lundi 15 février 2016

Me before you, Lire avant le film

J’ai joyeusement pleuré en lisant ce roman. Je ne l’ai pas encore mentionné, mais j’aime les livres et films qui me font chialer. J’ai découvert Me before You en voyant le trailer du film qui sortira en février. C’est connu qu’un livre est toujours meilleur que sa version cinématographique. Je me suis donc dit que si le trailer arrivait autant à m’émouvoir, le livre devait être magnifique. Je ne me suis pas trompée.


Me Before You (Avant toi) est une romance dramatique (ou un drame romantique). Jojo Moyes met en scène des personnages avec différents challenges physiques et émotionnels. Louisa Clark est issue d’une famille de classe moyenne. Elle vit avec ses parents, son grand père, sa sœur et son neveu, dans une petite ville de l’Angleterre. Elle mène une vie presque banale jusqu’à ce qu’elle perde son travail de serveuse dans un café de la ville. Elle a besoin de trouver rapidement un emploi parce que sa famille dépend énormément de son salaire. Après plusieurs recherches, elle décroche un contrat de 6 mois pour prendre soin de William Traynor, un beau jeune homme devenu tétraplégique deux ans plutôt. Avant son accident, William était un amoureux de la vie, des voyages, des aventures et un homme d’affaires redoutable. Paralysé et souffrant de douleurs quotidiennes, il n’a plus envie de vivre et se ferme à tout le monde. L’arrivée de Louisa, maladroite et sans grande ambition, apporte un rayon de soleil dans sa vie. Et alors qu’elle arrive enfin à se rapprocher de Will, Louisa apprend qu’il mettra fin à sa vie au terme des six mois de son contrat. Il avait déjà tenté de se suicider auparavant et sa mère craint qu’il essaie à nouveau. Louisa découvre donc que son travail consiste à éviter qu’il tente quoi que ce soit avant le jour prévu. Dans quelques mois, les Traynor conduiront leur fils à Dignitas, un institut suisse spécialisé en suicide assisté. Louisa rend sa démission et n’accepte de retourner travailler qu’à une seule condition. Elle obtient carte libre de la part de Madame Traynor pour organiser toutes sortes d’activités pour influencer la décision de William. Semaines après semaines, William et Louisa partagent quelque chose d’incroyable. Il l’aide à affronter ses peurs et souvenirs et l’encourage à élargir ses horizons. De son côté, Louisa permet à William d’aimer à nouveau et d’être aimé en retour. Seulement les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre seront-ils suffisants pour que William accepte de vivre ? 



Jojo Moyes soulève le débat du droit à la mort. On a beau être respectueux de la vie, religieux et anti-suicide, ce livre génère beaucoup de doutes. Après La vie devant soi, Me before You remet en question – encore une fois - ma position sur l’euthanasie ou le suicide assisté. On a beau critiquer, seul celui qui vit son mal sait ce qu’il ressent. Dans le cas de William j’ai compris à quel point ça pouvait être difficile pour un homme de nature indépendant et ambitieux, d’être prisonnier dans un corps invalide et incapable de faire ses propres choix. Evidemment dans d’autres conditions j’aurais été catégorique dans ma prise de position. Seulement, les histoires ne sont pas les mêmes, et les raisons qui poussent certains à mettre un terme à leur vie doivent être prises en compte. Je n’imagine même pas ce que doit être la souffrance des proches d’une personne qui souffre sans qu’ils puissent l’apaiser. Encore moins combien cela est difficile pour des parents ou un amoureux d’accompagner l’être aimé à Dignitas. Est-ce que j’aurais fait pareil à la place de William ou de ses proches ? Je préfère ne même pas y penser… J’espère sincèrement que vous lirai Me before you et en serez autant ému que moi.

lundi 8 février 2016

L’élégance du hérisson ou l'intelligence et le raffinement sous couverture


J’ai eu du mal à lâcher ce livre avant la fin alors que bien des passages m’ennuyaient. En repensant aux droits des lecteurs, j’ai sauté quelques paragraphes sans le moindre remord, tout en continuant d’apprécier le délice servit par Muriel Barbery. Quel est donc ce livre qui ennuie et excite à la fois celle qui le parcoure ? Eh bien, il s’agit de L’élégance du hérisson. 



