mardi 2 avril 2013

LA DOT


Illustré par Saraï D'Hologne


Le jour tant attendu par la famille Kassi était enfin arrivé. En Afrique tout le monde savait qu’un mariage n’unissait pas seulement deux êtres mais aussi deux familles, deux villages, deux peuples. Mr Kassi passait son temps à se vanter de la beauté de sa fille Rachelle et personne ne pouvait le contredire car sa fille unique était vraiment belle.

Rachelle avait hérité des traits fins de sa mère d’origine peulh. Elle avait un teint clair naturel, ce qui semblait être un mirage dans ce désert de peaux artificielles offert par les produits cosmétiques. Sa mère lui avait également transmis son joli grain de beauté juste au dessus de ses belles lèvres pulpeuses. Rachelle était plutôt mince malgré la gourmandise dont elle faisait preuve à chaque repas. Elle n’avait certes pas de rondeurs comme les femmes awoulaba mais sa forme n’enlevait rien à sa beauté africaine. Elle était belle et le savait sans toutefois abuser de ses charmes.

Hermann avait rencontré Rachelle alors qu’il effectuait une course pour son père à Prima. Ce qui l’avait marqué était l’élégance et le calme avec lequel elle traitait un ivrogne qui l’avait accosté à l’entrée de l’hypermarché. Hermann avait garé son véhicule dans le parking du centre commercial et était revenu voler au secours de la belle demoiselle. Depuis, ils avaient sympathisé et ne s’étaient plus quittés.

Rachelle vivait dans une villa de cinq pièces avec ses deux parents. Sa mère était ménagère mais son père arrivait parfaitement à subvenir à tous leurs besoins. Personne ne savait le travail qu’il faisait, ni ses voisins, ni son épouse et encore moins sa fille. Elle le voyait tout le temps sortir de la maison, cartable en main sans jamais avoir de réponse à la question « Papa dis moi enfin, où travailles-tu ? ». Elle avait bien essayé de le prendre en filature mais n’avait jamais réussi à savoir ce que son géniteur faisait comme boulot pour assurer leur train de vie.

Dans le quartier des Kassi, plusieurs rumeurs couraient sur le compte du chef de famille mais l’épouse et la fille n’en avaient cure ou du moins ne laissaient rien paraître de leurs frustrations. Certaines mauvaises langues pensaient que Mr Kassi était un trafiquant d’organes, pour d’autres un dealer de drogues, et chacun y allait rajoutant son grain de sel pour créer des histoires de plus en plus folles.

Hermann venait d’arriver au domicile des Kassi accompagné par son ministre de père et des membres de sa distinguée famille. Il allait enfin demander et avoir la main de sa dulcinée. Il était pressé de s’unir à Rachelle devant toute sa famille et selon les coutumes des deux familles. Son père avait insisté pour que tout se fasse dans la discrétion afin de ne pas ameuter les médias. Après que les invités soient installés, le maître de cérémonie en la personne de l’oncle de Rachelle prit la parole.

-       C’est un honneur pour nous de recevoir les membres de cette illustre famille dans notre humble demeure. Nous savons tous la raison pour laquelle nous sommes rassemblés ici alors nous n’allons pas faire perdre de temps à Monsieur le Ministre.

-          Merci à vous de nous recevoir renchérit le porte-parole de la famille Miezan. C’est également un honneur pour nous de venir ici demander la main de la perle que vous avez dans votre famille. La mère du fiancé est un peu en retard mais  comme il s’agit d’une histoire de dot, nous pouvons commencer à tout régler entre hommes.

Madame Miezan n’était pas pour cette union avec une famille dont on ne savait rien mais devant l’insistance de son fils et la bonne impression que lui avait donnée Rachelle, elle avait fini par céder. Elle était allée faire des emplettes de dernière minute pour la dot et devait rejoindre les autres membres de la famille plus tard.

Tout se déroula dans les normes et les Kassi acceptèrent la dot remise pour leur enlever leur unique enfant. Cette dot était à la hauteur du rang ministériel de la famille et ce n’est pas Mr Kouassi qui s’en plaindrait. La cérémonie tirait à sa fin, tout le monde avait fini par se connaître et le beau monde devisait joyeusement autour de quelques amuses-bouche. Madame Miezan arriva et son époux entreprit les présentations avec leur nouvelle belle famille. Au niveau du père de Rachelle la mère du fiancé sursauta.

-          C’est vous le père de Rachelle ?

-          Oui madame, pourquoi ?

-          Vous ne me reconnaissez pas ?

-          Non madame désolé.

-          Ah c’est vrai qu’on dit que les gens sont en deux exemplaires dans le monde mais je ne suis tout de même pas une folle. Moi je vous reconnais car vous êtes le mendiant à qui je remets toujours de l’argent à la sortie de l’Eglise Saint Jean De Cocody.