LGTEMPS HEIN »,  je te répondrai avec beaucoup de retenue d’écrire plus correctement. Toutefois sans vouloir paraitre prétentieuse, il y a de fortes chances que la conversation prenne fin plus tôt que prévu si je ne comprends rien à ce que tu racontes. Pitié pour mes yeux je porte déjà des lunettes...

Bisous les copains !


*Goumin: chagrin d'amour à l'ivoirienne
*Kpakpato: Qui se mele de ce qui ne le/la regarde pas
*Yako: expression baoule devenue populaire en Cote d'Ivoire pour exprimer son soutien dans une situation difficile.




jeudi 24 octobre 2013

UNE FEMME D'EXCEPTION


Rosa Parks et Martin Luther King, 1955

J’ai un rêve, celui de devenir une femme d’exception. Une bonne épouse oui, une mère de famille modèle bien entendu mais aussi une femme avec des valeurs à défendre et dont l’histoire se souviendra comme une combattante. J’aimerais être comme cette couturière qui, huit ans après son départ demeure un modèle de bravoure dans beaucoup d’esprits.

Rosa Louise McCauley Parks naquit le 04 février 1913 à Tuskegee une ville de l’Alabama. A 42 ans, couturière et par moment aide-soignante, elle faisait partie des Noirs qui refusaient de se considérer inferieurs aux hommes Blancs. Elle était engagée dans la lutte des droits civiques notamment en étant membre de l’ « American Civil Right Movement » et secrétaire de section de la NAACP (National Association for the Avancement of Colored People).

Bien que son dévouement pour l’abolition de la ségrégation n’était pas secret de polichinelle, Rosa n’avait en aucun cas prévu ce qui arriva ce 1er decembre 1955. Alors qu’elle rentrait chez elle après une journée de travail, elle se vit demander par le chauffeur de bus de céder sa place à un homme blanc. Quand j’y repense, on a l’impression que la galanterie était conçue autrement à cette époque  et que ce n’était pas aux hommes de céder leurs sièges aux femmes mais plutôt aux Noirs de le faire au profit des Blancs. Cependant ce jour la Rosa était fatiguée. Non pas extenuée par son travail ou par toute autre chose mais fatiguée de céder. Fatiguée de subir la loi de l’homme Blanc, fatiguée d’être traitée comme un sous homme, fatiguée de se lever dans un bus au profit d’un homme de race soit disant supérieure. Face à son refus d’obtempérer, Rosa se vit mise aux arrêts et condamnée à payer une amende de 15 dollars. Elle fit appel au jugement et fut soutenue par Ralph Albermathy et Martin Luther King alors inconnu à l’époque. Tous deux  lancèrent une campagne de protestation et de boycott contre la compagnie de bus qui dura 381 jours. Le 13 novembre 1956 la Cour Suprême déclara anticonstitutionnelles, les lois ségrégationnistes dans les bus.

Pour l’autre petite histoire en 1943 le chauffeur de bus James Blake avait auparavant forcé Rosa à rentrer chez elle à pied et sous la pluie après un incident survenu dans le bus. Le destin aura voulu que ce soit ce même chauffeur de bus qui rencontra Rosa Parks ce 1er décembre et subit « l’affront » de son refus. Ce n’était pas la première fois qu’une personne de couleur refuse de siéger sa place à une personne blanche mais ce fut la première fois que cela créa une aussi grande révolte sans doute parce que Rosa était déjà un modèle de vie dans la société.

Aujourd’hui la ségrégation n’existe plus ou plutôt de manière officielle, on considère que le racisme ne fait plus partie de la vie des habitants des Etats Unis. Qui oserait dire le contraire lorsque le président actuel de la république est lui-même un homme de couleur ? Il n’en était pas de même lorsque l’on remonte le temps et beaucoup de sacrifices ont dû être consentis pour qu’aujourd’hui les Afro-américains en arrivent là où ils sont. On n’oublie pas ces grands hommes qui ont lutté pour la cause des Noirs et on oublie encore moins cette femme d’exception qui s’en est allée le 24 Octobre 2005 en nous laissant un merveilleux cadeau. Celui de s’asseoir dans le bus à la place que nous désirons; un petit geste pour Rosa Parks une grande avancée dans la lutte des droits civiques.