Barbery donne voix à deux personnages séparés aussi bien par leur âge que leur statut social. Toutefois, les deux heroines ont plusieurs points communs dont l’intelligence. Renée a 54 ans, et est concierge dans l’immeuble où vit Paloma qui elle, est âgée de 12 ans. Renée est pauvre et se d
écrit comme étant petite, laide et grassouillette. Elle met de l’ardeur à entretenir auprès des autres, l’image de la concierge ignare qui passe son temps devant la télé. Pourtant dans sa loge de concierge, le loisir favori de Renée est de lire des ouvrages d’histoire, de philosophie, de psychanalyse, de sociologie, de littérature, d’économie politique, etc. – Ce sont d’ailleurs ses réflexions d’intello sur certains ouvrages qui m’ont ennuyée. – Renée est plus intelligente que la plupart de ses employeurs alors que tous ne voient d’elle qu’une vieille veuve, juste bonne à faire les commissions. Paloma quant à elle, est une surdouée qui se contente de passer pour une jeune fille douée. Elle va même jusqu’à étudier l’attitude de la 2e de sa classe, pour savoir comment se comporter en jeune fille assez intelligente pour rafler le premier rang sans toutefois être un génie. Selon Paloma, contrairement à ce que l’on veut faire croire aux plus jeunes, la vie d’adulte est dénuée de sens. Elle a donc décidé de se suicider le jour de ses 13 ans après avoir mis le feu à l’appartement de ses riches parents. En attendant le jour fatal, elle tient deux journaux : l’un contient des réflexions profondes qui lui traversent l’esprit, tandis que l’autre décrit des mouvements spéciaux qu’elle observe dans le monde. Elle espère découvrir dans l’observation de son environnement, quelque chose qui lui prouvera que la vie vaut la peine d’être vécue. 

La vie suit son cours normal, jusqu’à ce que Kakuro Ozu, un riche japonais, emménage au 4e étage du 7 rue de Grenelle où vivent Paloma et Renée. Les deux femmes sont fans de la culture japonaise et se lient d’amitié avec le nouvel habitant. Outre sa seule et meilleure amie Manuela, Kakuro Ozu est la première personne à découvrir que Renée n’est pas la concierge ordinaire qu’elle prétend être. Sans grande peine, il arrive à la faire sortir de cette couverture sous laquelle elle a passé toute sa vie. Dans le même temps, Paloma et Renée se rendent compte qu’elles sont des âmes sœurs...Toutes les deux sont des êtres intelligents et cultivés qui se cachent de leur entourage… Et alors qu’elle trouve en Kakuro et Paloma de nouvelles amitiés, Renée découvre presqu’en même temps ce que signifie vivre et mourir...





En lisant ce livre, j’ai eu envie de découvrir la culture japonaise, de lire des mangas et de regarder des films de Yasujiro Ozu… Ce livre vous fera passer du bon temps parce que les personnages nous font voir des choses qui nous entourent sans qu’on ne les remarque. C’est un livre qui critique notre société qui juge les hommes selon des classes sociales sans prendre la peine de les connaitre. Grâce à  Paloma et Renée, on se rend compte de certaines habitudes - pas forcement bonnes - qui nous collent à la peau. Ce besoin de toujours avoir plus qu’il n’en faut, la peur du manque, le désir de nous reconnaitre en l’autre et de rejeter ceux que l’on trouve différents, notre manie de juger l’autre par son apparence… Renée et Paloma, ont le genre d’intelligence qui donne envie d’écouter son détenteur. Alors pourquoi se cachent-elles au lieu de permettre au monde de les voir telles qu’elles sont ? Paloma mettra-t-elle son suicide à exécution pour fuir le bocal à poissons que représente pour elle la vie des adultes? Le monde verra-t-il enfin que Renée a l’élégance du hérisson, bardée de piquants à l’extérieur, mais raffinée à l’intérieur ? C’est ce que vous découvrirez en lisant L’élégance du hérisson.

mardi 2 février 2016

Le collier de paille ou les amours interdites d'une citadine


Je crois bien que j’ai un faible pour la plume des Sénégalais. Après La grève des battu, L’appel des arènes, Le malheur de vivre, Maimouna, et Le ventre de l’atlantique, j’en remets une couche avec Le collier de paille que j’ai pratiquement dévoré. Si vous aimez les romances, mais pas forcément dans le genre Harlequin ou Adoras, c’est encore un livre que je vous recommande à l’instar de La porte étroite et de Orgueil et préjugés. Découvrez mon compte-rendu sur la page Rythmes d’Afrique, Racines.




mardi 19 janvier 2016

Jeux de mots...



