vendredi 22 novembre 2013

JULIE ET JULES


J'ai écrit ce texte avec Mélissa et c'était amusant d'essayer quelque chose de nouveau, une histoire née de la spontanéité de chacune. 

Illustre par SARAI D'HOLOGNE

C'était un garçon à l'air misérable, aux cheveux trop longs et aux yeux trop grands, très marrons, toujours étonnés. Il avait un charme triste. Du haut de ses vingt ans, on pouvait remarquer que c’était un drogué déjà fatigué. On avait envie de lui chuchoter dans l'oreille quand il dormait qu'on était là, qu'on allait le faire vivre un peu plus longtemps; qu'il allait revoir le soleil et qu'il n'en croirait pas ses yeux. Mais vite, on se rappelait qu'il ne voulait plus de ça. Alors, on se ravisait tristement.

C’était une fille à l’air innocent, élancée, raffinée aux yeux rieurs, qui sentait et respirait la joie de vivre. Du haut de ses 18 ans on pouvait voir qu’elle n’avait connu que le miel et que des années de vaches grasses l’attendaient encore. Elle avait la beauté de ces princesses décrites dans les contes des frères Grimm que Maman me racontait au temps jadis. Son rire était contagieux mais moi j’étais majeur et vacciné contre le bonheur alors le virus de sa joie ne m’atteignait pas.

Jules était un gars particulier. Le genre de garçon que tu n'espérais jamais rencontrer. J'étais secrètement amoureuse de lui mais pas de son passé; de son futur, peut-être; s'il acceptait de l'envisager, moins ténébreux.

Julie était une fille particulière. Le genre de fille dont je n’oserais rêver même après une overdose de ma drogue préférée. J’étais secrètement amoureux d’elle mais je savais que je n’en avais pas le droit. Je l’aimais pour sa beauté, pour sa pureté, pour ses mimiques, pour son parfum; mais je savais qu’elle ne méritait pas qu’un déchet ambulant s’intéresse à elle.

J'étais persuadée qu'il méritait mieux qu'une mort précoce due à un bad trip. Je voulais être avec lui, l'aider à aller de l'avant et espérer qu'un jour, il tombe amoureux de moi.

Lorsqu’elle m’a parlé pour la première fois, je me suis retourné croyant qu’elle s’adressait à une quelconque personne derrière moi. Et pourtant, elle me parlait à moi, aussi invraisemblable que cela pouvait paraître. Elle me parlait de mon futur, de ce que je pourrais être si jamais je voulais me donner la chance de changer. Je me demandais ce qu’elle avait à se prendre pour une pêcheuse d’âmes perdues. Elle savait surement que j’avais ces maudits sentiments à son égard alors cela l’amusait bien d’enfoncer la flèche de Cupidon dans ce qui me restait de pompe de sang.

Jules était tout ce que j'aimais. Mystérieux, ténébreux, charmant, intelligent. Non, en fait Jules était tout. Tout ce qu'on espère d'un homme.

Julie n’était pas mon idéal féminin, elle était l’idéal féminin. Aucun homme sur terre ne pourrait résister à son charme car elle alliait parfaitement la beauté et la douceur à l’intelligence et la pudeur.

J'aurais bien voulu le présenter à maman. Mais elle s'imaginerait tout un tas de trucs notamment que je sortais avec un drogué. Maman était championne des conclusions hâtives. Cette hypothèse était donc annulée. Jules m'a dit qu'il a arrêté les études après la licence. Il étudiait la physique aérodynamique. Il a arrêté juste comme ça. Je ne comprenais pas pourquoi il se donnait autant de mal pour gâcher sa vie.

C’était cela aussi son défaut, elle aimait fouiner partout. Aucune question ne devait rester sans réponse avec elle tandis que moi j’avais un univers entier d’équations sans solution. Elle pensait que je n’avais pas de rêves, que je m’évertuais à me détruire par pur masochisme alors que la vérité était toute autre bien plus noire que ce qu’elle paraissait.

Je ne pensais plus arriver à le comprendre un jour. On n’avait vraiment pas la même façon de voir le monde. J'étais trop dans les normes et lui, il détestait les normes. Je ne sais pas pourquoi je l'aimais finalement; encore moins pourquoi je m'efforçais à vouloir à tout prix le mettre sur le droit chemin: il détestait le droit chemin

Elle semblait avoir enfin compris que j’étais irréparable. Je la voyais s’éloigner et avec elle les fragments restants de mon cœur. J’avais envie qu’elle reste, qu’elle m’aide à changer mais en y repensant je n’avais pas tellement envie du changement. Pourquoi aurais-je voulu ressembler aux autres quand je pouvais être moi ?

J'avais décidé de le laisser seul avec ses théories farfelues. Il pouvait mourir, ce n'était plus mon problème. De toutes les façons, les sourds ne peuvent pas entendre. Encore moins quand leur surdité est confortable.

Tout était dit, elle en avait marre. J’ai essayé de crier pour la retenir mais à quoi bon quand je savais que jamais nous ne nous accorderions ? Nous étions comme l’eau et le feu, l’ange et le démon, destinés à nous regarder mais seulement de loin de crainte que l’un ne corrode l’autre. Je l’aimais mais s’il fallait pour cela devenir normal, alors je préférais la regarder s’en aller.

En fait, j'avais compris qu'il ne m'aimait pas. C'est comme ça dans la vie: on aime toujours ceux qui se passeraient aisément de nous. Je ne devais plus l'aimer. Et puis, c'est tout.