dimanche 19 juillet 2015

Voyelles pour écrire...

Pendant les 18 derniers mois, c’est avec envie que j’observais derrière mon écran tous les évènements culturels et artistiques qui se passaient à Abidjan. C’est donc sans hésitation que j’ai décidé d’assister à la première édition de Voyelles


Voyelles est un atelier littéraire initié par Stella Sanogoh et inspiré par les ateliers d’écriture qui étaient offerts par l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire (AECI). Amoureuse des mots, Stella veut permettre à des écrivains amateurs et confirmés de se retrouver chaque mois pour échanger autour de la littérature tout en apprenant à mieux écrire.


Arrivée sur les lieux entre 14h30 et 14h35, je fus surprise de n’y rencontrer que l’hôtesse du jour avant de voir arriver plus tard deux écrivains slammeurs que j’avais entraperçu dans la cour de l’ancienne mairie de Cocody. Faible promotion, heure africaine ou manque d’intérêt? Je n’arrivais pas à expliquer pourquoi jusqu’à 15h, la salle ne soit animée que par quatre ou cinq âmes -outre les tableaux pleins de vie de la salle du musée- alors que l’évènement était prévu pour 14h30. Peut-être étaient-ils tous à Heden Golf Hôtel pour voir les Twins ? Je commençais à être déçue mais le sourire rayonnant de l’hôtesse me donnait de l’espoir chaque fois que je levais le nez de ma lecture...


Finalement c'est à 15h20, qu'on aborda le sujet du jour: Littérature Africaine Francophone dans le monde, quel impact ? Je crois que l'on a surtout évoqué les raisons pour lesquelles les écrivains de l’Afrique noire francophone ne percent pas autant que leurs confrères anglophones et maghrébins et comment y remédier. En fin de compte, je n’ai pas regretté d’avoir pris part à cet atelier car j’ai appris beaucoup de choses.


Des interventions des uns et des autres -incluant les retardataires-, j’ai retenu que la littérature africaine noire francophone après 50 ans d’indépendance est encore à la traîne dans l’industrie. À ceux qui seraient prêts à crier que les Africains et les ivoiriens en particulier n’aiment pas lire, Sergeph écrivain, slammeur et co-animateur du jour répondit que les ivoiriens aiment lire mais ils n’aiment pas lire ce que nous voulons qu’ils lisent. Il rappela que le journal le plus lu en Côte d’Ivoire est l’hebdomadaire humoristique Gbich et que les petits journaux racontant des histoires quotidiennes et vraies (?) vendus à 100 francs l’unité s’arrachent comme des petits pains dans les quartiers populaires. Pour les avoir moi-même dévorés quand j’étais au lycée, j’avoue que ces petites histoires faciles à lire en attirent plus d’un. Sergeph pense donc que lorsque l’écrivain choisit une certaine audience, c’est à lui d’assumer son choix plutôt que d’espérer changer les goûts des lecteurs.


L’inaccessibilité du livre, le manque de promotion par les maisons d’édition, le faible appui par les autorités compétentes et le désintérêt pour la littérature dite lettrée sont quelques raisons évoquées pour expliquer les difficultés que rencontrent les écrivains de l’Afrique noire francophone. Mais que faire ? Cédric Marshall, jeune écrivain suggéra que l’amour pour la littérature soit inculquée dès le bas âge dans nos écoles et à la maison. En effet il est plus facile d’apprendre aux enfants l’importance de la lecture que d’essayer plus tard d’en convaincre un adulte. 


Pour l’auteur du livre Le péché, Seydou Koné, il faut rendre le livre accessible à tout le monde en installant des bibliothèques dans plusieurs villes et communes. Il pense également que des partenariats entre diverses maisons d’édition contribueraient sans doute à faire traduire les livres dans différentes langues et à les promouvoir globalement. Stella Sanogoh quant à elle pense que les écrivains doivent être des catalyseurs, des inventeurs d’âmes. Il ne faut pas écrire uniquement pour devenir célèbre ou riche mais écrire pour transmettre de l’émotion, un peu de soi. Elle blâme donc les écrivains -en prenant son propre exemple-, qui écrivent rapidement, animés par la fougue de publier une première œuvre ou même plusieurs sans essayer de construire un véritable chef d’œuvre. De chercher des tournures compliquées pour dire des choses simples... De plus selon elle, même si les maisons d’édition locales ne sont pas exactement à la hauteur de nos attentes, c’est à l’écrivain de se vendre lui-même. Avec aujourd’hui la versions électronique des livres, chaque écrivain peut lui-même vendre ses œuvres sur internet et partout dans le monde. 


Le président de l’AECI Josué Guébo rejoint Stella en clamant qu’il ne faut pas se contenter d’écrire pour les locaux. Un écrivain selon lui, doit avoir de l’audace et l’ambition de conquérir le monde. De ce fait, il ne doit pas se contenter des éditions locales. L’écrivain doit avoir une perspective universelle et cela implique en dehors même des écrits, d’être prêt à collaborer avec des maisons d’édition étrangères. Enfin, plus d’un ont souligné l’importance des prix littéraires qui permettent de faire connaître les auteurs, de leur accorder un crédit à la fois au niveau national et international et de booster les ventes.


Après ce partage et parce que les voyelles font chanter les mots, nous nous sommes retrouvés autour de la table d’écriture et chacun d’entre nous a abordé le thème de son choix. Les 4 thèmes étaient :

-         Je me souviens
-         Lumière
-         La description d’un paysage vu par un oiseau sans mentionner l’oiseau.
-         La description d’un paysage tel que vu par une femme âgée dont le vieux et détestable mari vient juste de mourir. On ne doit pas mentionner ni le mari ni la mort. 


Vous aussi derrière vos écrans vous pouvez vous y essayer en quinze minutes. Top c’est parti !