mercredi 17 décembre 2014

Martyres pour quoi ?

 Illustration par Saraï D'Hologne
Couchée sur mon lit, toute seule, et me tordant de douleur, je t’imagine te prélassant dans ton jardin de délices. À tes côtés, l’homme de ta vie. Celui dont tu n’as pas eu besoin de rêver pour voir tes désirs exaucés.  Tu devais avoir fière allure pendant que tu profitais de ton statut de privilégiée. Qu’est-ce que ça fait d’être parmi les premiers, de faire partie du top des tops ? Ne me dis rien ! Tu devrais ensuite me raconter ce que tu vis à présent et j’ai bien trop mal pour écouter des lamentations. J’aurais évidemment aimé savoir ce qui s’est passé, enfin… avoir ta version des faits. Seulement ni toi, ni moi ne savons quand est ce que nous nous rencontrerons si jamais cela devait se produire. J’en ai entendues des choses à ton sujet et j’en ai surtout lues. Une histoire pas très flatteuse mais j’essaie de ne point te jeter la pierre car j’honorerai mon père et ma mère.  

Je ne suis pas de ces enfants qui affublent leurs mères indignes de noms d’oiseaux, les jugeant responsables de tous leurs maux. À ta place une autre aurait peut-être fait la même chose alors quelque part je suis soulagée que ce fut toi plutôt que moi. Certaines t’accusent de nous avoir vendues à vil prix, d’être une traitresse. Ne leur en veux pas mais essaie plutôt de comprendre leur colère. Maman, c’est ainsi que nous devrions t’appeler. Et pourtant… Il est difficile pour la plupart d’entre nous de voir en toi un modèle.

C’est vrai que tout au fond d’elles, il y en a qui sont justes soulagées de pouvoir nommer leurs souffrances. C’est vrai que parfois elles oublient que l’esprit est fort mais que la chair est faible. C’est aussi vrai que nous n’étions pas présentes au moment T, à l’instant précis où tout cela s’est passé pour comprendre quelles ont été tes motivations. Tu nous les aurais peut-être expliquées si tu en avais eu l’opportunité afin que nous comprenions ce qui nous arrive et surtout pourquoi. Seulement la parole ne t’a pas été donnée et nous nous contentons de croire en ce qui a été dit, écris.

De ce que j’ai lu, tu avais pour toi une liberté peut être pas totale, mais une indépendance à laquelle nul ne peut prétendre aujourd’hui. Tu étais une reine, bénie avant d’être. Malheureusement, comme toutes les épouses de Barbe Bleu, la curiosité aura eu raison de toi. On dit qu’à la tentation tu as succombé et dans l’abime tu nous as tous entrainés. J’aurais voulu ne pas y croire. J’aurais voulu dire à certains que tu as aussi été une victime, mais la vérité est que j’ai des doutes.  

Quand les douleurs de l’enfantement se prononcent, quand les dysménorrhées se font de plus en plus violentes, certaines, la plupart, et même moi (qui essaie tant bien que mal de te comprendre), ne pouvons-nous empêcher de penser que c’est pour une pomme aussi succulente fut-elle que nous souffrons le martyr. Maman Ève, j’ai mal.