jeudi 8 novembre 2012

JE LE PERDS


Yann est parti ce matin avec toutes ses affaires. Après plusieurs avertissements, il a décidé de mettre sa menace à exécution. Il dit qu’il en a marre que je fouille dans ses affaires, que je contrôle toutes ses sorties, ses fréquentations. J’essaie de me faire à l’idée qu’il change mais c’est difficile. Dieu seul sait combien de sacrifices j’ai dû faire pour lui. J’ai été rejetée par ma famille, mes amis, j’ai arrêté l’école et que sais-je encore ? Non je ne peux pas accepter qu’il parte.


J’ai commencé à m’inquiéter en Janvier lorsqu’il est rentré à la maison avec quelques amis, exactement deux filles et trois garçons. Croyez-moi, n’importe qui aurait tiqué en voyant ces individus. Lorsque je lui ai parlé de ses fréquentations, il m’a répondu qu’il était assez grand pour faire le tri dans ses amis. Que pouvais-je répondre ? Je n’ai jamais su élever la voix face à lui. Pas par crainte de sa personne, non je n’ai jamais eu peur de lui. Si je ne le contredisais que très rarement c’est juste parce que j’avais peur de le frustrer, et de le perdre par la suite. Au final, tous mes efforts n’auront surement servis à rien.

J’ai cédé à plusieurs de ses caprices mais celui là en est de trop. Je ne m’inquiète pas pour les commérages du voisinage. Les gens critiqueront toujours que tu agisses bien ou mal, alors qu’ils attisent le feu si cela peut soulager leurs propres douleurs. Je ne me soucie même pas de ce que dira ma propre famille, personne n’a jamais été là pour moi alors leur venin ne m’atteindra pas. J’ai vécu seize ans toute seule avec Yann, alors qui pourrait me donner des leçons aujourd’hui sur mon attitude vis-à-vis de lui ?

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Karl m’a abandonnée lorsque j’ai contracté cette grossesse. Il savait très bien qu’il était le seul homme de ma vie mais il m’a quand même accusée d’infidélité. Maman avait donc raison, il ne faut pas avoir pleinement confiance en un homme. Karl était l’homme de ma vie mais il me démontra que je n’étais pas l’unique femme de la sienne. Toutes les belles paroles que je recevais ont disparu le jour même où il apprit mon état. Je le voyais s’éloigner lorsque je lui offris ce que j’avais de plus cher, ma virginité, mais j’essayais de me convaincre que ce n’était que passager. Sa réaction après l’annonce de ma grossesse mit fin à toutes mes illusions. Par sa faute, je fus rejetée par tous avec cette grossesse qualifiée de non-désirée.

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Ah que je l’aime, de tout mon cœur, de toute mon âme et de tout mon esprit. Pendant les neufs mois où il logeait en mon sein, je n’ai cessé de développer un amour fort et grand pour celui qui se prénomme aujourd’hui Yann. Etant toute seule pour m’occuper de lui et le voir grandir, j’ai tenté de lui apporter à la fois l’amour d’une mère, d’un père, d’une tante, d’une grand-mère, bref de tous les proches parents que l’on pourrait énoncer. A sa naissance je fus la femme la plus heureuse du monde. J’étais encore une petite fille en vrai, mais cet enfant m’a donné la chance de montrer au monde entier que j’étais une femme forte. J’ai tenu bon pendant seize longues années durant lesquelles je m’attelais à subvenir à tous ses caprices.

Ma principale inquiétude est de savoir où il logera, comment il subviendra à ses besoins, avec qui sera-t-il ? J’ai dans le cœur la même peine que toute mère aurait face au départ prématuré de son fils du cocon familial. J’aimerais bien le retenir, lui dire que j’accepterai toutes ses conditions pour qu’il reste mais c’est au dessus de mes forces. Je l’ai aimé plus que ma propre vie, et je pourrais donner ma vie pour lui mais que dirais-je à Dieu ? Aurais-je la force de me tenir devant mon Seigneur et reconnaître que je l'ai laissé agir comme bon lui semblait ? 

Vous me direz que c’est mon fils et que je dois l’accepter tel qu’il est mais désolé, tant qu’il vivra sous mon toit je ferai tout pour lui faire entendre raison. Il est parti pour je ne sais où, mais quand je le retrouverai, je vous promets que je mettrai tous les moyens à ma disposition pour que mon fils redevienne "normal". Toutefois que feriez-vous à ma place en découvrant que votre unique garçon est un homosexuel ?