Cela faisait plus d’une heure qu’il était assis là, les yeux rivés sur ses mots croisés. A quelques centimètres de lui, une canne à pêche, la ligne plongée dans l’eau était aussi immobile que l’homme à côté.

« Un mot de cinq lettres exprimant un sentiment universel profond. Voyons voir ! Haine ? Hum non ça ne colle pas. Peut-être désir. Ah oui ça pourrait être ça ! Le désir n’est-il pas le sentiment le plus profond qu’il m’est été donné d’expérimenter ? J’ai tout désiré : l’argent, les voitures, le pouvoir, les voyages, les femmes. Surtout ce dernier élément ; et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis assis ici tout seul. Je me souviens que j’avais pourtant un meilleur ami. Il n’y a pas si longtemps de cela - ok une bagatelle d’années tout de même - Francko et moi étions inséparables. Rencontrés à la fac, nous avons depuis, presque tout fait ensemble. Les premières fêtes d’étudiants, le premier joint aussitôt regretté, les premières dragues aux soirées estudiantines, l’achat de la première voiture, la quête du premier boulot, le prêt pour la première maison… En 8 années d’amitié, on peut dire que nous étions devenus de vrais siamois. Jusqu’à ce qu’elle apparut. Belle…Ce prénom lui allait comme un gant. Ses cheveux blonds bouclés lui donnaient un air enfantin du haut de ses 45 ans bien comptés. Et ces fossettes lorsqu’elle souriait… et elle souriait beaucoup quand elle me voyait. Le jour où il me la présentât, Francko me lança immédiatement le regard qui voulait dire « pas touche ». Il savait mon obsession pour les femmes au joli minois et sans aucun doute Belle était magnifique. Ce que Francko ignorait cependant et que moi aussi j’allais découvrir, est que plus l’objet de mon désir était inaccessible, plus grande devenait mon envie de le posséder. Aussi, chaque fois que nous nous retrouvions tous les 3, je devais adopter une attitude d’indifférence pour éviter de trop la côtoyer et de faire dégénérer les choses. Je faisais preuve d’une ridicule politesse envers elle en lieu et place des taquineries dont je gavais tout mon entourage. Francko s’était rendu compte de mon changement mais ne dit mot sur le sujet. Un soir, j’allai lui rendre visite mais grande fut ma surprise de rencontrer Belle toute seule à la maison.

- Ton ami est allé m’acheter quelques babioles à côté mais il revient tout à l’heure.
- Ah d’accord. Eh bien, je vais l’attendre dehors alors.
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Assieds-toi devant la télé pendant que je t’apporte quelque chose à boire.

Bien malgré moi mes fesses se posèrent sur le canapé et ma main se saisit de la télécommande pour mettre le téléviseur en marche. Le match des Giants avait déjà débuté alors je pris finalement mes aises. Absorbé par la raclée que se prenait nos géants par les Braves d’Atlanta, je ne me rendis pas compte que cela faisait plus de 30 minutes que j’attendais Francko. Je sentis tout d’un coup un parfum, envoutant envahir la pièce. Un mélange de fraise et de vanille combiné à un je ne sais quoi de sensualité que je ne pourrai jamais oublier. Sous mes yeux, apparut un corps affriolant qui ne semblait pas appartenir à une dame de 45 ans. Je dus me pincer plusieurs fois pour garder mes sens sous contrôle tandis que Belle dans une tenue de diablesse approchait à pas de féline. Mon visage devait laisser transparaitre un mélange de crainte et de désir car Belle s’arrêta net en le voyant.

- Qu’est-ce qu’il y a ? Je pensais que je te plaisais.
- Euh ! Oui mais c’est que…
- C’est que quoi ? Francko n’en saura rien, renchérit-elle avec une douce voix.
- Oui mais c’est quand même mon meilleur ami et vous êtes sa mère.
- Oui mais je suis aussi une femme qui aime. Amour, tu sais ce que ça veut dire ?

La sonnerie de la porte d’entrée retentit à ce moment-là. « Amour », bien sûr que je savais ce que cela voulait dire. Un mot de cinq lettres exprimant un sentiment profond et universel. Bien sûr ! C’est le mot que je cherchais. »

L’homme esquissa un léger sourire, remplit l’une des cases de ses mots croisés et se leva pour partir sans la canne à pêche. Ce n’était pas la sienne.

samedi 16 janvier 2016

La porte étroite, tout sacrifier pour y accéder...