J’ai voulu rendre un bref hommage à cette femme de qualité mais vous pouvez en apprendre plus sur sa vie grâce à ces sites.



dimanche 20 octobre 2013

DES MOTS SANS MAUX



Après une année passée à son service j’avais finis par être habituée à ce que tantie Myriam me martyrise. Pas une journée ne s’écoulait sans qu’elle ne m’abreuve d’injures.

« Anita toi fille de pauvre là qui a volé mon jus d’orange ? »

J’ai découvert grâce à ma patronne qu’être un enfant de pauvre était une faute grave. Comment aurais-je pu voler un jus que j’avais moi-même extrait ? Tantie oubliait qu’il m’aurait suffi de boire le jus bien avant de le lui présenter si j’avais voulu commettre un larcin. Parfois je me demandais si elle avait vraiment été a l’école tant elle faisait preuve de stupidité.
Tenez par exemple la dernière fois elle a trouvé dans la chambre conjugale, un slip qui ne lui appartenait pas. Elle m’accusa d’en être la propriétaire alors que le slip en question faisait deux fois ma taille. Comment pouvait-elle m’ériger en bouc émissaire face à l’infidélité flagrante de son époux ? Je ne mettais jamais les pieds dans leur chambre en l’absence de l’un comme de l’autre et d’ailleurs cette chambre était toujours verrouillée à double tour lorsque les deux patrons n’étaient pas présents.

« Anita est ce que tu as servi à manger à mon fils ? Je ne veux pas qu’il devienne aussi maigre que toi hein vilaine et pauvre fille. »

J’avais souvent envie de rire face aux insultes de la maitresse de maison bien qu’elles m’atteignaient parfois. 
J’avais envie de rire parce que non seulement j’étais plus belle qu’elle mais qu’en plus sa forme de guêpe ne pouvait en aucun cas rivaliser avec la mienne d’awoulaba. Par ailleurs, son fils Tommy âgé de seulement 10 ans, était aussi gros que la célèbre Big Mama et n’aurait pu même après une semaine de jeûne avoir la même forme que moi.

Chaque fois qu’elle m’injuriait je baissais la tête, refrénais un fou rire ou une larme selon la gravité de l’injure et je me retirais dans la cuisine. En effet, si je supportais le fait qu’elle m’insulte directement j’avais du mal à accepter le fait qu’elle s’attaque à ma famille. Hier par exemple elle a soutenu que ma mère était tellement irresponsable qu’elle laissait une petite fille de 15 ans travailler comme servante chez des gens qu’elle ne connaissait pas.

Non seulement j’avais envie de lui dire qu’elle était aussi irresponsable d’embaucher une mineure comme domestique mais j’avais surtout mal qu’elle salisse le nom de ma défunte mère. Je travaillais pour subvenir aux besoins d’un père aveugle et de mes deux petits frères. Je n’avais pas besoin de sa pitié mais de son respect et étant donné qu’elle n’était pas prête à me le donner je continuais de subir ses accès de colère sans broncher. Cependant hier, après qu’elle m’ait copieusement insultée, traiter mes parents de tous les noms, elle sortit faire des courses pour noël avec son fils. C’est alors que monsieur son époux s’est approché de moi. Langoureusement il m’a dit à l’oreille «  Anita tu es belle».


Il n’en fallut pas plus pour que je succombe. Il m’a tenu la main et a continué à me dire des mots doux que je préfère garder jalousement. Il m’entraina dans sa chambre et je lui offris mon corps non pour de l’argent ou pour sa beauté et encore moins par esprit de vengeance. Qualifiez-moi de fille aux mœurs légères si vous le voulez mais à cet homme je succombai parce que cela faisait une éternité que j’avais entendu des mots sans maux.