lundi 3 décembre 2012

La brebis


Il s'appelait Stéphane Guirou et nous nous sommes rencontrés grâce à twitter. Je le suivais, il m’a suivit en retour et tout est parti de là. Je me souviens que je le trouvais drôle et il disait que je faisais plus mature pour mon âge. Au début on ne se parlait que par tweets interposés, puis un jour nous sommes allés en DM.

Nous sommes par la suite devenus amis sur facebook. Il aimait mes photos et je commentais les siennes jusqu’au jour où je lui ai passé mon numéro de téléphone en inbox. J’ai tout de suite apprécié sa voix, suave et douce mais assez grave pour me faire fondre. Je savais déjà à quoi il ressemblait grâce à ses photos sur twitter et facebook. C’est vrai que les photos sont très retouchées maintenant avec les nombreux logiciels à notre disposition, mais un homme avec une voix pareille ne pouvait pas ressembler à king kong. Il y a quand même des exceptions mais je ne m’étais pas trompée sur son cas.

Un après midi il m’invita au château de glace à Angré pour qu’on puisse enfin se rencontrer. Il devait mesurer dans les 1 m 80, de teint clair, une dentition parfaite et portait une boucle à l’oreille gauche. Je n’aime pas ce genre de garçon avec cet ornement que je juge typiquement féminin mais bon, je ne le voyais pas autrement qu’en ami. Nous avons discuté de tout et de rien car à vrai dire je savais déjà presque tout sur lui à travers nos messages sur facebook. Il était féru d’informatique, de cinéma, mais était aussi un adepte des boîtes de nuit, maquis et autres plaisirs des jeunes de babi. Il s’intéressait à moi disait-il mais je ne suis pas attirée par les hommes avec ce petit côté voyou, notre amitié était largement suffisante pour moi.

J’aimais son côté rêveur, il ne se prenait pas vraiment au sérieux. Je le voyais comme une brebis égarée que je devais guider. Pas que j’étais une sorte de guide spirituel mais cela me désolait de le voir s’adonner à toutes sortes de vices allant de l’alcool à la drogue. Toutefois, il n’était pas le genre de drogués que l’on imagine, sales, qui sentent mauvais et se promènent dans les rues comme des zombies. Lui il ne se droguait que lorsqu’il était dans un show avec ses amis, car disait-il il suivait la tendance.
Je voyais bien qu’il finirait par sombrer totalement dans la perdition car, il ne partait plus que très rarement à ses cours d’informatique alors que sa mère désormais veuve se donnait tant de mal pour payer ses études.

Ce matin il m’a donnée rendez vous chez lui pour m’expliquer un problème. Ces temps-ci il me fait très souvent appel pour que je lui donne des conseils mais j’ai l’impression que tout ce que je lui dis rentre par une oreille et sort par l’autre. J’ai bien essayé de lui faire comprendre qu’il se détruisait dans ce monde plein de débauche mais il ne m’écoutait pas. Ce matin pendant qu’il me parlait de ses soucis avec sa mère qui n’en pouvait plus de le voir gâcher son avenir, la sonnerie de son téléphone portable retentit.

« Allo ! Oui Bosco, c’est comment ? Non non ne t’inquiète pas je serai là avec le colis comme promis. Oui oui à tout à l’heure.
- Encore dans tes magouilles ? Lui demandais-je. Quand est-ce que tu comprendras que l’école est la meilleure voie de réussite pour toi ? Et tu refuses toujours de me dire ce que tu fais de tes journées j’aimerais comprendre.

- Olivia tu aimes trop ça, toujours avec tes reproches. Je fais juste des petites affaires, ne te préoccupe pas de moi je sais ce que je fais.

- C’est toi qui m’a appelée ici je te signale, parce que je suis ton amie. Je ne peux pas te voir en train de faire des bêtises et le tolérer donc si cela ne te plaît pas désolé.

- Ne te fâche pas chérie. A propos tu pourrais m’accompagner chez mon pote vers 16h pour que je lui donne une commission ?

- Comme tu veux.

Nous avons passé la journée ensemble jusqu’à 15h30 lorsqu’il est rentré chercher un sachet noir dans la chambre pour qu’on se rende chez son ami Bosco. Sur le trajet il me paraissait silencieux, lui qui d’habitude aime raconter des blagues pas toujours marrantes mais qui détendent l’atmosphère. Je l’observais du coin de l’œil sans pouvoir prononcer le moindre mot. On se connait depuis plus de huit mois maintenant mais ces dernières semaines il me semble préoccuper mais refuse de me dire ce qui le tracasse.

Le taxi nous déposa devant un duplex à Marcory remblai. Je ne connaissais pas son ami mais je l’avais quand même accompagné. Dans la cour plusieurs jeunes s’adonnaient à différents jeux, des dames, aux scrabbles en passant aux cartes pendant que d’autres s’affairaient sur des ordinateurs portables.

« Phany 8000 giga, tu es enfin arrivé, viens le gars nous attend dans la chambre.

- Viens Olivia, suis-moi.

- Où tu m’emmènes encore toi là, ne me mets pas dans un de tes faux coups là hein !

- Non viens, je ne veux pas te laisser ici vu que ne connais personne.

La chambre où nous entrâmes était mal éclairée et dégageait une odeur nauséabonde, j’hésitais encore à entrer quand le fameux Bosco m’y poussa tout d’un coup.

- Bonsoir Ahouli, lança Bosco à un personnage que j’avais peine à identifier. Voilà mon ami avec sa brebis on peut tout régler maintenant.

- Brebis ? chuchotais-je à Stéphane qui semblait ne pas prêter attention à mes coups de pression sur sa main.

- Bon je vais t’expliquer dit-il de manière brute. De toutes les façons je ne peux plus reculer. Tu sais l'argent que je gaspille dans les boîtes de nuit, ça ne tombe pas du ciel, mais je ne suis pas un braqueur, ou un dealer. Je suis un brouteur et actuellement ça ne va pas très bien dans mes affaires. Avant je m’arrangeais, avec des sacrifices d’animaux mais là il me faut plus pour devenir riche.

- Qu’est ce que cela signifie ?

- J'ai besoin à présent d'un sacrifice humain et je vais t’offrir en holocauste car…..
Je n’entendais plus rien à ce qui suivit en voyant le couteau qui sortait du sachet noir, je crois que je suis tombée dans les pommes.

 Babi: Abidjan

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