C’est en lisant La porte étroite que j’ai réalisé à quel point mes lectures se sont diversifiées (au niveau des écrivains, pas encore du genre) avec le temps. C’est beau de découvrir l’amour à d’autres époques, sous d’autres cieux et à travers d’autres yeux. En lisant ce livre, mon cousin aurait surement dit une énième fois : « les cousins sont faits pour les cousines. » Monsieur Bosso, l’un de mes anciens professeurs du lycée aurait surement évoqué les dangers des mariages consanguins, mais ce n’est pas un cours de SVT qui a mis en péril la relation amoureuse de Jérôme et Alissa.

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car la porte large et le chemin spacieux mènent à la perdition, et nombreux sont ceux qui y passent ; mais étroite est la porte et resserrée la voie qui conduisent à la Vie, et il en est peu qui la trouvent. »



Depuis leur tendre enfance, Alissa et Jérôme s’aiment d’un amour pur et sincère. Alissa a deux ans de plus que son cousin et craint d’être trop vieille pour lui ; une excuse que Jérôme rejette du revers de la main. Tout le monde sait que les deux cousins s’aiment et il n’y a aucun doute qu’ils se fianceront et convoleront en justes noces après le service militaire obligatoire de Jérôme. Toutefois, sous l’emprise de leur amour, ils ne remarquent pas que Juliette, la cadette d’Alissa, est elle aussi éprise de Jérôme. Lorsqu’ils le découvrent, Alissa décide de sacrifier son amour pour le bonheur de sa sœur. Mais cette dernière se rendant compte que Jérôme n’a d’yeux que pour son ainée, décide alors d’épouser un autre homme qu’elle n’aime pourtant pas. Cet incident émousse l’expression des sentiments d’Alissa pour Jérôme même s’il ne le diminue en rien. Etant séparés pendant que Jérôme poursuit ses études, puis son service militaire, les missives qu’ils s’envoient régulièrement les aident à laisser éclore leur amour de nouveau. 

La contemplation de la nature, la lecture de classiques littéraires, la musique… Toutes les activités qu’ils pratiquent les relient et parfois même n’ont de sens que lorsqu’ils peuvent les partager. Et il en est de même pour leur foi et leur recherche de vertu. Cette porte étroite que peu trouvent, Jérôme ne la recherche que pour être plus proche de sa bien-aimée. Pourtant pour Alissa, plus que la concrétisation de son amour avec Jérôme, elle souhaite de tout cœur qu’ils atteignent les plus hauts degrés de la vertu. Apres avoir longtemps échangé des lettres, les deux amoureux se retrouvent à nouveau à Fongueusemare où vit Alissa. Leurs gestes sont maladroits et ils ont du mal à être aussi éloquents et sûrs d’eux que dans leurs écrits. Alissa se rend compte qu’elle aime trop Jérôme et peut être même plus que Dieu. Elle craint que l’amour (et le désir implicitement évoqué) qu’ils se vouent mutuellement ne les éloigne de la quête de la vertu. Elle pense ne pas avoir droit au bonheur céleste en goutant aux plaisirs terrestres. Au risque de ne pas y arriver elle-même, Alissa décide de s’éloigner de Jérôme, de sacrifier leur amour, afin qu’au moins l’un d’entre eux puisse passer par la porte étroite…


J’ai eu beaucoup de difficultés à faire ce compte rendu parce que je voulais retranscrire les sentiments confus qui habitaient Alissa. Je pense que la frivolité de sa mère et sa fuite dans les bras d’un autre, ont contribué à créer ce désir perpétuel d’atteindre la sainteté. J’ai beaucoup aimé ce roman mais je pense qu’il n’est pas de ceux que l’on raconte, au risque d’empêcher l’autre de faire sa propre expérience avec l’histoire. Bien que ce chef d’œuvre d’André Gide apporterait beaucoup à quiconque le lirait, je le recommanderais surtout à ceux qui sont intéressés par les thèmes de l’amour et/ou celui de la religion. C’est l’une des plus belles histoires d’amour que j’ai lues. Il pourrait être difficile de comprendre pourquoi est-ce qu’Alissa s’éloigne d’un homme qu’elle aime autant et qui le lui rend bien alors que Dieu lui-même bénit l’amour. 

Alissa a-t-elle fait le bon choix en mettant fin à cette idylle plutôt que de la concrétiser par un mariage ? Jérôme et elle arriveront-ils à atteindre le bonheur ? Alissa elle-même comprend-t-elle réellement le sens de cette vertu pour laquelle elle décide de tout sacrifier ? 

