mercredi 5 septembre 2012

Sept à soixante dix-sept


 Je suis jeune, je ne comprends rien à l’amour et cela fait maintenant quatre ans que je suis convaincue que l’amour est une histoire de vieux. Lorsque je l’ai connu, je me disais que ce que nous partagions tous les deux était sans aucun doute ce mythe dont tout le monde parle sans cesse et que certains artistes comme Daouda le sentimental ne cessent de mettre en chanson. Comment aurais-je pu deviner que ce que nous ressentions l’un pour l’autre n’était qu’une distraction pour enfants lorsque cela ressemblait tellement à ce que chante Céline Dion dans tous l’or des hommes. J’aurais pourtant dû le savoir, comprendre que même si mon cœur dansait la rumba à chaque fois qu’il m’appelait, je n’étais pas amoureuse de lui. Il est cependant vrai que le moindre message venant de lui me faisait frémir de bonheur. Son absence, due à la distance de nos différentes universités me rendait malade. J’avais aussi remarqué que la moindre erreur de sa part me mettait dans tous mes états; je ne supportais pas certaines choses venant de lui, que j’aurais facilement tolérées de la part d’autres personnes. Je ne voyais pas en lui mon argent de poche, il n’en avait pas. Je ne représentais pas pour lui une source de revenus, il refusait ce que je lui proposais. On évitait tout contact dépassant la poignée de main car on tenait à s’aimer au-delà du simple désir charnel. Il n’aimait pas que je sois en compagnie de garçons et je faisais un effort surhumain pour contrôler ma jalousie lorsqu’il me disait recevoir un message d’une fille. Je pensais l’aimer parce que deux jours sans entendre sa voix agissaient sur mon humeur, et que nous nous demandions mutuellement pardon lorsque l’un d’entre nous se sentait offensé par l’autre d’une quelconque manière. Nous passions des heures au téléphone la nuit, profitant du service de moov’in; même lorsqu’on n’avait rien d’important à se dire, le son de la voix de l’autre suffisait à nous rendre heureux. Pendant ces deux années que nous avons partagé même en étant éloignés, jamais je ne m’étais douté que nous étions en train de nous divertir, que tout cela n’aboutirait en aucun cas à un mariage. J’avais 18 ans lorsque nous nous sommes rencontrés, et il en avait 19. On pensait déjà aux prénoms de nos futurs enfants, et on s’imaginait vivant ensemble comme mari et femme. Je me dis aujourd’hui que j’aurais dû rester dans ce semblant d’amour d’enfant jusqu’à ce que je sois en mesure de me prendre en main, et de quitter le cocon familial. Avec des si on pourrait sans doute refaire le monde car si l’on n’avait pas crié notre amour sur tous les toits, notre amusement de jeunesse aurait peut être abouti à un amour mature. C’est grâce à vous que j’ai découvert que j’ignorais le sens de l’amour. Oui grâce à vous car c’est lorsque je vous ai parlé de lui que j’ai appris que j’étais trop jeune pour être réellement amoureuse de lui. L’amour est donc destiné aux personnes de plus de 35 ans, car vous me conseilliez tous d’épouser Richard qui lui selon vous, était plus mûr et possédait toutes les qualités requises pour e êtrun excellent époux. Que pouvait m’offrir Yanis ? Lui, il n’était qu’un pauvre étudiant à la recherche d’une bourse d’étude pour l’Europe. 

Maman tu m’as dit que je l’oublierai très vite car j’étais très jeune et que ce genre d’amourette de lycée ne servait qu’à tuer le temps. Je t’avais comprise maman, mais j’ai voulu tenté l’aventure malgré tout en refusant la demande en mariage de Richard. 

Papa tu es alors intervenu et tu as menacé de jeter Yanis en prison si je ne rompais pas tout contact avec lui. Yanis était un homme juste et rien ne pouvait le conduire en prison, mais tu es un homme politique puissant et en Côte d’Ivoire, surtout avec ces différentes crises, vous les hommes forts du moment vous permettez tout. 

Je ne l’aimais peut être pas comme vous le disiez puisque j’ai rompu tout contact avec lui sans préavis. Il m’a fait dire par Murielle notre amie commune qu’il m’aimait à la haine, pour ce que je lui faisais. Yanis l’homme avec qui je m’amusais a réussit par je ne sais quel moyen à aller en Europe, mais la vie là bas n’est pas du tout facile pour lui. Murielle avec qui il est resté en contact m’a fait savoir qu’il tire le diable par la queue et que pour s’en sortir, il a décidé de faire ce qu’il n’aurait jamais pu faire s’il était en pleine possession de tous ses sens. En effet papa et maman, Yanis a décidé de se marier à une blanche pour régulariser sa situation sur le territoire français. Vous penserez sûrement qu’il n’y a rien d’extraordinaire en cela, mais moi je le connais. Yanis que vous me croyez ou non était puceau et comptait le rester jusqu’au mariage. Ancré dans la religion, il me disait que son corps appartiendrait à la femme à qui son cœur serrait tout entier, en l’occurrence mon humble personne.

Richard je te demande pardon de te quitter à travers cette lettre que mes parents liront également. Malgré ta frivolité et toutes les fois où tu as levé la main sur moi, je ne te déteste pas, et j’aurais peut être pu t’aimer, si mon jeune âge n’était pas un frein à la connaissance de l’amour.

Chère famille, je vous prie d’informer mes amies Anicette et Irène que même si Yanis est pauvre et gaou, c’est celui sans qui je ne me sens pas capable de vivre. Quand vous lirez cette lettre je serai déjà à Paris cherchant à rejoindre la mairie pour empêcher ce mariage judiciaire. Si par le plus grand des malheurs j’échoue, je ne pense pas pouvoir supporter le choc. Avec Yanis, vous ne voudrez peut être plus de moi, mais sans Yanis je ne voudrai plus du monde. Souhaitez-moi bonne chance.

                                                                       Annie votre adolescente en quête d’amour.