Je vous laisse apporter vos propres réponses à ces questions.

lundi 11 janvier 2016

Rendez vous sur Rythmes d’ Afrique, Racines


Hello, j’espère que vous allez bien. Maintenant, vous pourrez lire le compte-rendu de mes lectures d’œuvres Africaines sur Rythmes d'Afrique, Racines. Bien sûr je continuerai de publier ici mais vous pourrez également découvrir d’autres riches aspects de la culture Africaine sur Rythmes d’Afrique. Et pour mon premier compte-rendu je vous laisse découvrir des nouvelles sur les 50 années postindépendances de la Côte d’Ivoire.

J’avais quelques appréhensions avant d’acheter ce livre et au moment même de l’entamer. Je pensais qu’il s’agirait d’écrits ennuyeux remplis de débats politiques; mais étant donné qu’il était vendu en promotion, je l’ai tout de même emporté. Je ne suis pas du tout déçue et j’espère que vous aussi aurez l’occasion de l’apprécier.

50 ans d’Indépendance de la République de Côte d’Ivoire en 10 nouvelles est un recueil conçu à partir d’un concours d’écriture organisé par le groupe Fraternité Matin, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance en 2010. Le constat à la fin de cette lecture ? Le pays se portait mal le jour de ses 50 ans. La plupart des auteurs s’est évertuée à rappeler les maux dont souffre la mère patrie, sous différents contextes certes mais presque tout le temps pour les mêmes raisons. Toutefois, certaines nouvelles se démarquent selon moi par leur originalité et la puissance de leur message.

La suite ici...

mardi 29 décembre 2015

Le ventre de l'Atlantique: Partir ou rester?


Nombreux sont ceux qui ont vu le passage de Fatou Diome sur le plateau de « Ce soir ou jamais »; mais au cas où vous n’en faites pas partie vous pouvez toujours visionner l’émission ici. C’est donc grâce à cette prestation remarquable que j’ai découvert l’écrivaine et que j’ai décidé de lire Le ventre de l’atlantique. Basé sur sa propre histoire, ce roman évoque les raisons qui poussent certains Africains à immigrer en Europe, la difficulté à convaincre les autres à rester au bercail et la réalité cachée par certains immigrés de la vie en France. 


Le personnage principal Salie dont la vie est pratiquement celle de Fatou Diome, vit en France et peine à y joindre les deux bouts. Pourtant, bien qu’elle encourage les autres à chercher un mieux-être sur leurs propres terres, elle-même a du mal à y retourner définitivement. Issue d’une liaison illégitime, elle ne s’est jamais senti membre de la communauté de Ndiodior. Si en France la chaleur des siens lui manque, elle se sent toutefois étrangère chaque fois qu’elle retourne au Sénégal. Son frère Madické quant à lui, ne vit que pour rencontrer le joueur italien Maldini. Comme tous les autres jeunes du village, il rêve de jouer au football en France. Pour eux, la vie à Ndiodior ne vaut rien et seul l’occident peut leur permettre de réaliser leus rêves et assouvir les besoins de leurs familles. Malgré les conseils de Salie et les mises en garde de l’instituteur et directeur de l’école du village, les jeunes continuent de croire en ceux qui revenus de la France leur disent que tout y est or et argent.

Dans ce livre, Fatou Diome décrit le poids qui pèse sur certains jeunes Africains. Les parents espèrent que leurs enfants réussissent là où ils ont échoué. La colonisation mentale dont nous sommes l’objet nous pousse à croire que tout ce qui vient de l’occident est meilleur et que le bonheur se trouve uniquement de l’autre côté de l’atlantique. Certains ne se rendent pas compte de la pression que subissent ceux qui se trouvent en occident et quand bien même ceux-ci voudraient le leur expliquer, ils se retrouvent traités de tous les noms : égoïste, individualiste… On ne comprend pas pourquoi est-ce qu’ils restent en Europe et découragent les autres de suivre leurs traces. On ne comprend pas qu’il ne suffit pas d’être en France pour que tout aille bien. Qu’il ne suffit pas d’être le plus débrouillard au village pour arriver à tirer son épingle du jeu en Hexagone.

« Ah sacrée France, c’est peut-être parce qu’elle porte un nom de femme qu’on la désire tant. »


Le ventre de l’Atlantique montre également le tourisme sexuel que certains européens effectuent au Sénégal – sans visas – afin de se requinquer grâce à des jeunes corps pleins de mélanine. Parfois, pour mieux s’abreuver à la source de jouvence, certains retournent en Europe avec un ou une sénégalaise qui malgré les difficultés une fois sur place se console à travers les mandats qu’elle peut envoyer à sa famille au bercail…

Je me suis posée la question de savoir comment faire comprendre aux Africains que c’est à nous de construire notre eldorado et qu’il ne se trouve pas ailleurs. D’après ma lecture, je pense que deux solutions s’ouvrent à nous. Soit les aider à construire cet eldorado en soutenant la formation de projets au pays, soit en les laissant foncer droit dans le mur, en tirer des leçons et peut être les partager avec les autres… 


Au-delà du phénomène de l’immigration, Fatou Diome fait la satire d’une société capable d’assassiner des enfants sous prétexte qu’ils sont issus de relations illégitimes. Une société aveuglée par les serments des marabouts, recherchant le bonheur dans les gris-gris tout en prétendant ne pas y avoir recours. Une société dans laquelle la richesse se mesure aux nombres d’enfants quand bien même on n’aurait pas les moyens de s’en occuper... Je suis d’avis que l’occident y est pour beaucoup dans les malheurs de l’Afrique mais comme l’instituteur le fait remarquer dans ce roman, il serait important que nous fassions une rétrospection sur notre société et évitons les erreurs du passé pour avoir un meilleur avenir.

lundi 21 décembre 2015

Le film d'une vie ou une hymne à la tristesse?



Elle n’a pas encore 21 ans lorsqu’elle écrit ces lignes. Sa plume chante et les mots dansent au rythme de ses émotions, de ses pensées. Elle laisse s’étaler sur cette page blanche des peines qu’elle a vécues ou observées autour d’elle. Elle sait qu’elle n’est pas seule, que d’autres personnes souffrent également alors elle écrit en pensant à eux, en voulant leur rendre un témoignage et leur dire que la lutte continue…

Le film d’une vie
est un recueil de 17 nouvelles écrites par Ouattara Sikatchi Malicka, jeune bloggeuse et écrivaine ivoirienne. Guidée par sa propre histoire et celle de ses proches, Malicka raconte la tristesse. Bien qu’ayant déjà lu la plupart des nouvelles auparavant, je les ai explorées avec un plaisir renouvelé. Plusieurs thèmes revenaient comme les grossesses précoces ou hors mariage, les amours d’adolescents, les relations inter-religieuses, l’infidélité mais surtout la mort… Deux de mes nouvelles préférées dans cette oeuvre sont d’ailleurs sur le thème de la perte d’un être cher. Plutôt qu’une histoire linéaire, "Elle souffrira toujours" se présente comme une sorte de soutien, comme pour dire à ceux qui souffrent de la perte d’un être aimé qu’ils ne sont pas seuls et que leur douleur est partagée. La nouvelle "Je t’aime" quant à elle a bien failli m’arracher une larme alors que j’essayais d’imaginer les sentiments d’un enfant qui vient de perdre un parent...

              


En lisant j’ai eu l’impression que l'auteur avait un faible pour les prénoms en « i »: Marie, Céline, Pauline, Véronique, Anni, Adeline, Stéphanie, Jérémie… je me demande si j’ai été la seule à le remarquer. La nouvelle à laquelle l’oeuvre doit son titre est l’histoire de Marie, une jeune fille aveuglée par les artifices de la vie. Issue d’une famille modeste, elle croit avoir trouvé en Diouf, un homme beaucoup plus âgé et aisé, le moyen d'accéder à de plus hautes sphères. Malgré l’opposition de sa famille, elle se lança la tête la première dans un very bad trip. Elle découvrira bien assez tard que tout ce qui brille n’est pas forcement or...

J’ai été surprise d’être étonnée par la fin de l’une des histoires alors que je l’avais déjà lue et c’est exactement le genre d’effet que je recherche en lisant. Les nouvelles sont courtes mais je n’en ressors pas avec un goût d’inachevé car on a le temps de vivre les émotions des personnages. Étrangement, j’ai moins aimé les deux plus longues nouvelles parce que je trouvais que tout se passait trop vite. Il y avait ce petit quelque chose dans les autres qui leur manquait. Et j’ai pensé que la nouvelle "Le film d’une vie" aurait été sûrement meilleure en roman afin que l’histoire soit beaucoup plus détaillée.

Malicka Ouattara 

Cette oeuvre relate également l’histoire de ces personnes en attente de don d’organes, de femmes qui demeurent dans des foyers où le bonheur s’est depuis longtemps enfui, de pardon qui vient trop tard, d’amour impossible entravé par les différences sociales ou religieuses, de personnes gardant des secrets lourds à porter… J’ai d'ailleurs beaucoup aimé l’histoire 'La petite Sadjee". J’aurais évidemment voulu connaître le secret qui liait Sadjee et sa mère au point où elles se suivirent dans la tombe mais c’est aussi ces mystères que l’on ne révèle à personne – pas même aux lecteurs – qui me font apprécier une histoire.

Enfin, Le film d’une vie se présente sous un ensemble d’histoires courtes mais poignantes que j’aimerais bien voir être lues dans nos lycées et collèges. Le talent de Malicka est une autre preuve que La valeur n’attend point le nombre des années.

lundi 14 décembre 2015

L’aventure ambiguë, une aventure risquée !


Il y a des mots que l’on emploie parfois à tort ou à raison sans vraiment en connaitre le sens. J’ai souvent pensé que « ambigu » signifiait juste complexe. Mais avant de lire ce livre, j’ai eu (heureusement) l’idée de vérifier la signification réelle du mot et j’ai compris qu’il faisait référence à quelque chose qui réunit deux natures opposées… Et l’itinéraire de Samba Diallo dans ce livre illustre l’ambiguïté d’un être ayant reçu d’un côté les valeurs traditionnelles et islamiques basées sur la foi et de l’autre les enseignements de l’école occidentale basés sur le rationalisme et la science. L’aventure ambiguë fait partie de ces livres dont j’entendais parler comme des références pendant plusieurs années sans avoir eu l’occasion de les lire pendant mes années lycées. Aujourd’hui c’est chose faite!

Samba Diallo est issu du peuple des Diallobé et semble promut à un avenir de guide spirituel (maitre des Diallobé) ou de chef du peuple. Dès son enfance, il se démarque des gens de sa génération par une réflexion profonde sur la mort, le sens de la vie et la relation entre Dieu et l’homme. Élève favori du maitre des Diallobé, et membre de la famille royale, Samba est pourtant doté d’une grande humilité qui en fait même jaser certains. Alors que son attachement à la religion le destinait à être l’un des guides de son peuple, l’école se mit en travers de ce chemin. La Grande Royale, cousine de Samba et sœur du Chef des Diallobé, insiste pour que Samba aille à l’école étrangère - comme elle le dit -, afin qu’il apprenne l’art de vaincre sans avoir raison. Le chef ainsi que le maitre des Diallobé savent ce que cela pourrait signifier et les conséquences qui pourraient en découler. Le père de Samba Diallo lui-même accepte non sans douleur de laisser son fils aller à l’école en espérant que les valeurs spirituelles et traditionnelles qui lui ont été inculquées ne disparaitront pas. Avec le parcours de Samba Diallo d’abord en tant qu’élève de l’Islam, puis de l’école occidentale en Afrique et ensuite en France, on se demande comme le chef et le maître au départ, si « ce que l’on apprend vaut-il que l’on oublie ce que l’on sait déjà. » 



Cheickh Hamidou Kane nous amène à nous poser les mêmes questions que le personnage principal. En lisant ce livre, je ne me suis pas juste sentie spectatrice de la vie de Samba Diallo. J’ai eu certains de ses doutes et j’ai récité certaines de ses prières. Samba a baigné dans une enfance beaucoup plus spirituelle que la mienne et surement que la plupart de mes lecteurs, mais cela n’empêche pas que nous sentions ou ayons tous senti à un moment cet éloignement entre nous et Dieu. Cette remise en question imposée par le père de Samba à son fils est l’un des plus beaux passages du livre selon moi.

"Tu crains que Dieu t'ait abandonné, parce que tu ne le sens plus avec autant de plénitude que dans le passé et comme Il l'a promis à Ses fidèles, « plus proche que l'artère carotide. » Ainsi, tu n'es pas loin de considérer qu'il t'a trahi. Mais tu n'as pas songé qu'il se puisse que le traître, ce fut toi. Et pourtant... Mais réponds plutôt: donnes-tu à Dieu toute sa place, dans tes pensées et dans tes actes? T'efforces-tu de mettre tes pensées en conformité avec Sa loi? Il ne s'agit pas de lui faire allégeance une fois pour toute, par une profession de foi générale et théorique. Il s'agit que tu t'efforces de conformer chacune de tes pensées à l'idée que tu te fais de son ordre. Le fais-tu? (...) Ton salut, la présence en toi de Dieu vivant dépendent de toi. (...) Tu cloueras Dieu au pilori quand tu l'auras quêté, comme Il l'a dit, et qu'Il ne sera pas venu..."
Ce livre proche de l'autobiographie soulève comme bien d'autres des questions d'identité et de spiritualité. Il nous revient de faire la part des choses et de concilier nos valeurs traditionnelles ou/et religieuses et ce que nous apprenons à l'ecole. Apprendre, en essayant de ne pas oublier ce que l'on sait déjà... 

Comment réagissez-vous lorsque vous êtes face à une situation qui met votre foi à rude épreuve ? Comment est-ce que Samba a réagi en étant confronté à des valeurs différentes de celles que lui a  enseigné son maître coranique? Si vous avez envie de savoir, eh bien lire délivre !

lundi 7 décembre 2015

Raison d’État ou la loi du plus fort!


Il a suffi de quelques pages pour me mettre en rogne. Ce livre a vraiment de quoi nous faire désespérer du genre humain, de la justice ivoirienne (africaine par extension) et du système politique de notre pays. Bien que fictive, l’histoire relatée ici est très proche de nos réalités.

Au moment où Éric Moyé relate son récit, il vient de rejoindre l’au-delà. J’ai aimé cette touche macabre qui nous permet de découvrir le vivant d’un homme à travers ses mots de mort. Éric, le personnage principal et narrateur a été victime d'un piège ficelé par des énergumènes sans foi ni loi voulant jouir d’un labeur auquel ils n’ont aucunement contribué. Son histoire m’a fait penser à ces nombreuses arnaques o
ù l’on se demande quand on n’est pas dans la situation comment est-ce que la victime a pu se laisser berner de la sorte. Comme la fiancée de Moyé le lui a signifié, il est très naïf. C’est sa grande foi et confiance aveugle en le genre humain qui a causé sa perte. L’apparition dans sa vie de Dame Koundessa la soi-disant sœur de la Première Dame, et de son acolyte le baron Toutré a mené un chef d’entreprise à succès en prison avant de le conduire au cimetière municipal de Yopougon. Au nom de quoi ? La Raison d’État. 

Raison d’État dénonce un système où règne la loi du régime politique en place. C’est d’autant plus révoltant que nous savons tous que ce genre de choses a vraiment lieu sous nos cieux. Nous sommes dans des pays ou un honnête citoyen peut se retrouver derrière les barreaux sans jugement parce que des individus mal famés mangeant à la table du pouvoir en place en ont ainsi décidé. Votre vie peut être gâchée au nom de la « Raison d’État » sans que vous n’ayez le temps de comprendre ce qui se passe. En 72 pages, André Silver Konan évoque la vie pénitentiaire à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan, l’excision, les croyances et les vindictes populaires en mettant surtout l’accent sur la violence, la corruption et l’injustice, du système judiciaire.

Après avoir lu ces pages, on pourrait être tenté de faire preuve d’une grande méfiance à l’égard de tous ceux que nous rencontrons. Heureusement, l’auteur nous donne quand même de l’espoir avec certains personnages. La générosité du beau-père de Moyé, et la manière dont il le traite, contraste avec toutes les histoires que nous entendons parfois sur les beaux-parents. Quant à Katy la fiancée d’Éric, elle est la personnification de l’expression « pour le meilleur et le pire » car malgré les difficultés, elle a supporté son fiancé jusqu’à la tombe. Bessa l’ami fidèle, Rougeau le voleur né rouquin et noirci par la galère (il ment oh !), et enfin l’avocat Me Djouman dont le zèle et l’ardeur sans faille n’ont certes pas sauvé la vie de Moyé mais ont pu empêcher ses bourreaux de faire main basse sur le fruit de son travail.

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Au final, Raison d’État est un livre que je recommande vivement. L’écrivain avec un vocabulaire simple arrive à faire passer son message à tout le monde. Il est temps que nous délaissons certains systèmes qui s’ils bénéficient à certains pendant un moment, nuisent malheureusement à tout le monde sur le long terme. J’ai lu ce livre en moins de 3 heures de temps et pour 2000 frs seulement vous aussi pouvez passer un agréable moment de lecture.